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DADVSI, le gachis

lundi 20 mars 2006 à 08:00, par Mister K

Vendredi 17 Mars 2006, vers 3h00 du matin, la discussion sur la loi dite "DADVSI" [1] s’est terminée à l’Assemblée Nationale. On ne sait pas exactement ce que les auteurs y ont gagné ; mais on sait que cette loi, irréaliste et inefficace, restera dans les annales comme un rendez-vous manqué avec l’avenir.

Mais l’avenir n’a pas dit son dernier mot. Après le vote solenelle de la loi qui devrait avoir lieu mardi 21 mars 2006, elle devra être discutée au Sénat avant d’être promulguée. Voilà une occasion inespérée pour les sénateurs de devenirs célèbres, de faire la promotion de leur assemblée et de montrer son utilité. Autant dire que vu la mauvaise réputation de l’assemblée du Sénat, dominée depuis des décennies (depuis toujours ?) par la droite, ce ne serait pas du luxe.

DADVSI, le gachis
RDDV à l’assemblée nationale

Le défi pour les sénateurs ne va pas être trop compliqué : faire mieux que l’Assemblée Nationale en amendant le texte afin qu’il devienne utile, réaliste et efficace. Car malheureusement, ce but n’a pas été atteint par le texte voté par les députés, proposé par le gouvernement par l’intermédiaire de Renaud Donnedieu de Vabres [2], rapporté par le député UMP Christian Vanneste et soutenu uniquement par la majorité UMP. Pourtant, bon nombre de députés n’ont pas démérité, et ce, quelque soit leurs tendances politiques. Un travail impressionnant de compréhension et d’explication a été fourni par Frédéric Dutoit (PC), Martine Billard (Les Verts), Patrick Bloche (PS), Christian Paul (PS), Jean Dionis du Séjour (UDF), Alain Suguenot (UMP), Christine Boutin (UMP), Bernard Carayon (UMP). Malheureusement, ils se sont heurtés à un ministre de la culture autiste, propagandiste et de parti pris [3], un rapporteur Christian Vanneste qui ne fait pas honneur à l’intelligence, et à un certain nombre de députés "godillots" qui ont suivi les consignes du ministre de la culture et de son rapporteur sans rien comprendre. On prendra pour exemple un commentaire d’un député UMP du Maine-et-Loire, Michel Piron, qui dira "Internet est un outil, pas une culture" ; prouvant ainsi qu’il n’avait aucune culture internet.

Au final, que doit on retenir de cette loi ? Beaucoup retiendront les peines d’amendes pour les internautes qui seront surpris à télécharger des oeuvres protégées. On peut juste se demander sur quels critères et avec quels moyens techniques ces mesures pourront être appliquées. Pour l’instant, c’est de la science fiction. Mais ce qu’il faut surtout retenir, c’est la légalisation des mesures techniques de protection [4] qui de fait, laisse la copie privée au bon vouloir de l’industrie du disque ; le texte prévoit qu’une commission indépendante décidera du nombre maximum de copies privées auquels les consommateurs auront droit, on peut s’attendre à ce qu’elle subisse de lourdes pressions... elle décharge surtout le gouvernement de prendre une décision dans ce domaine. Une autre conséquence des mesures techniques de protection est que tout contournement de ces mesures sera puni en fonction des usages qui en sont fait (usage personnel, diffusion des moyens de contournement etc.). Outre le fait qu’explicitement on admet que les DRM sont inefficaces car contournables, elles entrainent de facto de grands risques juridiques pour les contributeurs de logiciels libres.
Les propos du ministre de la culture qui déclare que "la
publication d’un code source facilitant le contournement devait être
interdite" n’est pas de nature à rassurer et montre qu’il n’a rien compris au logiciel libre, alors qu’il dit le défendre. Seule note d’espoir, la possibilité de contourner les DRM à des fins d’interopérabilité (entre autres), c’est à dire permettre de lire un fichier acquis, par exemple pour un iPod, sur un autre type d’appareil non compatible.

Là où l’on reconnait une mauvaise loi, c’est qu’elle ne peut avoir pratiquement aucune influence sur l’avenir. En effet, le téléchargement illégal va vraisemblablement continuer ; les mesures techniques de protection nuiront principalement aux consommateurs, à ceux qui achètent des disques et téléchargent des fichiers mp3 sur des plateformes commerciales, lesquelles plateformes continueront à se faire une concurrence féroce pour imposer leur format de fichier. Bref, les consommateurs vont faire les frais des logiques industrielles du monde de la culture... et risquent de se détourner de solutions onéreuses et de plus, contraignantes. Quand aux développeurs de logiciels libres, ils vont devoir croiser les doigts pour que personne ne les attaque pour contrefaçon, et que si par malheur c’était le cas, la justice reconnaisse la logique d’interopérabilité, la nature du logiciel libre, et son rôle pour le développement de l’industrie logicielle en France, en Europe et dans le monde.

Dans ces conditions, l’action des sénateurs pourrait être positive si ils faisaient inscrire dans la loi l’interdiction des mesures techniques de protection sans l’assurance d’une interopérabilité et d’une pérennité de ses techniques de DRM, s’ils inscrivaient dans la loi, le droit à la copie privée comme il existe actuellement. Dans notre département, Serge Vinçon (UMP) dont le mandat expirera fin 2008, et Remy Pointereau (UMP) auront la lourde tâche de participer à l’amélioration de ce texte. N’hésitez pas à leur envoyer un petit mail afin qu’ils soient présents au Sénat lors des débats [5], ça leur fera plaisir, ils sauront que l’on pense à eux.

