« Vallée des savoirs » : le CFBS menacé
Le lundi 8 octobre dernier, Bourges a reçu la visite du Ministre de la Défense Hervé Morin. Visite passée relativement inaperçue, mais dont les enjeux pourraient être importants pour la ville. En effet, le candidat et maire sortant Serge Lepeltier en a profité pour relancer son projet de « Vallée des savoirs » sur l’ancien site du boulevard Lahitolle. Le temps presse, car les délais pour profiter de fonds européens sur ce dossier sont courts : ils sont fixés au mois de décembre de cette année. De quoi inquiéter les personnels du CFBS (Centre de Formation de Bourges, ancienne École de Pyrotechnie) qui craignent pour ce site historique et pour leurs emplois.
Bourges a bâti une partie de sa prospérité sur les industries d’armements. À quelques minutes du centre ville, les hauts murs du quartier du boulevard Lahitolle protégeaient un vaste complexe industriel à vocation militaire dont la raison d’être a disparu après une série de restructurations à l’échelle nationale et européenne. Sur les 32 hectares de cette friche industrielle a germé l’idée de construire une « Vallée des savoirs ». Le projet est de renforcer le pôle universitaire berruyer et de lui adjoindre un pôle de développement économique tertiaire « La priorité absolue de Bourges est le développement de l’enseignement supérieur et de la recherche pour favoriser le développement économique. » affirmait ainsi Alain Tanton [1]
Ce projet s’inscrit dans un contrat de site signé en 2004. Le schéma directeur d’aménagement s’étale jusqu’en 2016. La vocation universitaire du site, qui accueille déjà l’ENSIB et l’IUFM est confirmée.
Projet grandiose
Sur un document de présentation du projet, le programme, plutôt grandiose, est exposé comme suit :
– Recomposition urbaine : démolitions et création d’une voirie structurante, d’une trame verte et d’un schéma directeur du stationnement.
– Création d’un espace universitaire (67 000 m²) : extension de l’ENSI, implantation du CESAL et de la Faculté de Droit, d’Economie et de Gestion, restaurant universitaire, maison de l’étudiant, halle de sports, résidence étudiants.
– Création d’îlots d’activités (31 000 m²) : laboratoires de recherche, entreprises, bâtiments tertiaires, commerces et services.
– Création d’un îlot résidentiel (35 000 m²) : habitat individuel et collectif.
2008 devrait voir se mettre en oeuvre la première phase du projet, à savoir la démolition du mur d’enceinte, des bâtiments industriels du secteur Est, la réhabilitation de la salle d’armes, la construction d’une place publique devant la salle d’arme, et la création d’un nouveau boulevard traversant le site qui reliera le boulevard Auger et la rue de Pignoux.
Inquiétudes au CFBS
Ce projet, réactivé avec la venue du Ministre Hervé Morin à Bourges il y a quelques semaines, n’est pas sans inquiéter les personnels du CFBS.
Le CFBS, Centre de Formation de Bourges, est un centre de formation très ancien. Ancienne école de pyrotechnie qui date du XIXème siècle, le CFBS a acquis au court du temps une expertise indéniable. Il emploie une centaine de personnes qui travaillent bien sûr pour le ministère de la Défense, mais dont les compétences sont aussi mises au service de l’ENSIB, de l’IUT, du ministère de l’Education Nationale, de l’AFPA, ainsi que de nombreux autres partenaires.
Les inquiétudes au CFBS sont motivées par les bruits qui courent sur le projet de la Vallée des savoirs, et surtout par les méthodes employées par la municipalité qui, comme à son habitude, décide d’abord et consulte ensuite – quand elle consulte ! ...
Dans son grandiose projet de « Vallée des savoirs », Serge Lepeltier semble tout simplement avoir oublié les premiers occupants du site, à savoir le Centre de Formation.
Dans le Berry Républicain [2], les syndicats (CGT, CFDT, FO et UNSA défense) estimaient que le projet « amputait l’établissement d’environ 50 pour 100 de sa surface capacitaire de formation, et de la totalité de ses capacités d’hébergement et de restauration ... sans que celui-ci ait été consulté et informé ! » Les syndicats s’indignaient des méthodes employées et s’opposaient à tout plan « qui remettrait en cause les missions, les moyens et les emplois du centre de formation. »
Rumeurs
Pour l’heure, ce qui fait jaser après la visite ministérielle du mois d’octobre, ce sont des rumeurs concernant d’abord ce qui fait le cœur de l’établissement, l’actuel bâtiment de pyrotechnie. Cet ensemble, édifié sous Napoléon III, a fait l’objet d’une réhabilitation récente coûteuse. Il serait détruit dans l’hypothèse où un nouveau boulevard traverserait le site. Quant à l’hôtel-restaurant accueillant les stagiaires, actuellement en rénovation, le nouveau boulevard le séparerait de l’ensemble des autres bâtiments. Dans cette nouvelle configuration, il serait alors si près de la route qu’on peut se demander s’il n’est pas en fait, lui aussi, promis à la destruction.
Négociations en cours
Pour l’instant, les négociations vont bon train entre la municipalité et le Ministère de la Défense qui ne voyait certainement pas jusqu’à présent d’un oeil très favorable la destruction d’un site dont la réhabilitation et les travaux de mises aux normes ont eu un coût élevé. Serge Lepeltier a profité de la visite du Ministre pour réactiver le dossier de « La vallée des savoirs » Avec pour argument la date butoir de décembre pour l’attribution d’une aide européenne ; mais il va de soi aussi qu’Hervé Morin a peut-être été sensible à la demande d’un ex-Ministre UMP de relancer un projet qui pourrait compter dans l’argumentaire de la campagne électorale en cours.
Sur la sellette, la « méthode » Lepeltier
Quoi qu’il en soit, la moindre des choses, dans un projet de cette ampleur, serait de consulter les gens qui travaillent encore actuellement sur le site. Cette façon de mettre à l’écart le Centre de Formation de Bourges et ses personnels n’est pas admissible. Les personnels du CFBS font valoir que l’espace est suffisant pour prévoir le développement d’un pôle universitaire, sans toucher aux installations performantes du Centre de Formation. Ils font valoir également qu’il serait absurde de ne pas intégrer au projet d’un pôle des savoirs l’expertise scientifique et pédagogique qu’ils ont acquis au fil des années.
Bref, une fois de plus, c’est la méthode Lepeltier qui est sur la sellette. Avec quelques arrières pensées également : le libéral Lepeltier ne serait peut-être pas mécontent de se débarrasser de la centaine de fonctionnaires qui travaillent au CFBS. Et puis, « La Vallée des savoirs », ce n’est pas simplement le développement d’un pôle universitaire. C’est aussi un projet immobilier juteux. Les grands travaux, Serge Lepeltier aime ça. Certains disent même qu’il a quelques intérêts personnels en jeu dans ce dossier, et que le bien commun n’est pas seul en cause.
Nul doute en tous cas que le projet de « La vallée des savoirs » constituera un dossier important dans la campagne électorale qui s’annonce. Il serait souhaitable que l’équipe municipale en place travaillât dans la transparence sur ce projet, mais surtout qu’elle prît en compte et respectât les travailleurs du CFBS, ainsi que toutes celles et tous ceux qui ont fait de Bourges un centre d’excellence technologique dans le domaine très spécialisé de la pyrotechnie.

