Art contemporain : là où personne ne nous entend jamais bâiller...
Emmetrop organise au Transpalette du 14 avril au 26 mai 2007 une exposition de Bernard Calet, Séjour. A lire la présentation de cette manifestation, on s’interroge sur les visées d’un certain art contemporain. Minimalistes à outrance, auto-référentes et totalement coupées du monde sensible, mais accompagnées d’une prose ésotérique quasi incompréhensible, à qui s’adressent ces productions culturelles ? Questions qu’il faut poser. Car après tout ce petit monde vit grâce aux subventions du Ministère de la culture et des collectivités territoriales. Les citoyens sont donc en droit d’interroger les artistes et les experts qui les cautionnent : que faites-vous, que dîtes-vous, et à qui ?
Emmetrop m’écrit
Samedi 23 mars. Je trouve dans ma boîte aux lettres une enveloppe en provenance d’Emmetrop [1]. À l’intérieur une grande affiche, format 40x60 cm environ. Papier glacé, épais, plutôt luxueux. Le fond est sombre. Sur l’une des faces, plus grise que noire, un texte en grosses capitales, police de caractères sombre genre « western », et un texte : DANS L’ESPACE, PERSONNE NE VOUS ENTEND JAMAIS CRIER*. L’astérisque m’intrigue. Je regarde à quoi il fait référence. Pas de renvoi. Je retourne l’affiche. Le fond est cette fois tout à fait noir. À nouveau un texte, ou plutôt deux pavés de texte, qui occupent toute la surface ainsi divisée dans le sens de la hauteur. Je lis :
« Dans l’espace, personne ne vous entend jamais crier*. 4 expositions de Christophe Le Gac au transpalette de Bourges Mission 01 BERNARD CALET Séjour du 14 avril au 26 mai 2007 vernissage samedi 14 avril à 18h30 Usine Party à 20h30 - Gratuit - Une caravane à toit ouvrant, Une constellation de néons fluos en forme de maisons, Une grande enseigne composée de 3 lettres -ICI-, l’ensemble habite les espaces du transpallette, interroge l’idée de voyage et réinvente une poétique de l’absence.
Protocole à toutes les missions : le monde urbain semble devenu commun à tous. Comment les artistes - peintres, sculpteurs, photographes, videastes, installateurs - interrogent, utilisent, critiquent notre environnement le plus quotidien mais aussi le plus fantasmé par nous tous ?
Émotion et réflexion, réalité et fiction, narration et exploration seront quelques notions développées dans ces quatre expositions voulues comme des lignes de force, un zoom et même temps qu’une mise à distance de notre urbanité. »
La police de caractères utilisée fait penser aux écrans digitaux du début des années 80. La couleur verte accentue l’imitation. À l’évidence, on souhaite suggérer une sorte de prompteur numérique, un écran de machine qui crache du texte. La mise en page verticale qui implique une lecture continue du haut vers le bas renforce et achève en quelque sorte la référence à un écran d’ordinateur.
Poétique des machines imaginaires
Totalement anachronique, l’écran suggéré renvoie moins d’ailleurs à un ordinateur réel, qu’à l’idée qu’on s’en fait : l’ordinateur est une machine qui comme telle doit être fonctionnelle, efficace, et laide. Notre monde, peuplé de machines est lui aussi fonctionnel, efficace (pas toujours) et laid (hélas souvent). L’artiste contemporain parle du monde contemporain. Il doit adapter ses moyens d’expression au monde auquel il fait référence. Sa mission, dès lors, ne serait plus d’apporter un peu de beauté et de poésie dans le monde, mais de provoquer la réflexion ?