[1Droit d’Auteur et Droits Voisins dans le Société de l’Information

[2RDDV pour les intimes

[3Celui de Vivendi Universal et de l’industrie du disque

[4DRM - Digital Rights Management

[5On parle du mois de mai 2006

commentaires
DADVSI, le gachis - 3 juin 2006 à 07:36

Voilà ce qui nous attend (démonstration par l’absurde trouvee sur le net)

Monsieur Dugommeau a acheté un vélo.

Ce vélo est équipé d’origine d’un système antivol.

Monsieur Dugommeau a une clef qui lui permet de débloquer l’antivol, il peut bien sûr rajouter d’autres antivols s’il en a envie, mais il a interdiction d’enlever ou de casser l’antivol mis par le constructeur. Bien sûr, Monsieur Dugommeau ne sait absolument pas comment fonctionne l’antivol, et il est interdit de chercher à savoir (ça peut coûter trente mille euros d’amende et jusqu’à trois ans de prison).

Monsieur Dugommeau a essayé de faire un parcours VTT avec ses enfants, mais l’antivol a immédiatement bloqué le vélo, parce que c’est un vélo de ville, pas un vélo de campagne. Une autre fois, Monsieur Dugommeau a voulu poser une rustine sur la chambre à air crevée. Mais l’antivol a bloqué le vélo, parce que l’opération n’avait pas été effectuée par un technicien qualifié, et cette fois c’était un blocage administratif.

Monsieur Dugommeau fut donc obligé de retourner au magasin pour récupérer un vélo qui marche. De toute façon Monsieur Dugommeau va bientôt devoir changer de vélo, parce que sur son vieux modèle de vélo, il suffit d’avoir la clef pour débloquer l’antivol, et du coup les gens prêtent leur vélo à leurs enfants et à leurs amis, ce qui nuit au commerce des vélos. Alors dans un mois, l’administration va bloquer tous les anciens antivols.

Cet antivol est une technologie de sécurité et de confiance, parce que les constructeurs de vélos lui font confiance.

Et vous ?

(Avant de répondre, essayez de transposer : remplacez vélo par CD ou par DVD, antivol par système de gestion des droits numériques, parcours VTT par écouter dans sa voiture ou par baladeur MP3, pose d’une rustine par montage ou par réduction des bruits parasites, etc.)

NB : ceci est une illustration de la traduction dans la loi française d’une directive européenne (certes contestable mais que le législateur français a fortement modifiée dans le sens d’une surprotection des intérêts -mal compris- des éditeurs de musique). Je dis "intérêts mal compris" parce que la conséquence probable de cette législation est un déplacement du marché de la musique enregistrée : au lieu d’acheter "légalement", les consommateurs s’adresseront aux pirates, lesquels n’auront aucun mal à contourner les verrous. On s’oriente ainsi vers une criminalisation du marché de la musique enregistrée, au détriment bien sûr des éditeurs légitimes (qui l’auront bien cherché) et des artistes (qui se sont fait avoir par leurs maisons de disques).


#4500
Liens croisés... - Jean C. - 22 mars 2006 à 00:06

A lire, pour compléter ton écrit, quelques lignes de Tristan Nitot, fondateur de la Fondation Mozilla Europe, qui retrace (et trace) quelques cadres autour du DADVSI.

Le résultat, au delà des multiples bévues juridiques, politiques et de communication, est un texte de loi incohérent, rétrograde et dangereux, en plus d’être une occasion magistralement ratée de faire rentrer la France dans le 21ème Siècle.

A relier avec :

* Une publication intéressante sur le site du ministère concerné,

* Un document riche en enseignements : les mesures techniques de protection des oeuvres & DRMS, (fichier PDF, 5 Mo)

A lire donc :

* Quelques vérités sur les DRM et DADVSI ,

* Actu des DRM et DADVSI


#3696
Liens croisés... - Mister K - 22 mars 2006 à  01:36

Merci pour ces infos complémentaires. Oui, effectivement, le web fourmille d’informations sur DADVSI. Tristan Nitot en a été un observateur parmi d’autres ; il a eu en plus d’autres, "le privilège" de boire le champagne au ministère de la culture au milieu d’autres bloggeurs entre les épisodes de Décembre et ceux de Mars, dans un exercice qui sentait très fort la tentative, de la part du ministre de la Culture, d’amadouer des bloggeurs influents sur le net. Tristan Nitot ne s’est heureusement pas laissé prendre à ce jeux. Mais en tout cas, cela fait réfléchir sur les tentatives de récupération ou d’instrumentalisation politiques, voir commerciales des bloggeurs.

Sinon, il y aurait des centaines de liens à ajouter sur DADVSI, mais comme on dit par chez moi "Google est ton ami".

#3698 | Répond au message #3696
Liens croisés... - Jean C. - 22 mars 2006 à  10:34

Je ne suis pas prétendant à l’exhaustivité. ;-) Il me semble que cette porte sur les écrits autour du DADVSI est assez pertinente... Plus subjective, soit.

Mais toujours plus libre que celle de l’algorythme du moteur propriétaire de Google... Influencé par ses Google-Ads et ses liens sponsorisés. A voir donc...

#3701 | Répond au message #3698