Je suis celle qui parle aux rois, quiconque me résiste et me brave est impie
Ce texte n’est pas une contribution idéologique. C’est un billet d’humeur sur l’attitude révoltante de ce que l’on nomme "les rénovateurs" au sein du parti socialiste.
Dans son blog, Yann Galut trouve lamentable les querelles de personnes qui, selon lui, sont réactivées par le livre de Lionel Jospin qui "n’a qu’un seul but démolir Ségolène Royal" dixit Yann Galut. Ce genre de propos démagogique, qui sort sans cesse de la bouche des pseudo rénovateurs, n’a qu’une seule ambition : faire taire toutes critiques possibles en rapport à l’échec socialiste aux élections présidentielles (en toute logique puisque les rénovateurs d’aujourd’hui étaient les fervents partisans et principaux soutiens d’hier de Madame Royal, l’ex-candidate socialiste de 2007). La rénovation doit passer aussi par là : pourquoi et comment avons-nous perdu ? Alors, j’entends, ici ou là, dans le parti socialiste, la volonté de mettre un terme aux querelles de personnes. Mais je pense qu’il s’agit moins d’une querelle d’ambitions que d’une querelle idéologique. Il s’agit de savoir si le PS confirme son positionnement social-démocrate et libéral ou s’il reste et renoue avec l’idée qu’il est un outil de changement et de transformation de la société libérale et de l’économie capitaliste. Dans ce combat, la violence est inouïe. Comment pourrait-il en être autrement, tant l’enjeu pour l’avenir de la gauche est essentiel. C’est pourquoi je m’insurge contre cette stratégie de faire taire toutes critiques à l’égard de Ségolène Royal ou de faire taire toutes critiques à l’encontre du Parti Socialiste, en disqualifiant quiconque ose faire des réflexions, en l’accusant d’exacerber les querelles de personnes. Cette stratégie est honteuse et malhonnête. En jouant celui qui refuse, soi-disant, les querelles de personnes, il revêt aussi le bon rôle et en même temps joue d’habileté pour faire oublier le contenu des critiques. Car il est tellement plus facile de disqualifier un discours en le caricaturant ou bien en l’affichant comme diviseur. Cette technique est mille fois éprouvée : rendre l’ennemi inaudible. On va bientôt qualifier de débile mental celui qui ose critiquer la nouvelle apôtre de Jésus. Peut-être proposeront-ils même qu’on enferme celui ou celle qui ose critiquer. Mais là c’est moi qui m’emporte avec excès !
La rénovation d’une idée, d’un idéal ne consiste pas simplement à envoyer les vieux socialistes à la retraite comme des chiens. La rénovation d’une idée, d’un idéal consiste encore moins à s’aligner sur l’idéologie victorieuse de la droite. Pour cela, je vous renvoie aux propos hallucinants d’Emmanuel Valls sur la sécurité ou sur les retraites ( Valls que l’on a entendu partout dans les médias qui, toujours, décident tantôt du choix de notre candidat tantôt du contenu de ce que doit être la rénovation du PS). La gauche ne doit pas répondre à Sarkozy avec la même méthode que celui-ci, c’est-à-dire prendre position là où l’on n’attend pas la gauche. On n’attend pas de la gauche qu’elle prenne position en faveur de telle ou telle proposition de régressions sociales proposées par le gouvernement de droite. Rénover ne signifie pas renier. Rénover, au contraire, signifie remettre à neuf ce qui a été oublié, délaissé, abandonné.
J’ai lu une très belle réflexion de Marguerite Duras sur le socialisme tirée d’un entretien avec Yann Andrea, publié dans libération en 1983 :
"être déçu par le socialisme et ne rejoindre rien suppose une fidélité nouvelle au socialisme. La déception serait d’après moi presque nécessaire pour vérifier cette fidélité essentielle". Cette vérité m’a sauté aux yeux. Tant qu’il y aura des déçus à gauche il y aura toujours l’espoir d’une gauche qui se relèvera. Tant qu’il y aura des gens qui élèveront la voix pour lutter contre la défaite de la pensée et contre la dérive droitière assumée de Royal et ses acolytes, il restera l’espoir. Mais s’il ne reste que des hommes et des femmes résignés à l’ordre des choses, à l’ordre du monde et aux systèmes injustes, alors la gauche disparaîtra. Et ce qui est enjeu avec Royal, Valls et tous les autres, c’est qu’ils assument cette résignation en la faisant passer pour une rénovation et pour une idée moderne. On ne crie plus au Parti Socialiste. On ne crie plus de colère, on ne crie plus sur l’injustice du monde et de la vie. On ne crie que pour demander de faire taire ceux qui crient encore de colère.
Le PS n’a rien à dire. Je veux dire par là que, collectivement, nous n’avons rien à dire. Et pourtant, il nous faut assumer ce silence-là, celui du retour aux origines de ce qui nous a fondés, à la première heure, au premier jour où l’on a compris que l’on était de gauche. Le jour de la première colère. Le jour de la première injustice où l’on a ressenti le besoin, la nécessité de s’unir, de s’organiser pour être à la hauteur de cette colère qui ne s’éteindra jamais tant qu’un homme sera soumis à la misère d’un système injuste. Le PS a besoin de temps, de beaucoup de temps pour se retrouver, pour analyser, pour retrouver aussi ses repères. Peut-être échouera-t-il dans cette tentative. Mais cela n’a pas grande importance, le socialisme renaîtra ailleurs. Le PS n’est pas propriétaire de l’idéal qui se cache derrière l’adjectif socialiste. Cependant, pour donner une chance à cette espérance, nous devons être exigeant. Nous devons dénoncer partout où se lèvent la démagogie et les impostures de renouvellements et de rénovation qui sont parfois autant de masques qui cachent la dérive de l’idéal du Parti Socialiste. Trop de politiques élèvent la voix pour ne dire rien d’autre que ce qui a déjà été dit, au moment même où, selon moi, le silence est de mise pour se ressaisir. En effet, ces rénovateurs ressemblent tellement aux éléphants qu’il veulent abattre, même s’il ne faut pas tout réduire. Nous avons beaucoup à apprendre des vieux socialistes et il est certain que l’on a beaucoup à entendre des nouvelles générations, mais sans faux semblants, sans démagogie et en ne faisant pas semblant d’être désintéressé pour servir ses intérêts propres. Je préfère la critique excessive à la fausse prudence habile qui sert une stratégie politique. Autrement dit, je demande aux socialistes de ne plus faire de politique mais de se mettre au travail de réflexion pour pourvoir se redonner les moyens de dire des choses au monde et refaire, dès lors, de la politique c’est-à-dire proposer un projet de société.
Quant à Madame Royal, je me permets une dernière critique puisque son fantasme est d’être brûlée comme la Jeanne et comme j’ai quelques pulsions pyromanes, je m’en donne à coeur joie (pour ne pas dire à feux de joie), en vous disant, puisqu’elle cite Jésus dans sa dernière homélie québecoise "je leur pardonne ils ne savent pas ce qu’ils font", que si vous lui mettez une claque sur la joue gauche elle vous tendra certainement la droite, alors profitons-en, ne gâchons pas le plaisir qu’elle nous offre ! Je vais sans doute me faire traiter de sexiste puisque c’est la dernière insulte à la mode dans les cours de collège...