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Vers la fin du monopole Microsoft ?

Ubuntu, un linux pour tous (2/5)

Partie 2 : Ubuntu, une distribution GNU/Linux
samedi 18 novembre 2006 à 14:53, par bombix

La micro-informatique a connu un développement gigantesque en une vingtaine d’années. Elle a permis à un trust, Microsoft, de bâtir un empire en fondant un monopole qui oblige tout utilisateur à lui payer une « taxe » dès l’instant où il s’équipe d’un micro de type PC. Fort heureusement, il existe une solution alternative, Linux, qui obéit à des principes très différents. Linux est libre, donc gratuit (mais ce n’est pas la définition de libre). Il n’est plus destiné aux spécialistes. Des distributions grand public existent, et parmi elles, l’une est remarquable par sa qualité et sa simplicité d’emploi, Ubuntu. Mais au fait, qu’est-ce que c’est une distribution Linux ?

La supériorité technologique des systèmes basés sur linux n’est un secret pour aucun professionnel. Mais il ne suffit pas d’être bon dans son domaine pour réussir immédiatement.
Car l’ordinateur n’est pas une machine comme les autres. Une télévision, un grille pain, une tondeuse à gazon sont des objets techniques finalisés dans leur emploi. Vous ne grillerez pas le pain avec la tondeuse à gazon, et vous ne ferez pas le ménage avec votre télévision.
En revanche, vous pouvez très bien vous servir de votre ordinateur comme d’une machine à écrire perfectionnée, ou comme un ban de montage vidéo. Alors qu’il vous fallait auparavant deux machines distinctes pour réaliser deux tâches distinctes, on voit s’élaborer progressivement une machine universelle (dans le traitement de l’information) qui est potentiellement capable d’exécuter des tâches très diverses. Beaucoup d’adolescents ont désormais dans leur chambre un PC, qui leur sert à jouer, communiquer, à écouter de la musique, à regarder des vidéos, et parfois même à se documenter pour leurs études.

Cette polyvalence de l’ordinateur est très séduisante. Mais elle a une contrepartie : l’utilisateur doit intervenir pour adapter la machine à son usage. On pourrait imaginer des machines prêtes à l’emploi pour un usage particulier. Cela a été fait d’ailleurs, mais à chaque fois, ce fut un échec, à l’exception notable des jeux vidéos. On s’oriente plutôt, à l’inverse, vers des machines originellement dédiées (comme un lecteur de DVD ou un décodeur TNT) sur lesquelles l’utilisateur peut intervenir pour effectuer des mises à jour (en téléchargeant un petit programme qu’on appelle un firmware et qui commande le fonctionnement et les possibilités de l’appareil).

Un ordinateur est donc une machine qui n’est finalisée ni dans son emploi, ni même dans le temps ! Elle nécessite une maintenance et une administration continue. Quoiqu’on dise et quoiqu’on fasse, utilisateur d’un ordinateur, je dois me transformer un tout petit peu en « informaticien » : je dois connaître les principes d’organisation de mes fichiers sur mon disque, savoir installer et désinstaller un programme, faire la mise à jour d’un logiciel etc.

La révolution micro a ainsi poussé un très grand nombre de personnes à se faire violence pour apprendre les rudiments techniques nécessaires pour faire fonctionner, plus ou moins bien, un ordinateur par ailleurs souvent très imparfait. Cela a coûté en argent, en temps et en énergie d’apprentissage. Le tout, sur une période très courte, puisque c’est finalement l’explosion d’internet qui a transformé le PC en objet industriel de masse. Après tant d’efforts, il faudrait donc tout oublier et tout réapprendre ?

Une grosse part des efforts de Microsoft s’est tournée rapidement vers la mise en place d’outils qui simplifiraient la vie des utilisateurs. Une interface graphique, qui représente des fichiers par des icônes, des répertoires par des dossiers etc. n’aide nullement l’ordinateur à fonctionner. Elle aide le quidam à utiliser sa machine. Si comme moi, vous avez débuté en micro-informatique il y a vingt ans, vous savez que tout utilisateur de micro-ordinateur devait en passer par l’apprentissage des commandes essentielles du système d’exploitation sous « prompt », c’est à dire un écran noir et vide avec en haut à gauche un petit curseur qui clignote. La moindre opération sur la machine nécessitait une ligne de commandes. La moindre faute de frappe renvoyait un message d’erreur. On recommençait en se grattant la tête et en se demandant pourquoi on ne pouvait pas copier ce fichu fichier. A l’époque, la documentation livrée avec l’appareil pesait plus lourd que la machine elle-même ! Internet n’existait pas, la presse spécialisée non plus. On se débrouillait comme on pouvait, on était aux temps héroïques des pionniers.

