Partons à la découverte du Parti Radical
Quasiment inconnu et inexistant dans le Département du Cher, Le Parti Radical devrait y gagner en notoriété dans les mois qui viennent, avec le retournement de veste du maire de Bourges Serge Lepeltier, mis sur la touche par ses anciens amis de l’UMP. Voici donc où Serge Lepeltier va mettre les pieds...
Le désert dans le Cher. Le Parti Radical ne dispose même pas de bureau départemental dans le Cher. En Région Centre, seuls quatre départements sur six disposent d’un bureau : l’Indre, l’Indre et Loire, le Loir-et-Cher et le Loiret. Une situation qui s’explique par le fait que le haut Berry est dominé par une frange très dure de la droite et par les libéraux, à l’image des multiples tentations et tentatives d’alliances avec l’extrême droite constatées ces dernières années. Le Président Régional est Grégoire Mallein, qui, à tout juste quarante ans, est aussi Conseiller Général du Loiret et président du bureau du Parti Radical dans ce département.
Avec comme figures charismatiques les ministres Jean-Louis Borloo, François Loos et Renaud Dutreil, le Parti Radical se fond dans la majorité gouvernementale de l’UMP mais se revendique comme un parti indépendant. Un petit parti peu connu du grand public mais qui est pourtant le plus ancien parti politique de France puisque sa naissance date du Congrès de Paris des 21-23 juin 1901. Parmi les grands noms de l’histoire du parti, on peut citer Emile Combes, Georges Clémenceau, Pierre Mendès-France, Gaston Doumergue, Edouard Herriot ou encore Edouard Daladier.
Humanisme, social, laïcité. Le Parti Radical se revendique de l’héritage des radicaux de la Révolution Française aux aspirations pouvant apparaître parfois contradictoires comme la défense d’une forme de libéralisme dans un Etat fort mais aussi où se mêlaient des courants opposés entre les régionalistes et les partisans d’un centralisme rigoureux. Durant le second empire le mouvement radical fût incarné par Gambetta (un boulevard de Bourges porte son nom) s’opposant au régime autoritaire. Les idées et actions du Parti Radical sont guidées par une forme de défense de l’humanisme. Contrairement au Parti de M. Nicolas Sarkozy, le Parti Radical est attaché à la laïcité (séparation des Eglises et de l’Etat). Et pour cause : c’est lui qui est à l’origine de cette loi dont on fête cette année le centenaire.
Durant la période de l’entre-deux guerres, le radical Edouard Herriot instaurera la gratuité de l’enseignement secondaire et inventera l’expression de « Français moyen » qui correspond bien au cœur de cible du parti. En 1936, le Parti Radical adhère au Front Populaire. Durant la guerre les radicaux refusent massivement l’armistice et beaucoup se lancent dans la résistance. Jean Moulin, préfêt de Chartres est sans doute la figure la plus connue de la résistance parmi les radicaux. Après la guerre, le Parti Radical se recadre sur trois grands chantiers : la réconciliation franco-allemande, la construction européenne et la décolonisation. En 1972 le débat fait rage sur la question de l’alliance avec le Parti Communiste. Les radicaux les plus favorables à l’alliance décident de fonder le Parti Radical de Gauche.
De façon peut-être un peu caricaturale, l’idéologie du Parti Radical se résume en quelques mots : humanisme, laïcité, fibre sociale et européenne.
Un éléphant dans un magasin de porcelaine... Que vient faire Serge Lepeltier là-dedans ? Tout dépend d’abord de quel Serge il est question. Si l’on parle du Serge Lepeltier qui est arrivé à la tête de la mairie de Bourges en 1995 pour refuser de signer des certificats d’hébergements, en faisant installer partout dans la ville des fleurs de lys, et un slogan « Bourges ville souveraine », ou encore en organisant des mariages princiers à la cathédrale... le lien avec le Parti Radical est peu évident. Serge Lepeltier était alors dans le département du Cher, à la tête d’une droite extrêmement dure, entretenant des relations presque amicales avec les responsables départementaux du Front National.
Cependant, la conscience politique de Serge Lepeltier a ensuite évoluée, d’abord par opportunisme, et ensuite - on peut le supposer quand même - par conviction. Serge Lepeltier a cherché à prendre une place vacante de « monsieur environnement » au sein du RPR. Il s’est ensuite intéressé aux mouvements alter-mondialistes et au développement durable. Dans un premier temps, cela lui a énormément réussi. Au niveau local, il a réduit à néant la gauche et le Parti Communiste, très puissant dans le Cher. Au niveau national, il a réussi, lentement, difficilement mais inexorablement une ascension jusqu’au poste de Ministre de l’environnement.
Un sommet d’où il retombera très vite. Car son évolution idéologique ne s’est pas faite sans casse. Il a dû écarter de nombreux amis politiques, trop extrémistes, qui l’avaient mené à la tête de la ville de Bourges. Certains, à l’image de Franck Thomas-Richard, traînaient des casseroles beaucoup trop lourdes qui auraient pu entraver l’ascension du maire de Bourges. Aujourd’hui, ceux qui ont été éjectés sans ménagement se sont tous trouvés un objectif commun : faire tomber le « petit roi de Bourges » comme on le surnomme par ici. De plus, Serge Lepeltier, trop marqué pour son appartenance aux « Chiraquiens » s’est retrouvé totalement marginalisé à l’UMP au fur et à mesure de la prise de pouvoir de Nicolas Sarkozy, notamment dans le Cher.
Une stratégie qui pourrait être gagnante. Après avoir tenté brièvement mais en vain de se repositionner en s’affichant aux côtés de Nicolas Sarkozy durant le congrès des pompiers qui s’est déroulé cette année à Bourges, Serge Lepeltier a dû se rendre à l’évidence qu’il était devenu tricard au sein de l’UMP. Pour sortir de l’impasse, il a rejoint le Parti Radical dont la ligne se rapproche le plus de ses idées du moment. Pour l’instant, rien n’indique que sa stratégie sera gagnante. Serge Lepeltier apparaît en effet bien seul au Parti Radical du Cher face à la frange libérale de l’UMP plus puissante que jamais dans ce département. Serge Lepeltier va devoir se trouver de nouveaux amis et créer de nouvelles alliances pour retrouver un peu d’influence.
En parallèle, la gauche locale, déjà mal en point, risque de beaucoup « morfler » face au repositionnement de Serge Lepeltier et ce cette « guerre des droites » à l’horizon des prochaines élections municipales. Car entre un programme de gauche et un autre très à droite avec une ligne Sarkozyste particulièrement agressive, Serge Lepeltier pourrait bien grappiller des voix tant à droite qu’à gauche, autours d’un programme alternatif plus pragmatique et plus « doux ». Et là, on pourrait dire qu’il s’agit d’un coup de maître. D’ici là, il y aura quand même de l’eau qui passera sous les ponts...