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Opération plages propres

jeudi 7 juin 2007 à 08:21, par clarinette

Vendredi dernier, la marine française a repêché les corps de dix-huit noyés, dérivant au large de Malte. Emotion et indignation, devant la mort atroce de ces immigrants clandestins, décidés à tout tenter pour une vie meilleure… Mais de quoi faut-il s’indigner vraiment ?

C’est presque chaque semaine que, en Espagne, en Italie ou à Malte, on parle de bateaux arraisonnés, de clandestins arrêtés, ou de morts retrouvés sur les côtes… Au point que la Commission Européenne vient de rappeler à l’ordre Malte, coupable d’avoir, la semaine dernière, refusé d’accueillir un navire italien chargé de clandestins venant d’échapper à la noyade après le naufrage de leur embarcation… Le Commissaire aux Affaires intérieures de l’Union Européenne (Franco Frattini, dans le quotidien italien La Repubblica, dimanche 3 juin) a rappelé que « L’obligation de sauver des vies en mer procède d’une tradition internationale qu’aucun pays n’a jamais violée si manifestement… »

Nos eaux et nos côtes sont plus éloignées de cette terrible réalité, et nous sommes rarement confrontés directement au problème de ces embarcations surchargées, remplies d’hommes et de femmes assoiffés, autant d’eau que d’espoir en une vie nouvelle, mais le plus souvent condamnés à un retour quasi immédiat vers le sud.

En tous cas, à la différence de Malte, notre beau pays se montre cette semaine sous son jour le plus noble : généreusement (« après des contacts diplomatiques » nous dit-on [1]... ), notre Marine française repêche des corps qui ne nous appartiennent pas ! Dix-huit corps qui flottaient dans une zone internationale, à la limite des eaux territoriales maltaises et libyennes…
Nous, pour qui « l’aide aux personnes en détresse doit toujours être la première des priorités », comme le recommande Franco Frattini, le commissaire européen chargé des questions d’immigration, nous sommes des gens bien. Finalement un Ministre est venu jusqu’à Toulon pour rendre hommage aux dix-huit, et on leur fera jeudi un bel enterrement avec Monsieur le Maire, et Monsieur le Préfet.

Mais à quoi, à qui rend-on hommage ?
S’ils étaient arrivés vivants, auraient-ils été dignes de quelque hommage ?
Nous sommes désolés qu’ils aient péri, mais s’ils étaient simplement morts de faim ou de soif dans leur pays, au loin, serions-nous désolés ?

Messieurs et mesdames les candidats à l’immigration clandestine, voilà donc le message de la France, patrie des droits de l’Homme et de l’ingérence humanitaire : ne vous embarquez pas… mais si vous tentez la traversée, ne mourrez pas, faites-vous intercepter et sauver de la noyade, de préférence assez loin des eaux territoriales françaises. Soyez recueillis par exemple par les autorités maltaises ou italiennes, puis laissez-vous reconduire gentiment là d’où vous venez. Mais si vous êtes retrouvés noyés, soyez assurés de notre indignation et de notre émotion…

Un bon immigrant serait-il un immigrant mort ?

Pour le reste, « l’obligation de sauver des vies en mer » ne s’applique pas sur terre, malheureusement.

Brice Hortefeux, le ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement, prépare son action en faveur de l’immigration « choisie ». Il s’agit de « maîtriser les flux migratoires, dans l’intérêt des migrants et de la population française », outre la chasse aux étrangers en situation irrégulière, et les expulsions, espérons quelques mesures en faveur du codéveloppement [2]
qui rendront le moral aux africains, et éviteront tous ces tracas maritimes. Et les hommages hypocrites.

[1voir article du Monde

[2Mais au fait, qu’est-ce que c’est donc que le codéveloppement ? voir notamment « Le co-développement ne remplace pas l’aide au développement ».