Références
Je regarde à nouveau le contenu de mon enveloppe. Mon affiche est accompagnée de deux feuillets format A4, blancs. Le premier, une longue, très longue énumération (deux pleines pages) de références concernant Bernard Calet : un choix parmi plusieurs dizaines d’expositions, d’articles de presse, de renvois bibliographiques ... en tout deux pleines pages ! Qui osera dire encore que l’État ne soutient pas la culture ? Bourse ici, prix là, commande d’une collectivité territoriale ici encore, et là ... Que dire d’un tel mécénat sinon qu’il transforme les artistes en fonctionnaires ? Je n’ai rien contre les fonctionnaires, je me demande simplement si les artistes doivent l’être. Est-ce qu’il n’y aurait pas contradiction entre la fonction critique de l’artiste telle qu’elle est annoncée (on va y revenir) et sa situation réelle dans le monde ? Quoi qu’il en soit, ces deux pleines pages de références indiquent au public que l’artiste est reconnu. Des experts ont déjà jugé à notre place la qualité de son travail et justifié les investissements de la collectivité. Avec ce feuillet intimidant on m’envoie un signe : l’artiste est habilité.
Le réel absent
J’examine à présent le second feuillet. Papier glacé, plus luxueux. Sur l’une des faces, une « image » Une caravane dessinée en traits géométriques (genre dessin technique abrégé, ceux qu’on trouve avec les modes d’emploi d’objets manufacturés à monter soi-même) vue de dessus. Elle occupe le premier tiers de la page en partant du bas. Elle se détache sur un carré de verdure séparé de sa partie supérieure. C’est la couleur verte qui me suggère le gazon d’un camping. « Carré de verdure », c’est une façon de parler : avec cet aplat vert très géométrique, on ne concède certes rien à la mimesis ...
Un petit détail retient mon attention : l’attache de la caravane. À l’évidence, ce trou percé ne ressemble en rien à une attache réelle. L’artiste s’est peut-être inspiré d’un jouet pour dessiner sa caravane ? L’objet fonctionne comme un signe, et peu importe les vraies caravanes, celles qu’on croise sur les routes où dans lesquelles on dort pendant les vacances [2].
Se détachant sur toute la partie supérieure du feuillet, vue de dessus toujours, une enseigne domine la caravane. Une structure simple en bois (du moins je l’imagine à partir de la couleur) dresse dans l’espace vide de la feuille trois lettres géantes : I C I. Un mince filet noir délimite les aplats de couleur jaune brun. La face avant des lettres est blanche. Ce blanc renforce le volume des lettres imposantes ; la même absence de texture que le fond rappelle le parti pris géométrique de la figuration. Les rondeurs du C sont cassées par une série de lignes droites. Ici, rien de naturel.
Que dit cette image ? Une idée d’enseigne surplombe une idée [3]de caravane ; Ici, rien de présent. Le réel s’est absenté. Et c’est bien normal. Le propre d’un signe n’est-il pas de représenter une chose absente ?
Signe toujours
Ai-je tout vu ? Au bord du gazon, la signature de l’artiste, Bernard Calet, précédée du signe « copyright » ...
Dans l’espace, personne ne vous entend jamais crier*.
Dans l’espace, personne ne vous entend jamais crier*. Tel est donc le titre des 4 expositions. Et toujours rien concernant l’astérisque. De quel espace parle t-on ? Si c’est l’espace des mathématiciens, personne ne vous entend jamais crier en effet, tout simplement parce qu’il n’y a personne, dans l’espace des mathématiciens ! Ni pour crier, ni pour entendre. Si c’est l’espace infini dont le silence éternel effrayait Pascal, on peut toujours se rassurer et se dire qu’il est quand même bien lointain, et presque aussi irréel qu’un décor de science-fiction. S’agit-il alors de l’espace urbain, puisqu’il y est fait référence plusieurs fois dans le texte ? Alors pourquoi ne pas écrire « Dans l’espace urbain, personne ne vous entend jamais crier ? » Où parle t-on simplement de l’espace, comme ce qui est opposé au lieu. Cette opposition conceptuelle est par exemple signalée par Christian Godin : « Que l’on compare une ville ancienne, de plan carré ou circulaire, groupée autour de sa haute cathédrale, avec les villes nouvelles, sans centre [note : sinon les centres commerciaux qui précisément, ne sont pas des centres.] et l’on aura une image approchée du monde objectif et symbolique dans lequel l’homme vit aujourd’hui. Les espaces [note : voir la prolifération de ce terme dans les domaines culturels et