Quel avenir pour notre ville ?
Allez, bonne année à tous pour 2006. Voilà c’est fait. Je ne sais pas s’il est utile de dire cela mais c’est la tradition. Exprimer des vœux, c’est à peu près la seule chose que nos hommes politiques soient en mesure de faire en ce moment à Bourges.
Pour souhaiter une bonne année 2006 à ses concitoyens, la municipalité de Bourges n’a rien trouvé de mieux de décliner sous plusieurs supports la photographie d’un charmant bambin affichant un large sourire et semblant nous faire don... d’une feuille morte. Quel symbole faut-il y voir ? Celui d’une ville morte dont héritent les nouvelles générations en toute insouciance et qu’ils transmettront à leur tour en l’état comme si rien ne pouvait plus changer désormais ? Le contraste entre le sourire du bambin et la feuille morte est saisissant : c’est comme si on nous disait « Bourges est en train de crever, mais tout va bien : tu as vu comme elle est belle ma ville morte ? ». Bourges est à l’agonie, mais notre maire nous souhaite une bonne année, met en avant son projet de renouvellement urbain qui n’est en fait qu’un projet d’accompagnement du déclin avec un nombre de constructions d’habitations inférieur au nombre de destructions.
Dès 1997, L’Agitateur de Bourges était le seul média à dénoncer avec autant de virulence la lente agonie de Bourges qui s’amorçait. En guise de réponse, nous n’avons eu de la part des élus de la majorité municipale, que du mépris. On nous accusait de noircir le tableau quand ce n’était pas tout simplement pour nous reprocher de « faire de la politique ». Aujourd’hui, nous sommes bien tristes de constater que nous avions raison. Et même si l’équipe du maire continue de se voiler la face, la plupart des berruyers ont bien conscience que Bourges est en train de se recroqueviller comme une feuille morte. Les études de l’INSEE montrent même que ce n’est pas terminé puisque Bourges devrait perdre à nouveau 10.000 habitants dans les dix prochaines années pour passer en dessous de la barre des 60.000 habitants.
Pourtant, rares sont les personnes à Bourges qui refusent ce que les élus de la majorité nous présentent comme une fatalité. Au cours du mois de décembre, l’ancien maire de Bourges et actuel Député communiste, Jean-Claude Sandrier a présenté une série de propositions pour tenter de mettre un frein à cette crise qui dure depuis près de dix ans. « Ce ne sont pas des mesures proposées dans le cadre d’un programme électoral mais des propositions qui peuvent s’appliquer tout de suite », a-t-il précisé. Pour qu’un homme politique sous entendent qu’il est prêt à tendre la main et travailler avec ses adversaires politiques de l’UMP - au risque des les faire réélire aux prochaines municipales - il faut croire que la situation est grave. Au cours de cette conférence, j’ai même été frappé que le bilan du déclins de la ville ne soit exposé comme une évidence en quelques minutes et que les propositions soient si nombreuses et précises, comme s’il n’était plus temps désormais de s’apitoyer sur notre sort mais qu’il fallait agir tout de suite.
A droite, si les élus qui sont au pouvoir continuent de se faire mousser sur leur trône affirmant que tout va bien, ceux qui ne sont pas au pouvoir mais qui sont de fins observateurs et des amoureux de leur ville font le même constat que Jean-Claude Sandrier. Ils ont même parfois les mêmes idées, à l’image de Philippe Bensac, pourtant libéral et Sarkozyste, dont les propositions en matière de développement des transports ferroviaires (mais ce ne sont pas les seules) rejoignent de manière troublante celles de Jean-Claude Sandrier.
C’est peut être un peu ennuyeux de lancer l’idée naïve que si toutes les personnes de bonnes volonté voulaient travailler ensemble, la ville de Bourges pourrait s’en sortir. Mais tout de même : une alliance abracadabrantesque entre le communiste Sandrier et le Sarkosyste libéral Bensac pour sauver la ville de Bourges, ça aurait quand même une autre gueule que la partie solo d’un Serge Lepeltier qui roule pour sa réélection et non pour le bien de sa ville. Le problème, c’est que les hommes politiques ont trop de certitudes. Leur programme est toujours meilleur que celui de leur adversaire. Et lorsque cela ne marche pas, ils refusent le constat d’échec et se cachent derrière une politique de propagande (enfin... de nos jours, dans nos démocraties, on parle de « communication ») pour masquer et défendre leur bilan négatif. Un maire doit être au service de sa population et pas au service de sa propre carrière ou du maintient du drapeau de son parti politique sur le toit de sa mairie. Faire un constat d’échec de sa propre politique, ce n’est pas déshonorant. C’est au contraire un acte courageux, noble et responsable qui doit permettre de rebondir. Mais il faut croire qu’à Bourges ceux qui nous dirigent ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Personnellement, j’ai toujours eu le sentiment, à tort ou à raison, que notre maire Serge Lepeltier, n’aimait pas sa ville mais n’était que l’élément d’un appareil politique qui veut conquérir des élections et accéder à des postes important (avoir été ministre de l’écologie, ce n’est pas rien) sans autre finalité, comme si la politique était un sport.
En de début 2006, je me remémore le Bourges de ma jeunesse, à une époque où dire que cette ville était le troisième pôle de la Région Centre avec Tours et Orléans avait un sens. Aujourd’hui, Bourges est au même niveau que des villes comme Châteauroux ou Blois. Ces trois villes forment ce troisième pôle. Pas parce que Châteauroux et Blois se sont hissées au niveau de Bourges mais parce que Bourges a dégringolé au niveau de ces deux villes. Ça fait mal au cœur de voir cela. Le maire de Bourges a formulé ses vœux. Est-ce tout ce qu’il est capable de faire ?