Pierre Halet, un écrivain humaniste

Lecture au Palais Jacques Coeur
mardi 18 décembre 2007 à 21:27, par Mercure Galant

La fin de l’année est généralement une période propice aux cadeaux. A sa manière, l’association Double Coeur nous en a offert un dernièrement. Il s’agissait, cette fois encore, d’une lecture. Celle d’extraits de l’oeuvre du poète et auteur dramatique Pierre Halet que nous étions invités à découvrir au sein du Palais Jacques Coeur.

Pierre Halet, un écrivain humaniste Depuis quelques années déjà, les efforts conjugués de François Carré et de Georges Buisson, respectivement président de l’association Double Coeur et administrateur du Palais Jacques Coeur permettent la transmission du patrimoine théâtral de la ville. Celui-ci s’est développé dès 1961, avec l’apparition de la Comédie de Bourges sous l’impulsion de Gabriel Monnet, futur directeur de la maison de la Culture. [1]
Dans une brève allocution, c’est l’actuel maître des lieux, Georges Buisson, qui nous accueillit,dans la salle des festins du palais, pour présenter la soirée.

Un écrivain “du terroir” ?

“L’œuvre de Pierre Halet est composée de poèmes, contes, nouvelles et pièces dramatiques, en parfaite adéquation avec l’époque, dans un style poétique vivant, contrasté, un langage très personnel, créatif et musical.” C’est ainsi que le site de l’association des “Amis de Pierre Halet” présente le travail de l’auteur... Pierre Halet ne semble pas vraiment avoir été attiré par les trompettes de la renommée. Parallèlement à l’écriture, cet amoureux des mots se consacre aussi à son autre passion, la vigne. Toute sa vie, il exploita à Chancay en Touraine, un petit vignoble de Vouvray. L’association qui s’occupe de la diffusion de son oeuvre continue d’ailleurs à faire vivre cette ancienne demeure vigneronne sous la dénomination de “Maison d’écrivain” [2].
Le qualifier, comme c’est l’usage, d’écrivain du terroir, n’est certes pas une offense, mais son oeuvre dépasse incontestablement cette étiquette caricaturale.

C’est bien sûr une histoire d’amitié qui conduisit Pierre Halet à Bourges. Celle qui le lia à Gabriel Monnet, et qui permit la création de nombreuses pièces de théâtre telles que La Provocation (présentée lors de l’inauguration de la Maison de la Culture en 1963), Le Cheval-Caillou (1964) Votre silence Cooper ? (1968) puis plus tard Au loin le bruit de la mer (1996)... Cette amitié, Gabriel Monnet en témoigne encore par la rédaction d’une lettre posthume au “vieux frère” , servant d’introduction à la lecture de cette soirée.

Une interprétation de qualité.

La lecture d’oeuvres théâtrales ou poétiques ne nécessite pas une mise en scène sophistiquée. [3] Il importe surtout de mettre les mots en valeur.
Avec sa bonhomie naturelle et sa dégaine de vieil adolescent, Jean-Louis Dumont [4]
capte d’abord l’auditoire par sa voix grave et douce. De son côté, la jeune comédienne Marie-Mathilde Amblat joue davantage sur le registre de la séduction. Son charme mutin contraste parfois avec une diction presque exagérée. Cependant l’association des deux artistes opère merveilleusement car on les sent au service du texte. Ils furent habilement accompagnés en cela, par les ajouts sonores d’Alain Giraud de l’association Double Coeur , et surtout, grâce au jeu subtil du guitariste Gilles Parodi
.

Défilèrent ainsi les images sombres des récits de Guerre (évocation de Berlin puis de la découverte du camp de Dachau à sa libération) ou de Little Boy (surnom donné à la bombe d’Hiroshima) jusqu’aux scènes oniriques inspirées par les pièces Votre silence Cooper ? (voyage galactique) Ou Au loin le bruit de la mer ( sur les thèmes de la mémoire et de l’absence) qui font naître des parenthèses tout à fait particulières... où le temps reste comme suspendu aux mots.

Enfin, une touche d’émotion supplémentaire vint conclure la soirée avec la courte intervention de Madeleine Halet, épouse du poète. Très sobrement, elle remercia l’assistance, espérant que cette lecture ait pu permettre la découverte de son mari qu’elle qualifie volontiers d’humaniste. Elle salua l’action des membres de l’association des “Amis de Pierre Halet” et rappela le long travail qui restait à mener. Celui de la collecte et de la mise à jour des nombreux manuscrits que l’auteur n’a pu faire paraître de son vivant, ceci en vue d’aboutir à l’édition intégrale de son oeuvre. C’est vraiment tout le mal qu’on lui souhaite... Pour ma part, je me suis déjà plongé dans la lecture de cette courte pièce Au loin, le bruit de la mer. Et vous Mesdames, Messieurs ? Période de fêtes aidant, pourquoi ne pas vous offrir le cadeau de lire Pierre Halet, l’écrivain humaniste ? Une petite touche de poésie dans ce monde de brutes... [5]

[1On se reportera aux articles de Roland Narboux sur l’histoire de la maison de la Culture de Bourges

et sur Gabriel Monnet ici
Une autre référence est également disponible .

[2Concept également adopté par Georges Buisson auDomaine de Nohan, demeure de George Sand, dont il est aussi l’administrateur.

[3Ici, un châle et un bol constituèrent les uniques accessoires des comédiens.

[4Comédien, metteur-en-scène et directeur de l’espace André Malraux à Joué-les-Tours.

[5Voir les parutions disponibles sur le site de l’association des “Amis de Pierre Halet” . Pour information, l’association Double-Coeur édite, généralement dans la foulée, le CD des lectures qu’elle organise...

commentaires
Pierre Halet, un écrivain humaniste - Mercure Galant - 26 décembre 2007 à 17:08

Tiens, en parlant de maisons d’écrivains je viens juste de découvrir que la Fédération qui tente de les regrouper s’est constituée en partie grâce aux différentes initiatives qui se sont engagées dans le Cher depuis 1993 notamment autour de l’école d’Alain Fournier à Epineuil-le-Fleuriel ... C’est ici


#9327
Pierre Halet, un écrivain humaniste - bombix - 18 décembre 2007 à 21:44

Merci Mercure Galant pour ce nouvel article de qualité. À noter que "Au loin le bruit de la mer" a été monté à la Maison de la Culture de Bourges par Gabriel Monnet en 1996. J’en ai gardé un excellent souvenir.


#9186
Pierre Halet, un écrivain humaniste - Mercure Galant - 19 décembre 2007 à  14:04

Ah oui 1996... Personnellement, je n’habitais pas encore à Bourges mais ce fut une année riche en expériences de toutes sortes... L’Agitateur était déjà en gestation à cette époque ?

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