commercial] ont significativement remplacé les lieux. [4] » Ce thème de l’espace abstrait, épure blessante parce que sans vie, opposé au lieu qu’on habite, peut faire penser aussi aux recherches de Mircea Eliade. Dans Le monde, la cité, la maison, l’historien des religions écrit : « Le fait de s’établir où que ce soit, qu’il s’agisse de fonder un village ou de bâtir une maison, constitue une décision grave car l’existence même de l’homme en dépend ... On ne change pas d’habitation à la légère, parce qu’il n’est pas facile de changer de monde. La maison n’est pas un objet, « une machine à habiter » ; elle est l’univers que l’homme se construit en imitant la création exemplaire des dieux - la cosmogonie [5]. » Alors, Bernard Calet mettrait-il en scène avec cette caravane, cette « machine à habiter » déshumanisante dont nous parle Eliade ? Nous parlerait-il de la désacralisation de l’univers nouveau des hommes, de ces villes que l’on occupe, ou l’on circule mais que l’on n’habite plus ? [6]
Glose et commentaires
Qui peut comprendre d’emblée le sens de ce qui tente de s’exprimer là ? Je continue mon exploration : au dos de l’image, on peut lire un commentaire de Sébastien Pluot, intitulé « Dys-location [7]En note, on apprend que « location » veut dire « endroit » en anglais. « Ce néologisme signifierait une perturbation de la localisation. » La langue française n’étant pas assez riche semble-t-il, le commentateur recourt à un néologisme fabriqué à partir de la langue de Shakespeare pour parler d’une « perturbation de la localisation ». Vieille astuce. « Pourquoi citez-vous cet auteur en grec ? » , disait Voltaire. « Il faut bien parler de ce que l’on ne comprend pas dans la langue qu’on entend le moins. », répondait le cruel ironiste. Les critiques d’art contemporain évoquent donc ce qu’ils sont censés comprendre dans une langue que personne n’entend ... puisqu’elle n’est pas parlée ! Les poètes n’ont ils pas tous les droits ? Les poètes oui, mais les critiques ? Le rôle du commentaire n’est-il pas de faire accéder à l’oeuvre ? N’est-il pas là comme une médiation, au risque peut-être de la simplification ? À lire la prose de Pluot, rien n’est moins sûr.
Première partie du texte : Pluot rappelle un contexte et pose quelques jalons dans l’histoire de l’art contemporain, dont les trente dernières années pourraient être caractérisées par un éloignement ou une perte du référent. Le travail de Calet s’inscrirait dans ce processus : « Lorsqu’il constitue un paysage modelisé en néon sur la base d’une grille rationnelle (« Fluo » 2003), un territoire composé à partir d’un matériau industriel issu d’une image satellite ou un relief, en trois dimensions, édité à partir d’une information numérique en filiaire (« Panorama », 2003), le référent n’est plus le territoire réel mais une modélisation virtuelle. » Qu’est-ce à dire sinon que l’art est devenu auto-référent ? Qu’il ne parle plus que de lui ? Et le réel, qu’est il devenu dans tout cela ? Perdu dans les limbes des « modélisations virtuelles » ? Par un effet de contamination (mot à la mode lui aussi) le texte du critique a tendance lui aussi à proliférer, à ne plus se référer à cela dont il doit rendre compte (en l’occurrence le travail de Bernard Calet), mais à foisonner, les mots appelant les mots, et ne se référant plus qu’à eux-mêmes. Je ne suis pas sûr par exemple que cette phrase « C’est à partir de cette nouvelle configuration dans laquelle la relation indexale demeure flottante que Bernard Calet produit des phénomènes dyslexiques, non pas relatifs au langage mais à une autre forme d’organisation, celle se situant au sein de la relation entre le sujet et son environnement. » dise vraiment quelque chose.
Dans un seconde partie, l’exposition du Transpallette est plus précisément évoquée. Dans un style toujours aussi gongorique, le critique décrit la perte des repères que traduirait le travail de Calet, sans oublier lui-même de se référer cette fois aux autorités intellectuelles - écrivains et philosophes - pour autoriser son discours, quitte à devenir abscons : « Le « Ici et maintenant » garantissant la valeur auratique de l’objet selon Benjamin prend la forme d’un objet qui manifeste sa présence et délivre un message mais qui est saisi dans ce paradoxe d’être à la fois stable et amovible. »
Je suis désolé d’être un peu terre à terre, mais une caravane n’est pas « amovible », elle est mobile [8]et il n’y a aucun paradoxe là-dedans !
