Être pragmatique, c’est avoir souci du réel
Il l’a répété plusieurs fois, il est un pragmatique. Et peut-être, en effet, est-ce le mot qui convient le mieux pour caractériser Serge Lepeltier, ancien ministre et maire de Bourges (Parti Radical, composante de l’UMP), qui brigue un troisième mandat à la tête de la ville. Mais si être pragmatique signifie « être soucieux de l’action, de la réussite de l’action », ou encore « concerner les faits réels », « l’action et le comportement que leur observation et leur étude enseignent », on pourrait presque dire que l’essence du politique, ce qui le définit avant tout, c’est le pragmatisme. Quel politique a une chance quelconque de convaincre et de durer, s’il n’est pas soucieux de la réussite de son action, s’il ne tient pas compte, d’abord, des faits réels ?
Ni théoricien, ni idéologue
Le réel est l’alpha et l’oméga de l’action politique. L’action politique part du réel et vise le réel. En cela, l’homme politique s’oppose au théoricien, et à l’idéologue. Les deux concepts ne se recoupent pourtant pas. Ce serait faire injure à la théorie que de supposer qu’elle n’a pas de rapport, ou un rapport seulement éphémère, lointain et accidentel avec le réel. Mais d’une part la carte n’est pas le territoire, et d’autre part, dans la conduite des projets humains, tout n’est pas connu à l’avance. Il demeure une part d’incertitude irréductible, qui justifie la prudence de l’homme d’action, attitude faite de méfiance et de confiance, d’audace et de réserve, et surtout d’attention incessante au cours des choses qui humilie sans cesse nos jugements toujours prêts à conclure trop tôt, trop vite.
Pour l’homme d’action pragmatique la théorie est peut-être utile ou nécessaire, elle sera de toute façon toujours insuffisante. Son opposition à l’idéologie est en revanche beaucoup plus nette. La vraie figure antagoniste au politicien pragmatique, c’est le politicien idéologue. Idéologue, celui qui met entre lui et le réel un système d’idées a priori, et qui essaie de faire entrer la réalité dans ce cadre, plutôt que de faire effort pour adapter ses représentations au réel. Ce qui caractérise justement le « réel » c’est qu’il résiste aux vues de l’esprit que l’on tente de faire passer en force. Le réel est ce qui résiste, le réel est ce qui regimbe. Et malheur à l’homme ou à la femme politique qui n’a pas entendu cette leçon !
L’hommage à Jacques Rimbault, la volonté d’être « efficace »
Nous avons interrogé Serge Lepeltier sur la césure qui, selon lui, a caractérisé son passage aux affaires après la longue période de la gestion Rimbault. Il a récusé le terme de « césure » qui implique une idée de rupture d’avec la précédente municipalité. Le communiste Rimbault, et le gaulliste Lepeltier ont eu en commun cette approche pragmatique de la gestion des affaires municipales. De même, l’actuel maire a salué l’esprit de responsabilité de l’actuelle opposition sur de nombreux dossiers lors du mandat qui s’achève. Il déclare pareillement n’avoir consenti à parler du TGV qu’à partir du moment où le projet lui semblait réaliste. Interrogé sur le Printemps de Bourges, c’est encore au nom du pragmatisme qu’il justifie les subventions publiques attribuées à une société privée : il y a un « retour sur investissement », qui se mesure en terme d’image pour la ville de Bourges, et avec plus d’évidence encore à l’aune de la satisfaction des berruyers, surtout les jeunes, attachés à l’existence de ce festival. Même chose pour le « village de Noël » : le pragmatisme commande d’en confier l’organisation et la mise en oeuvre à des « professionnels » ; et peu importe si c’est à nouveau la société Coulisse qui empoche les bénéfices juteux de l’opération.
Nous touchons là les limites d’une telle attitude et de la philosophie implicite qui la sous-tend. Car si faire de la politique c’est partir du réel pour y revenir, c’est aussi imprimer une volonté pour modeler ce réel et le rendre ainsi plus conforme aux attentes des gens. Le réel ne dit rien du juste et de l’injuste. Ce sont des normes qui en décident, et ces normes sont avant tout le fait des hommes.
Irène Félix, une idéologue ?