Cette époque n’appelle nulle nostalgie. Microsoft, avec Windows, a simplifié l’usage du micro-ordinateur et l’a fait progresser. Unifiés et mieux organisés, les logiciels sont devenus plus simples à installer et à utiliser. Sous MS DOS toujours, chaque programme devait avoir son pilote pour faire fonctionner son périphérique. Sous Windows, le pilote d’un périphérique (une imprimante par exemple) est installé une fois pour toutes, et quelque soit le logiciel utilisé (traitement de textes, tableur, ou autres), c’est ce pilote qui sera sollicité. Les différentes séries de Windows n’ont fait que pousser chaque fois un peu plus loin cette intégration en prenant également en compte les progrès des composants « hardware ».

Mais ces progrès ont leur revers. La simplicité d’accès se paye par une opacité sur le fonctionnement.

On pourrait juger que ce n’est pas grave. Mais d’abord, il arrive qu’il soit nécessaire de reprendre la main sur des procédures automatisées (par exemple si une installation s’est mal passée, ou pour la personnaliser), ensuite et surtout, on doit pouvoir en droit savoir exactement ce que font ces étranges machines à qui l’on confie notre précieuse information. On retrouve une vieille loi des univers techniques : plus une médiation technique est facile et puissante, et plus je suis tributaire du spécialiste. Plus je consens à faire des efforts pour comprendre « comment ça marche », et plus je gagne en autonomie. Entre l’ingénieur et le béotien, se dessine la figure du bricoleur, qui en informatique s’appelle le bidouilleur. Il se débrouille comme il peut avec ce qu’il sait. Sa formation est essentiellement pratique et empirique. Il donne parfois de mauvais conseils parce qu’il a de mauvaises représentations, mais il soulage souvent ses voisins et ses copains qui « bloquent » dans des situations désespérées que le bidouilleur lui, maîtrise, parce qu’il a déjà perdu du temps sur un problème similaire, sur sa machine ou sur celle des autres.

Quoi qu’il en soit, on se représente bien, après ce qui vient d’être rappelé, que le monde Linux, dans la première partie de son développement, s’est situé à l’opposé des efforts de Microsoft. Microsoft voulait vendre à la masse, Linux s’adressait à des « geeks » [1], souvent universitaires (et scientifiques de surcroît) dans les débuts de l’aventure. Microsoft visait la simplification, la réussite immédiate (souvent apparente), et la rentabilité ; Linux tendait ses efforts vers la qualité, la robustesse et la stabilité.

Mais cela se payait par une forme d’ésotérisme, et, on peut même le soupçonner, un ésotérisme un rien encouragé. Le sentiment d’appartenir au monde des happy few, un peu mystérieux, avec son vocabulaire, ses valeurs propres, ses héros mêmes, n’est sans doute pas étranger à l’attraction de linux sur certains utilisateurs : il n’est jamais désagréable de croire faire partie d’une confrérie d’initiés.

Si l’informatique n’avait concerné que le monde professionnel, il est probable que la galaxie Linux n’aurait jamais consenti les efforts qu’elle a déployés pour se rendre accessible aux non spécialistes, et aujourd’hui aux néophytes eux-mêmes. Mais dans une société comme la nôtre, innervée par les systèmes automatisés du traitement de l’information, qui ont pénétré en profondeur dans le quotidien des gens, une prise de conscience s’est opérée de la nécessité d’adapter ce système alternatif pour le rendre accessible au plus grand nombre. Un livre comme celui de Di Cosmo en témoigne.

Aujourd’hui d’ailleurs, parmi les distributions Linux (nous allons bientôt expliquer ce mot) on sent nettement un partage entre les projets qui ont une vocation professionnelle (par exemple Red Hat ou Suse) et celles qui ont une vocation grand public (Fedora Core, Mandriva, Ubuntu). Ce qui est très intéressant, c’est que, parce qu’elles sont constituées des mêmes éléments de base, les distributions à destination du grand public ne sont pas de moins bonne qualité que les distributions à destination des professionnels. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui expliquent la probable victoire de Linux sur Windows.