Qui parle et à qui ?
Qui parle et à qui ? Telle est la question qui me vient en reposant ce texte que j’ai lu trois fois attentivement pour essayer d’en percer le sens. Une chose est sûre. Il n’y a à peu près personne qui va le lire jusqu’au bout. Alors, à quoi bon ?
A quoi bon un art aussi insulaire ? À quoi bon un art produit par une toute petite minorité pour une petite minorité ? À quoi bon un art difficile qui ne prend pas la peine de s’expliquer, donc de communiquer, puisque les commentaires qui l’accompagnent sont encore plus obscurs que ce qu’ils sont censés éclairer ?
Un peu de poésie ?
Je ne doute pas de la sincérité de l’artiste. Je lui accorde même du crédit. J’admets la pertinence de son propos. Le problème de la perte des repères, du reflux des lieux habités et de la prolifération des espaces industriels inhumains mérite sans doute un regard et un traitement spécifique propre. Mais pourquoi l’art contemporain est-il si codé ? Pourquoi est-il inappréhendable sans une masse de discours qui le justifient ? Enfin, sur le fond, est-il vrai que l’univers des hommes, même urbain, soit réduit à ces espaces sans vie ? Ne reste t-il pas des occasions pour interroger ce qu’il demeure de la nature, le monde changeant des apparences ? N’y a t-il plus de place pour un art qui se référerait au monde sensible, celui dans lequel on vit ? Est-ce trop demander aux artistes que d’abandonner un peu cette intellectualité dévorante pour réinjecter un peu de poésie dans un monde qui en manque tant ? Que gagne t-on à peindre ainsi du gris sur du gris ?
La fonction de l’artiste est d’être critique, me répondra t-on peut-être. Est-ce si sûr ? Et qui est atteint par cette critique, au juste ? Et est-ce que cela change quoi que ce soit dans le destin et la vie des gens ?
La réalité telle que je la vois est plutôt celle-là : perdus dans ces espaces a-centrés que sont devenues beaucoup de villes modernes (pourtant Bourges, et pas seulement la vieille ville serrée autour de sa cathédrale, ainsi que beaucoup de villes grandes et moyennes en Europe, renvoient-elles à ce concept de l’univers urbain ?), nos contemporains, en fait d’art, s’abreuvent presque exclusivement des images trafiquées de la publicité et des rêves opiacés du cinéma hollywoodien.
Ainsi va la schizophrénie d’un monde divisé. Une toute petite minorité : artistes, écrivains, intellectuels « pensent » et « créent » (ou le croient) mais ne parle qu’à elle-même tandis que l’immense majorité des gens travaille, consomme et ne les entend pas.
Tout va bien cependant. Les collectivités continuent à financer un art devenu confidentiel, et le 14 avril, l’Usine Party, gratuite, battra son plein au Transpalette.
[1] Je tiens à préciser pour que les choses soient très claires que ce texte ne renvoie pas au travail de Bernard Calet que je n’ai pas vu, mais à la présentation qu’en fait Emmetrop. Moins au travail de l’artiste donc qu’à ce que ses promoteurs en montrent et surtout en disent.
[2] Considérant l’objet réel, pris dans un entrelacs d’intentions et de significations comme toutes les choses du monde des hommes, le cinéaste Ken Loach, dans Sweet Sixteen (2002), propose une toute autre vision de cet objet étrange qu’est la caravane ou le mobil-home. Il y concentre les rêves d’évasion d’un adolescent perdu d’une cité ouvrière anglaise. Foyer dérisoire, refuge, dernier espoir de renouer un lien avec une nature salvatrice, la « caravane » de Ken Loach est avant tout pétrie d’humanité. Sa destruction précipitera le jeune homme dans le crime et le désespoir.
