Les urnes
Il y en aura plein en 2007, elles vont être l’objet de toutes les attentions, vont créer le débat, vont faire émerger des idées nouvelles, créer de nouveaux espoirs, être le début d’un renouveau. Ce sont les élections ; présidentielles mais aussi, les plus occultées, les élections legislatives de 2007. Cela va être formidable, un peu comme celles de 2002.
[1] En tout cas, c’est bien parti. Les socialistes vont s’étriper pour mieux se réconcilier ensuite. La gauche de la gauche va continuer à tergiverser sur une candidature unique anti-libérale pour mieux partir en ordre dispersé. Arlette Laguiller, elle au moins, n’aura pas perdu son temps. Bayrou va continuer à faire le gars raisonnable, le gars juste, il va continuer à lutter contre le bipartisme avec ses petits poings serrés. Sur l’autoroute de l’extrême droite, les embouteillages sont annoncés. Et comme en 2002, les péages de cette autoroute vont faire recette. Il faut dire que les 5 années d’UMP auront largement contribuées à banaliser les idées du Front National et ce pour de multiples raisons. Les bonnes recettes de 2002, une dose d’immigration, une dose d’insécurité, et un bon paquet de démagogie, vous mélangez le tout et vous obtenez Sarkozy, Le Pen, De Villiers et surtout beaucoup d’électeurs français. Bon, et puis j’oublie un truc important, les multiples sondages qui sont autant de messages afin de permettre aux différents candidats d’adapter leur marketing politique. Comme en 2002, l’analyse politique va surtout consister à décrypter les sondages en fonction des attentes des français. Misère. Au lieu d’élever le débat, nos hommes politiques vont donc s’abaisser à des considérations de pilliers de bar. Et comme en 2002, l’important ce sera le président. La personnalisation à outrance des élections présidentielles va encore escamoter le débat. Pour les legislatives, ceux qui ont misé sur le bon cheval auront plus de chances que les autres. Sans compter que se profilent les élections municipales en 2008.
Alors rien de nouveau sous le soleil ? Ben, si, quand même. A l’instant où j’écris ces lignes, une femme fait figure de favorite des sondages. Favorite des sondages et donc chouchoutée par les médias. A moins que ce soit l’inverse. Elle s’appelle Ségolène Royal, mais beaucoup l’appellent Ségolène, voir Ségo tout simplement ; comme si elle était de la famille. Il faut dire qu’on nous la serre à toutes les sauces. Alors, quelles sont les idées, les propositions de Mme Royal ? A vrai dire, je ne sais pas exactement. Pour le moment, je ne sais pas pour vous, mais ce qui est arrivé à mon cerveau ressemble à de la bouillie d’information. Un petit coup "d’ordre juste" par-ci, un petit coup de "mon projet est socialiste" par là, un petit coup de co-développement par là-bas, un petit coup de démarche participative sur le net. La démarche participative, c’est sûrement pour l’instant sa meilleure idée. Et son désormais fameux Désirs d’avenir est vraisemblablement l’endroit où l’on a le plus de chance de trouver les idées de la dame ; ou plutôt les idées qu’on a soufflé à la dame. Arnaud Montebourg ne s’y est d’ailleurs pas trompé ; il a compris que la démarche participative de Ségolène Royale était peut-être une chance unique de faire passer ses idées et celles de Rénover Maintenant, son courant interne au sein du parti socialiste. Et le soutien d’Arnaud Montebourg est peut-être une chance unique pour Ségolène Royale de donner un contenu politique fort à son projet, de dépasser le projet socialiste, de lui donner une image de gauche...et surtout de dépasser l’éternelle personnalisation du débat qui la présente avant tout comme une femme, point.
Et à droite alors ? Cela va se jouer entre la droite extrême représentée par Sarkozy suivi par une bonne partie de l’UMP et Le Pen. Tous les deux se présentent comme "la rupture". Sauf que l’un des deux est au pouvoir depuis presque 5 ans, devinez lequel. Il y a bientôt 5 ans, le 3 Mai 2002, j’écrivais ceci : "Car ne nous y trompons pas, le gouvernement qui mènera la France dans les 5 ans à venir aura une responsabilité capitale. Si il échoue, la voie sera grande ouverte pour l’extrême droite en 2007. Et là, il sera quasi impossible d’être crédible avec un "Non qui sauve la France"." Cinq années après, peut-on dire que la gouvernance Raffarin-Villepin avec la constante Chirac-Sarkozy est un succès ? A priori, non. Seul Sarkozy semble avoir compris le message du 21 Avril en déployant toute son énergie pour s’attirer les grâces d’un électorat passé en masse à l’extrême droite en 2002. Mais cette énergie, dépensée avant tout en opérations de communication, n’a pas donné de résultats visibles. Le thème de l’insécurité martelé en 2002 va revenir sur le tapis en 2007. Et toute la droite UMP va s’accrocher très fort à la locomotive-rouleau compresseur Sarkozy [2]. De nombreux postes sont en jeu. Le Pen n’a pas fini d’apparaître de façon subliminale dans le débat. Sa présence dans les urnes sera bien réelle.
Alors oui, le débat risque d’être lourdo. Sarko-Ségo, ambiance démago. Dans le Cher comme dans toute la France, le débat national va être décliné localement. Et les idées là-dedans ? Vu comme c’est reparti, elles ont du soucis à se faire. D’autant qu’en politique, les concours de beauté ne sont pas réservés au femmes, loin de là. Des sondages, aux urnes, les burnes ne sont pas obligatoires, mais l’image est essentielle. Pourvu que le résultat des urnes ne soit pas funèbre pour la France et les français...
[1] Photo sous licence GFDL - http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:Necropole-civaux.jpg
[2] un mélange de Bush et de Berlusconi français