Pour comprendre comment Linux a franchi les étapes, il faut éclairer maintenant quelque peu le concept de distribution. Tentons une comparaison avec une automobile.
Un ordinateur est une machine complexe. Il faut se représenter que dans un ordinateur, une grande quantité de processus sont en jeu, même pour réaliser l’acte le plus simple : par exemple faire apparaître un mot sur l’écran, l’envoyer sur internet, ou l’imprimer. Certains de ces processus sont apparents (démarrer votre traitement de textes ou votre client de messagerie, mettre en forme votre texte etc.) parce que vous avez décidé de leurs exécutions. Mais la plupart demeurent cachés. Ce que vous connaissez de votre ordinateur n’est donc qu’un simple tableau de bord. N’apparaît que ce qui est nécessaire au pilote. Derrière le tableau de bord, il y a le véhicule lui-même, avec sa carcasse, ses suspensions, son moteur etc. Dans les systèmes Windows, vous n’accédez pas au moteur qui est scellé, vous ne choisissez pas la carrosserie, et vous avez le choix entre deux ou trois couleurs. L’avantage : vous n’avez pas à (trop) connaître la mécanique pour faire démarrer le véhicule et l’utiliser. L’inconvénient : vous payez très cher votre véhicule, non seulement à l’achat, mais également pour pouvoir l’utiliser (coût des logiciels). Le moteur n’est pas de très bonne qualité et tombe quelquefois en panne (bugs). Vous devez souvent en changer, et donc repayer, mais les pannes persistent. Enfin les routes ne sont pas sûres (virus).

Avec Linux, une fois la voiture achetée (le matériel) vous pouvez l’utiliser gratuitement. Le moteur est solide. Vous pouvez choisir la carrosserie, regarder sous le capot si ça vous chante. L’inconvénient était que jusqu’à présent, on vous fournissait la voiture en kit. Pour être automobiliste, il fallait être aussi mécano, sellier-carrossier, et de temps en temps usiner ses propres pignons pour améliorer sa boîte de vitesse. Pas très pratique, et puis d’abord tout le monde n’a pas le goût ou le temps de faire ça.
Une distribution comme Ubuntu vous propose la voiture montée et prête à l’emploi.

Ubuntu, un linux pour tous (2/5)
Windows : les couches logicielles

Mais laissons les métaphores automobiles, et prenons une autre image pour se représenter le fonctionnement logiciel d’un micro-ordinateur. Représentons le comme un fruit. Il est d’abord composé d’un noyau (le kernel), c’est le coeur du système. Pour Windows, il s’appelle kernel32, pour Linux, kernel tout court. Vient ensuite la pulpe organisée en strates successives : ce sont les systèmes logiciels qui font la transition entre les événements qui ont lieu au coeur de la machine, et leur manifestation au niveau des périphériques (unité de stockage, écran, imprimante etc.) Ils ont un rôle essentiel dans l’organisation du système, et dans la manière dont celui-ci va interagir avec l’utilisateur. On y trouve en particulier, à un niveau intermédiaire, le très important serveur X, qui gère l’interaction homme/machine par l’intermédiaire de l’écran, du clavier et de la souris. Sous Windows, cette strate logicielle est l’affaire d’Explorer (à ne pas confondre avec Internet Explorer)

Kubuntu : les couches logicielles

Sous Linux, première différence importante, elle est confiée à plusieurs logiciels combinés. Du côté interne (tourné vers le noyau), on trouve Xfree86 ou X.Org, du côté externe (tourné vers l’utilisateur) ou trouve deux interfaces graphiques proprement dites, appelée aussi environnements : KDE et Gnome [2]. Enfin, dernière strate, la plus externe, l’application proprement dite (traitement de textes etc.), qui a été développée pour un environnement particulier, Gnome ou KDE. On ne retrouve pas ces distinctions dans le monde Windows. Chaque version de Windows est unifiée. Il n’y a à choisir ni le serveur X, ni l’environnement. Vous utilisez un logiciel qui tourne sous Windows 98, 2000, XP etc. sans plus de précisions.

Ubuntu : les couches logicielles

Sous Linux au contraire, votre système est configuré avec tel serveur X (X.Org par exemple) pour tel environnement (Gnome par exemple). Même problème pour la gestion du son, où il existe plusieurs systèmes différents (et concurrents), avec leurs avantages et leurs inconvénients.

L’organisation de linux est très modulaire, ses composants très divers. C’est la conséquence de son mode d’élaboration (décentralisé, par projets, dans une structure horizontale et qui s’auto-organise). Il en résulte une très grande liberté de choix pour l’utilisateur. Mais aussi une grande complexité de mise en oeuvre.