[3] On sait que le mot idée vient de la philosophie de Platon (Vème siècle avant J.C.), et de sa théorie des idées. Notre monde sensible n’est que la doublure d’un monde des essences, seul « réellement réel » comme dit Platon, ou Idées. Une des origines de cette notion d’Idée est sans doute l’observation par Platon de l’activité des artisans qui imaginent en esprit un objet technique avant de le réaliser. L’opposition de l’existence sensible, changeante, soumise à la temporalité et d’un monde des essences fixe, inaltérable - ce dualisme si caractéristique de la métaphysique occidentale - a sans doute pour origine (non pas unique naturellement) l’activité technique de l’homme. Aujourd’hui, dans un monde dominé par la technique et peuplé d’objets industriels, ce monde des Idées nous est devenu plus naturel, si j’ose dire, que la nature elle-même, qui s’éloigne chaque jour un peu plus de notre horizon. Faut-il pour cela identifier l’univers des hommes à l’ensemble de nos productions techniques, comme le suggèrent beaucoup d’artistes contemporains. On pourrait bien, à l’issue de cette opération, ne saisir qu’un fantôme de réalité et un monde usiné, standardisé, vidé de sa vie. Contre ce nihilisme, l’art convoque et provoque notre sensibilité. L’intellectualité débridée se heurte à ce que Merleau-Ponty appelait la chair du monde. Dans quel ville, même la plus grise, ne peut-on voir le ciel est ses couleurs changeantes ? Les nuages qui passent là-bas, les merveilleux nuages qui sont autant de visages ou de paysages.
[4] Christan Godin, La totalité, Prologue, p. 30-31, Champ Vallon 1997
[5] Mircea Eliade, Le monde, la cité, la maison, in Occultisme, sorcellerie et modes culturelles, Gallimard 1976
[6] cf. également un essai récent de Frédéric Neyrat : « Ici le Monde », politique de la finitude pour une époque éco-technique. On peut y lire : « La « ville générique » indique le devenir de nos villes, celui que construisent Rem Koolhaas et ses dignes héritiers, et que figurent déjà Lagos, Houston, Détroit, ou, en Chine, le Pearl River Delta. La « ville générique » est une « substance » urbaine proliférante, sans limite, centre ou périphérie, qui répète à l’infini le même « module » structurel, selon une logique « fractale » où s’identifient la ville, une Grande Surface, un micro-ordinateur, un logiciel, un logo, un vêtement etc. La ville générique est amnésique, surgie de nulle part et susceptible d’y retourner si le Capital l’exige. Moins un artefact de civilisation qu’une « boîte de vitesses » qui réagit aux injonctions de consommations : le modèle de la « ville générique » est l’aéroport, son habitant est le « touriste », son activité principale le shopping. Disons-le clairement : la ville générique n’est pas une ville, et ce qui la met en forme ne relève ni de la sculpture ni de l’architecture : le « junkspace », selon l’expression de Rem Koolhaas, que produit le Capital relève d’une « architecture-bordel » où la ville n’est plus l’institution d’un lieu mais la production d’une substance urbaine jetable. » Et Neyrat d’ajouter, ce qui rejoint précisément notre propos : « Ces simulacres urbains ne peuvent être aisément épinglés au régime de l’image, de la représentation, et de l’art : mieux vaut en effet parler de simulacres, ou de « simulacres de simulations », pour reprendre cette expression de Baudrillard. L’image a toujours été pensée comme espace de relations, de médiations, entre des instances supposées séparées (sensible/intelligible, sujet/objet, moi/autrui etc.). L’image est cette tension entre un rien, une non-chose et une surprésence, qu’une tradition occidentale a pu traduire par le vocable d’idole. »
[7] cf. Christian Godin, déjà cité, toujours prompt à épingler les nouveaux conformismes, même « postmodernes » : « Les sans, les dé, le non ont envahi le champ lexical de la pensée , et de la société. Les dif- et les dis- ont remplacé les con- et les syn- . Plus rien ne sympathise, tout diffère ; il n’y a plus de consensus : partout du dissensus ! »
[8] À ce propos, notons que les gens en véritable errance, les « sans domiciles fixe » n’ont pas de « domiciles mobiles » non plus ! Au bord du canal Saint-Martin, en hiver, on dort dans des tentes, pas dans des caravanes de petits bourgeois.