Les politiques découvrent le web
Depuis plusieurs mois, les joutes électorales sont lancées pour des prochaines échéances : présidentielles en 2007 et municipales... en 2008 ! L’Agitateur devient un sacré champ de bataille pour les prétendants au trône, à gauche comme à droite. Nous avons, depuis près de dix ans, l’habitude des montées de température en période pré-électorale. Mais cette fois-ci, cela se manifeste beaucoup plus tôt que d’habitude et de façon beaucoup plus intense. L’attrait des élus et futurs élus du Cher pour L’Agitateur semble démonter que ceux-ci commencent à prendre conscience du réel impact de l’internet. Plus de dix ans après l’avènement de l’internet. Bah ce ne sont pas des rapides nos élus !
Il apparaît évident que le débat sur le référendum à propos de la Constitution Européenne a révélé, pour les élus, l’importance de l’internet en France. Alors que les médias classiques (télévisions, presse écrite et radio) avaient cadenacé le débat autour du « oui » comme seul choix possible et avec un « non » synonyme d’apocalypse, la toile a été un refuge d’expression contre la pensée unique médiatique, et a permis souvent, de mettre en évidence qu’il y avait un gros décalage entre l’opinion des partis politiques et des médias dominants d’une part, et les avis beaucoup plus contrastés des citoyens, d’autre part. Pour n’avoir pas su s’imposer en leaders d’opinion sur le net, l’immense majorité de la classe politique française s’est cassée le nez devant de simples citoyens, qui, sur leurs pages personnelles lançaient des débats ouverts, publiaient le texte de la « constitution », comparaient les analyses, argumentaient, bref, faisaient preuve d’un vrai sens critique alors que les politiques se contentaient d’un discours alarmiste qui pouvait se résumer ainsi : « Faites nous confiance, il n’y a pas d’autre solution que d’approuver ce texte, sinon, c’est la fin de l’Europe ». On nous refaisait le coup de Maastricht : on nous proposait de voter mais on nous disait que si nous ne votions pas dans le sens voulu, on allait tous crever dans d’horribles souffrances.
Ne nous laissons pas endormir. Le soudain engouement des personnalités politiques pour l’internet ne vient pas du fait qu’il s’agit « d’un formidable espace de discussions et de débats en prise directe avec les citoyens », comme ils le disent souvent. Il ne s’agit pas pour eux de simplement participer au débat, comme ils voudraient le faire croire, mais de mieux le contrôler, et d’établir sur le net, une sphère d’influence qu’ils ont bien dans la vie réelle, mais qui leur fait cruellement défaut dans le monde virtuel. Nul ne s’étonnera donc que dans le Cher, les blogs d’élus se soient multipliés en quelques semaines. Pour le moment, au niveau local, nous sommes en période pré-électorale. C’est-à-dire que les partis politiques ne s’affrontent pas véritablement entre eux. C’est en interne que tout se passe. Il s’agit, au sein de chaque parti de tirer son épingle du jeu pour être celui qui sera désigné pour aller castagner le parti concurrent. A gauche, fabusien, ségolénistes et autres noms en istes s’affrontent depuis le référendum sur la constitution européenne. Irène Félix voudrait bien s’imposer tête de liste face à un PCF qui à Bourges semble avoir perdu de son influence. C’est parfois folklo, mais le temps venu, tout le monde, d’une seule voix, s’alignera derrière le chef.
A droite, il y a les luttes internes avec Franck Thomas-Richard, et Louis Cosyns (l’homme invisible). Il y a aussi le premier maire adjoint de Bourges, Alain Tanton (UDF) qui voudrait sans doute se démarquer de l’UMP et prendre une petite revanche sur son maire qui, lorsqu’il a quitté épisodiquement Bourges pour devenir Ministre, a préféré prêter son trône à son fidèle et vénérable Roland Chamiot... sixième adjoint !
Certes, certains sont encore à la masse, à l’image de notre ami Serge Lepeltier qui vient de lancer une consultation des berruyers par téléphone. Mais l’homme a prouvé qu’il était un fin stratège en quittant l’UMP pour le Parti Radical de Jean-Louis Borloo. Passer d’une image d’un représentant de la droite dure (collusions avec le FN local, appels officiels de Jean-Marie Le Pen auprès de ses militants à voter pour le grand Serge....) à une image plus « sociale » plus mesurée moins réactionnaire, proche des milieux altermondialistes et d’une certaine conscience écologiste... Bref, le moins que l’on puisse observer, c’est qu’en deux mandats locaux, Serge Lepeltier a fait un sacré grand écart ! Mais bon, ne soyons pas trop ironique, mieux vaut sans doute voir un élu évoluer dans ce sens plutôt que dans le sens inverse.
Tout de même : que ne ferait pas notre beau Serge pour tenter de se remettre dans la course des municipales alors que ses amis de l’UMP sont devenus ses plus farouches ennemis. Belle preuve d’amitié que ces gens qui lui ont tiré dessus comme on tire sur une ambulance lorsqu’il a quitté son poste de Ministre de l’environnement. Voilà qui en dit long sur les moeurs en politique. Ceci-dit, même si j’éprouve de la compassion pour notre bon roi, je n’oublie pas qu’il n’a pu enrayer la perte d’influence de sa ville et surtout la déconfiture de l’économie locale. La mise en place de son téléphone rose, montre bien que M. Lepeltier continue de confondre la communication avec le dialogue et l’écoute des citoyens.
Malgré tout, ne mangeons pas la peau de l’ours des Pyrénées avant de l’avoir tué (ce qui n’entre nullement mon intention, je vous rassure). Serge Lepeltier semble en effet avoir de très sérieuses chances car dans l’opposition municipale, on ne voit rien venir de neuf, ni en terme de projet, ni en terme de personnage charismatique. On va encore nous ressortir Jean-Claude Sandrier avec une Irène Félix qui sera prête à tout pour lui ravir la tête de liste... bof, ils ne vont pas nous mener bien loin non-plus ceux-là. Ce qui me fait dire qu’il y a très peu d’espoir pour Bourges dans les prochaines années.
Dans ce contexte pas forcément folichon, L’Agitateur peut une nouvelle fois se révéler utile à condition de ne pas être sectaire et de rester bien à sa place, c’est-à-dire de garder suffisamment de recul face aux événements. Ce qui n’est pas évident. Nous sommes nous-mêmes un peu surpris de l’importance qu’a pris depuis deux ou trois ans, L’Agitateur. Ce qui nous oblige à dire moins de conneries qu’auparavant (ce qui est très difficile pour moi qui adore raconter des bêtises). Les deux années qui viennent seront très importantes pour Bourges. C’est pourquoi, nous nous organisons actuellement pour mieux nous structurer et vous permettre, à travers L’Agitateur, de mieux mesurer et de mieux faire état de la température ambiante dans notre ville. Nouvelle charte, ouverture vers de nouveaux rédacteurs, débats internes dans l’interface privée... Il ne tient qu’à vous d’utiliser au mieux cet outil qui fêtera sa dixième saison en octobre-novembre prochain. Profitons donc de la trêve estivale pour mieux nous regarder le nombril et aller de l’avant dès le mois de septembre.