Qu’est-ce alors qu’une distribution ? Une distribution est une mise en forme, opérée à partir d’un choix, d’une série de logiciels, depuis le noyau du système jusqu’aux applicatifs, et de telle sorte qu’ils puissent être installés et utilisés sur une machine. Une distribution, c’est le fruit prêt à être consommé. Selon les distributions, on a - ou pas - encore du travail avant de passer à table (par exemple pour simplement installer un programme, ou se connecter à internet, ou faire fonctionner son imprimante etc.) Dans une distribution comme Ubuntu, on s’efforce de diminuer au maximum les efforts de l’utilisateur afin qu’il puisse parvenir le plus rapidement possible à l’essentiel : l’utilisation de l’outil. On a donc les avantages de Windows, sans les inconvénients. Car l’utilisateur n’a perdu en route aucun des avantages de Linux. La transparence demeure totale, il peut continuer à piloter sa machine en ligne de commande s’il le veut (et en a parfois l’intérêt, pour gagner du temps), il n’a pas de problèmes de compatibilité ascendante, l’organisation des fichiers est sécurisée etc. Bref, pour une fois, il a le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la crémière. Alors, pourquoi se priver ?

Un projet comme Ubuntu est donc l’aboutissement d’un effort pour adapter les outils élaborés dans le monde linux à un usage qui soit facile pour l’utilisateur. On verra que, par les choix judicieux qui ont été fait par l’équipe d’Ubuntu, un important tournant a été accompli et que Linux pour le grand public est désormais entré dans l’âge de la maturité.


A lire également, dans la série Ubuntu, un linux pour tous  :

  1. Ubuntu dans le monde du logiciel libre
  2. Ubuntu, une distribution GNU/Linux
  3. Ubuntu, simplicité et liberté d’utilisation
  4. Installer Ubuntu
  5. La génèse et l’avenir d’Ubuntu

[1] Mot anglais signifiant mordu, particulièrement parmi les passionnés d’informatique

[2] Je cite les deux principales pour simplifier mon propos, mais il en existe d’autres.

commentaires
Ubuntu, un linux pour tous (2/5) - max - 29 novembre 2006 à 21:17

Il est important de resouligner le fait que linux n’est pas un système d’exploitation mais un noyau. Pour pouvoir s’en servir, il faut obligatoirement certains "composants" du projet GNU. On parle donc du système d’exploitation GNU/Linux.

En ce moment, nous assistons à un désaccord entre plusieurs développeurs du noyau linux notamment linus torvalds, et la fondation GNU sur la nouvelle licence GPL version 3 qui devrait arriver bientôt... Celle-ci est incompatible avec les DRM, c’est-à-dire que le code source ne doit pas contenir des controles sur des oeuvres numériques ce qui n’était pas le cas de la version 2, tout simplement parcequ’en 1991 les DRM n’existaient pas. Donc pour l’instant, le noyau restera en licence GPL-2, et pourra accepter le système des DRM...


#5895
Ubuntu, un linux pour tous (2/5) - bombix - 30 novembre 2006 à  07:07

Il est important de resouligner le fait que linux n’est pas un système d’exploitation mais un noyau. Pour pouvoir s’en servir, il faut obligatoirement certains "composants" du projet GNU. On parle donc du système d’exploitation GNU/Linux.

Oui, sans conteste. Je l’ai indiqué très clairement dans le premier article.

Sur le point numéro 2, c’est la licence GPL-2 qui n’est pas compatible avec les DRM, cf. Le Monde Informatique

Le noyau Linux ne sera pas être régi par la GPL 3. Linus Torvald, gourou open source et père de Linux s’est effectivement opposé à l’adoption de la version 3 de la GPL -actuellement en cours de révision, la première depuis 15 ans- pour couvrir le noyau Linux. Les clauses relatives à la gestion des DRM (Digital Right Management), au centre de la nouvelle mouture de la licence, seraient selon lui « trop pesantes ». « Il serait fou, par exemple, de publier ses propres clés et signatures numériques. Je ne le ferai pas. » déclare-t-il. Rappelons que la GLP 3 doit notamment aligner la licence sur les nouvelles contraintes juridiques liées au DRM et aux brevets logiciels.

Linus Torvald indique sur le newsgroup Linux Kernel Mailinglist que seuls quelques éléments de Linux sont « licenciables » en GPL3, « mais pas le noyau dans sa totalité ».

Il me semble que les positions de Linus sont le bon sens même. La philosophie du libre ne peut en aucun cas s’accomoder des DRM.

Plus intéressant en ce moment, l’offensive de Microsoft et sa tentative de rapprochement avec Novell, et la réponse humoristique et provocatrice de Mark S. qui propose aux développeurs OpenSuSE de venir rejoindre la communauté Ubuntu. Quelques explications ici (en)

#5898 | Répond au message #5895
Ubuntu, un linux pour tous (2/5) - max - 30 novembre 2006 à  13:21

Sur le point numéro 2, c’est la licence GPL-2 qui n’est pas compatible avec les DRM, cf. Le Monde Informatique

Pour moi, la licence GPLv2 a été publiée en 1991 et la notion de DRM est apparue en 1994.

#5905 | Répond au message #5898