Pour l’heure, Serge Lepeltier, ne craignant pas de se contredire, a beau jeu de fustiger « l’idéologie » de son adversaire. Il faut reconnaître qu’Irène Félix prête le flanc à une telle critique en accueillant dans son équipe des militantes de Lutte Ouvrière, bastion qui concentre tout ce que la gauche est capable de sécréter en fait d’idéologie. Bien sûr, la diabolisation de Colette Cordat est outrancière. De plus l’histoire nous apprend que chaque fois que le PS a fait alliance sur sa gauche, il a neutralisé et absorbé son partenaire. Quoi qu’en dise Serge Lepeltier, si Colette Cordat a des responsabilités dans la nouvelle municipalité, elle travaillera pour tous les berruyers, à quelque classe sociale qu’ils appartiennent. Elle sera obligée de composer avec les réalités et devra prendre des risques, comme tout politique aux affaires.
L’union de la gauche un rien anachronique qui se dresse en face de Serge Lepeltier rappelle simplement qu’il existe encore, malgré les sirènes de la « bonne gouvernance », une conception de l’action politique qui prend appui sur des valeurs, au premier rang desquelles, la justice sociale. Jean-Michel Pinon le rappelait très justement : « A défaut, sans doute, de partager tous les mêmes idées, les protagonistes de la « Gauche Unie » semblent s’être retrouvés sur des valeurs : solidarité, lutte contre les inégalités, développement du savoir, épanouissement individuel et collectif. »
Limites de chacune de ces positions
Si on peut reprocher au politicien idéologue son aveuglement, son incapacité à prendre en compte les nécessités du réel, on peut toujours rétorquer au politicien pragmatique que son point de vue est bien étroit, et douter du potentiel mobilisateur d’un tel projet. Peut-on mener les hommes sans les faire espérer ?
Allons plus loin. Le pragmatisme n’est-il pas un mot élégant pour habiller l’actuelle démission de nos décideurs devant la démocratie d’opinion ? Malgré ses arguments, Serge Lepeltier ne nous a pas convaincus de la nécessité d’une vidéo-surveillance à Bourges. Quel est donc ce « sentiment d’insécurité » qui justifie de tels choix de société ? Comment et par qui est-il fabriqué ?
Allons plus loin encore. Le néo-libéralisme triomphant signifie-t-il une exclusive attention au réel et l’abandon de toute idéologie ? In God We Trust annonce le roi dollar. Et l’actuel Président de la République d’emboiter le pas de l’Oncle Sam, pour nous vendre une « laïcité positive » qui réhabilite les vieux fantômes d’une religion réactionnaire, afin d’assujettir les esprits par le recours à une « transcendance » qui n’a jamais servi qu’à justifier l’ordre établi. Serge Lepeltier a eu la franchise d’exprimer ses réserves face à un tel dérapage. Responsable du Parti Radical, un autre positionnement eut été de sa part , il est vrai, très surprenant.
L’imagination au pouvoir !
Enfin, on pourra se demander si, pour aborder les problèmes majeurs de l’environnement et de l’écologie, dont Serge Lepeltier s’est fait une spécialité, une attitude pragmatique est opportune et suffisante. Notre situation face à ces problèmes est celle de quiconque se trouve devant une catastrophe possible. La notion de catastrophe vient des mathématiques et indique une discontinuité radicale dans l’ordre des phénomènes. Les écosystèmes, par leur complexité, sont doués d’une très grande résistance aux agressions, et d’une très grande stabilité. Cette résilience ne vaut que jusqu’à un certain point néanmoins. À partir d’un seuil déterminé [1], ils peuvent basculer brusquement dans autre chose, s’effondrer complètement, ou bien former d’autres types de systèmes qui peuvent avoir des propriétés fortement indésirables pour les hommes. « Cette disparition brutale de la résilience donne aux écosystèmes une particularité qu’aucun ingénieur ne pourrait transposer dans un système artificiel sans être renvoyé immédiatement de son poste : les signaux d’alarme ne s’allument que lorsqu’il est trop tard » [2].
Devant les défis majeurs et à courts termes que posent l’écologie et l’environnement, le politique ne doit être ni idéologue, ni étroitement pragmatique ... il doit faire preuve d’imagination. Imagination pour prévoir ce qui pourrait arriver, imagination pour convaincre des dangers, imagination pour trouver des solutions. Quarante ans après 1968, l’imagination doit plus que jamais être au pouvoir !
Nous voilà bien loin de Bourges et des problèmes que la municipalité a à affronter. Sauf que pour changer les choses et le monde, il faut commencer par nous changer nous-mêmes. « Ce n’est pas le chemin qui est difficile, c’est le difficile qui est le chemin. [3] » On ne pouvait guère mieux trouver que cet aphorisme attribué à la philosophe Simone Weil.
Espérons qu’il y a là autre chose qu’une formule : on ne s’attire généralement pas les suffrages des électeurs en insistant trop sur la nécessité de faire des efforts ...
[1] L’un des problèmes des scientifiques touchant ces questions étant justement d’établir ce seuil
[2] souligné par nous. cf. Jean-Pierre Dupuy, Devant la catastrophe, in Tisser le lien social, sous la direction d’Alain Supiot, éditions de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 2004, page 352.
[3] cité par Serge Lepeltier sur son blog, Mes cinq devises et citations
Serge Lepeltier, un pragmatique
- bombix
- 25 janvier 2008 à 14:50
Il y a quelque chose d’intéressant dans l’interview de SL, surtout sa première partie : c’est l’évidente contradiction dans son propos. D’une part en effet, il rend hommage à Jacques Rimbault et à « l’esprit de responsabilité » de son opposition - à laquelle IF a appartenu - et d’autre part il attaque sur l’alliance avec Lutte Ouvrière. On ne voit pas en effet quelle conciliation il peut y avoir entre les deux positions. Alors la question qu’il faut poser est celle-là : d’où vient la contradiction ? Qui est contradictoire ? Lepeltier, ou Félix ?
Je ne porte pas de jugement de valeur sur telle ou telle option politique. Force est de reconnaître que l’option trotskiste est celle du rejet du capitalisme, de la prise du pouvoir par le prolétariat pour instaurer le socialisme. "Socialisme" dans ce cas, signifie tout autre chose que le "socialisme" du Parti Socialiste, qui admet l’économie de marché et qui entend simplement, sans remettre en question les règles du jeu capitaliste, assurer une meilleure redistribution des profits. Il y a toute une tradition à l’extrême gauche pour dénoncer cette option sociale-démocrate, qui non seulement n’assure en rien une quelconque justice sociale, mais retarde une révolution possible en endormant les énergies révolutionnaires.
L’extrême gauche jusqu’à présent présentait des candidats aux élections pour profiter de la tribune ainsi offerte. Depuis la loi sur le financement des partis politiques, elle a aussi un intérêt financier à être présente dans les consultations, car elle perçoit un dividende par voix obtenue si elle passe un seuil de 1% des suffrages exprimés. Après tout c’est de bonne guerre. Personne ne pourrait le lui reprocher. Quand on fait la guerre on utilise les armes qui se présentent.
Là, les choses sont un peu différentes, puisque nous sommes dans une élection locale. D’une part, Lutte Ouvrière peut accéder aux responsabilités ; d’autre part, elle y sera alliée à un parti social-démocrate qui a renoncé depuis longtemps à toute forme de révolution. Espère t-elle comme feu l’OCI de Pierre Lambert décédé depuis peu influencer la mouvance progressiste de l’intérieur ? Agir comme un aiguillon ? Espère t elle accéder à des informations pour mieux connaître son adversaire et consolider sa stratégie ? Comment va t-elle gérer cela en terme d’image auprès de ses adhérents et de ses sympathisants ? Je n’ai pas de réponses à ces questions, mais force est de reconnaître qu’il y a ici des inconnues, et que le tournant opéré par Lutte Ouvrière est historique. Historique pour Lutte Ouvrière, mais pas nouveau dans le mouvement trotskiste.
Du côté du PS et d’Irène Félix, on peut se poser quand même des questions sur la façon dont elle va gérer son encombrante alliée. Est-elle elle même une crypto-trotskiste ? Cette hypothèse ferait le bonheur des mythomanes obsédés par l’existence de complots et de réseaux d’influence souterrains. Est-elle une vraie réformiste qui tente une opération mitterrandienne d’alliance pour absorber, étouffer et digérer la force politique qui est à sa gauche (le travail a été fait pour le Parti Communiste, tandis que la totalité des voix d’extrême gauche représentait presque 10 pour cent des voix en 2002)
Quoi qu’il en soit, cette stratégie à un prix : il y a perte de congruence dans l’image donnée à l’électorat. La congruence désigne dans la théorie de la communication le fait d’être cohérent, de ne pas envoyer de signes contradictoires. Lepeltier n’est pas fou, et s’engouffre dans la brèche. Il me semble qu’Irène Félix aurait grand intérêt à clarifier la situation. En communiquant sur les responsabilités attribuées aux élus LO en cas de victoire.
Quoi qu’il en soit, il me semble que La gauche unie a fait un pari risqué. Elle espère que le bénéfice de la dynamique de l’unité (qui est réel, personne n’a de doute là-dessus, sauf peut-être M. Javerliat ;-) ) suffira à combler les dégâts collatéraux d’une perte d’identité, qui risque quand même de troubler l’électorat. Quand l’électeur met dans l’urne un vote Lepeltier, il sait à peu près à quoi il s’engage (ou il croit savoir ; par exemple, il n’est pas innocent qu’à la différence de son adversaire, Serge Lepeltier ait tendance à gommer le tranchant extrémiste (néo-libéral pur et dur) de certains de ses collaborateurs, en annonçant Philippe Bensac comme sans étiquette par exemple) ; quand il met un vote Félix, il s’engage pour quoi exactement : le PS de Guilloneau, la ségolèniste qui est prête à faire alliance avec le MoDem, ou le PS de Mélanchon qui suit le cercueil de Lambert ? Vous allez me répondre : le PS de Fabius : celui qui fait les réformes libérales de 1983, et qui mène la bataille du Non au TCE. Fabius, un nom qui résume toutes les ambiguïtés et toutes les inconnues d’un parti politique devenu décidément illisible.
Reste le discours sur les "valeurs de la gauche". Suffira t-il ? Rendez-vous le 9 mars.
note : parmi une foule de textes, quelques exemples d’argumentation des théoriciens révolutionnaires sur le danger d’une alliance avec les partis sociaux-démocrates, et d’une façon générale sur les illusions propres à "la démocratie bourgeoise". On notera que dans tous les cas, c’est l’existence de classes sociales antagonistes (bourgeoisie et prolétariat) qui invalide les promesses de la démocratie. On assiste dans nos contrées à un recul, et d’abord numérique, du prolétariat. Le "peuple manque". Ceci explique peut-être cela.
du côté léniniste :
« Tous les socialistes en démontrant le caractère de classe de la civilisation bourgeoise, de la démocratie bourgeoise, du parlementarisme bourgeois, ont exprimé cette idée déjà formulée, avec le maximum d’exactitude scientifique par Marx et Engels que la plus démocratique des républiques bourgeoises ne saurait être autre chose qu’une machine à opprimer la classe ouvrière à la merci de la bourgeoisie, la masse des travailleurs à la merci d’une poignée de capitalistes. Il n’y a pas un seul révolutionnaire, pas un seul marxiste parmi ceux qui crient aujourd’hui contre la dictature et pour la démocratie qui n’ait juré ses grands dieux devant les ouvriers qu’il acceptait cette vérité fondamentale du socialisme ; et maintenant que le prolétariat révolutionnaire est en fermentation et en mouvement, qu’il tend à détruire cette machine d’oppression et à conquérir la dictature du prolétariat, ces traîtres au socialisme voudraient faire croire que la bourgeoisie a donné aux travailleurs la « démocratie pure », comme si la bourgeoisie avait renoncé à toute résistance et était prête à obéir à la majorité des travailleurs, comme si, dans une république démocratique, il n’y avait pas une machine gouvernementale faite pour opérer l’écrasement du travail par le capital. »
Lénine, Thèses sur la démocratie bourgeoise et la dictature prolétarienne, 1919
du côté anarchiste :
« La liberté du travailleur, dit Bakounine, est une liberté théorique, fictive. Pourtant, " est-ce à dire que nous, socialistes révolutionnaires, nous ne voulions pas du suffrage universel, et que nous lui préférions soit le suffrage restreint, soit le despotisme d’un seul ? Point du tout. Ce que nous affirmons, c’est que le suffrage universel, considéré à lui tout seul et agissant dans une société fondée sur l’inégalité économique et sociale, ne sera jamais pour le peuple qu’un leurre ; que, de la part des démocrates bourgeois, il ne sera jamais rien qu’un odieux mensonge, l’instrument le plus sûr pour consolider, avec une apparence de libéralisme et de justice, au détriment des intérêts et de la liberté populaires, l’éternelle domination des classes exploitantes et possédantes. »
cité par René Berthier, Les anarchistes et le suffrage universel.
Bakounine
« Toutes les expériences de l’histoire nous démontrent qu’une alliance conclue entre deux partis différents tourne toujours au profit du parti le plus rétrograde ; cette alliance affaiblit nécessairement le parti le plus avancé, en amoindrissant, en faussant son programme, en détruisant sa force morale, sa confiance en lui-même ; tandis que lorsqu’un parti rétrograde ment, il se retrouve toujours et plus que jamais dans sa vérité. »
tous ces textes sont lisibles facilement sur internet.
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Serge Lepeltier, un pragmatique
- bombix
- 25 janvier 2008 à 19:43
Bonsoir,
J’étais sûr que vous alliez réagir. ;-)
Je n’ai pas vraiment envie de discuter sur le vocable "extrémisme", parce que bien sûr il est connoté, et négativement - à droite surtout ! Vous remarquerez que je n’ai pas dit que vous étiez "d’extrême-droite"... (je vais revenir sur le problème de l’extrême-droite)
Alors employons les mots que vous voulez, et peut-être le mot "radical" conviendrait-il mieux, au sens non pas de Parti Radical naturellement, mais au sens d’une certaine radicalité dans le positionnement politique.
On ne va pas non plus s’embarquer sur la définition de libéralisme, qui demanderait un cours en plusieurs séances. ;-)
Quand je dis que vous êtes un libéral radical, voici - brièvement donc - ce que j’entends.
Parmi les "libéraux", il y en a de plus ou moins "radicaux" ; c’est ainsi qu’on peut définir un spectre qui va de l’ultra-libéralisme au libéralisme social, voire au social-libéralisme dans le cas de DSK (à qui vous faites allusion) !
Le critère, il me semble, mais vous me corrigerez si je me trompe, s’établit à partir du rôle du marché. À une extrêmité, on a les ultra-libéraux, qui misent sur l’autorégulation du marché, et puis à l’autre les sociaux-libéraux qui pensent qu’il faut laisser un rôle plus ou moins important à l’État dans les processus de régulations économiques. Je ne rentrerai pas dans les détails - mais certains économistes libéraux, comme Jean Tirole par exemple, bien que s’inspirant de la théorie dite néoclassique, de l’école de Chicago et de Friedman - n’hésitent pas à remettre en cause l’ultra-libéralisme et réfléchissent sur la bonne intervention de l’Etat, et en viennent même à remettre en cause la religion de la concurrence !
Le libéralisme est donc une nébuleuse compliquée, et en aucun cas monolithique.
Dans ce paysage bigarré, j’ai la faiblesse de croire que vous vous situez plutôt du côté de ceux qui font une confiance totale au marché et souhaitent un minimum d’intervention de l’Etat ; voilà en quoi consiste votre extrêmisme, ou si vous préférez votre radicalité ; il faut considèrer en outre que le référentiel est l’équipe municipale présentée par Serge Lepeltier, qui par son identité gaulliste revendiquée, devrait plutôt se situer à l’autre pôle. Tout positionnement est, comme toujours, relatif au point de repère qu’on se donne.
Pour être complet, il faut dire qu’on ne peut pas reproduire en miroir cette situation dans l’équipe de La Gauche Unie. Le pendant de l’extrême gauche façon Lutte Ouvrière, c’est l’extrême-droite fascisante, qui ne renonce elle non plus en rien à l’Etat. Pas sûr d’ailleurs que le national-populisme de Le Pen lui corresponde exactement, d’ailleurs.
Cette dysimétrie fait tout l’intérêt de la situation berruyère.
Reste une question subsidiaire, justement, et à laquelle vous avez peut-être des éléments de réponse : pourquoi le Front National ne présente t-il pas de liste à Bourges ?
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