Tombé du ciel
Bourges a connu quelques heures de gloire suite à la chute d’une
météorite le 25 Janvier 2008 qui serait tombée du coté de Trouy. Bon, au moment où j’écris ces lignes, personne ne l’a retrouvée cette météorite [1]. Mais c’est encore mieux. Reportages radio et télé, dépêche AFP, tout le tintouin y est passé. Cela a dû faire le bonheur de Jean-Pierre Pernaut.
Cela n’a l’air de rien une affaire comme cela, mais ce n’est vraisemblablement pas loin de doubler "le bruit" médiatique autour d’une ville comme Bourges sur une année [2]. Coté bruit médiatique, on avait eu droit en 2007 à l’ouverture du "Grenelle de l’environnement" dont les retombées en terme d’image ont dû paraître décevantes. Là encore, cet évènement était une aubaine pour faire parler de Bourges et tenter de lui donner un air écologique au regard de la France
entière. C’était un beau cadeau de Jean-Louis Borloo à son ami Serge
Lepeltier à quelques mois des élections municipales 2008. Serge
Lepeltier, ancien ministre de l’environnement [3],
voudrait donner une image écolo à Bourges. La vague écolo que connaît
la France depuis 2007, vaguement écolo d’ailleurs, plus liée à
la popularité de Nicolas Hulot qu’à des actions concrètes en faveur de
l’environnement est comme tombée du ciel pour le maire de Bourges.
Mais qu’a-t-il fait en 13 ans pour l’écologie à Bourges ? Une rue
moyenne engazonnée une fois par an à l’occasion de l’opération ville sans voitures, des bus au gaz naturel et de pauvres traits sur la
route faisant officiellement office de pistes cyclables [4]. Bref, quand Serge Lepeltier fait de
l’écologie, il fait principalement de la communication. On peut même
dire que c’est par là son plus grand coté écolo, car si on pouvait
récupérer le vent qu’il fait autour de ce sujet, nul doute que l’on
pourrait faire tourner des éoliennes. À coté de cela, quand au demande au premier magistrat de Bourges quel est son plus gros regret, il répond que "cela ne vous surprendra pas – c’est de ne pas avoir pu faire le parking Cujas". Pour que les non-berruyers comprennent, on ne peut pas faire plus au centre-ville que la place Cujas. [5]. Alors si, quand même, cela nous surprend : pas très écolo tout cela. Mais que l’on se rassure "la chose sera rattrapée avec le parking Avaricum". Oui, on n’est pas rassuré, car cela n’est pas tellement mieux. De l’autre coté, les transports en commun se sont très peu développés à Bourges depuis 1995, le maire n’ayant eu cesse de tenter de réaliser des économies sur ce sujet. Et 13 ans après, suivant la mode, il
propose un projet de tramway [6]. Les habitués des transports en commun de Bourges
seront sûrement un peu perplexes : pourquoi ne pas tout d’abord améliorer les transports existants qui en auraient bien besoin avant de dépenser des
fortunes pour ce qui va être finalement avant tout un outil de communication ?
Durant 13 ans, Serge Lepeltier que l’on dit pragmatique a surtout été
opportuniste. Dans les grandes réalisations dont peut se prévaloir
Bourges depuis 1995, un grand nombre ne l’ont pas été du fait du maire
: le CREPS grâce au Conseil Régional du Centre [7], l’ENSIB en grande
partie grâce à l’action de Jean-Claude Sandrier, Pierre Marché et Jean-François Deniau en sont deux exemples [8] . Le PRU [9], plus grande fierté à venir du maire, a été également un effet d’aubaine "Imaginez 310 millions d’euros à dépenser en quatre ans ! Même si, en réalité, on va les dépenser en cinq ans (...) Là, il nous tombe dix années d’investissements avec des délais très serrés !". Oui, il a bien employé le verbe "tomber". Sa grande réalisation en terme d’équipement restera peut-être le Conservatoire de musique.
Dernier exemple de l’opportunisme du maire, l’annonce de
l’arrivée (hypothétique) du TGV à Bourges (pour 2020...) : Serge Lepeltier n’y est bien entendu pour rien [10] mais cela ne l’empêche pas d’en faire un
argument "de vente" pour sa campagne municipale 2008. Encore un truc qui tombe du ciel.
Alors, la question, est-ce que Lepeltier ne nous serait pas finalement, lui aussi, tombé du ciel et finalement providentiel pour Bourges ? On serait presque tenté de répondre oui tellement il a, comme on dit vulgairement, "de la moule". Il est élu par une vague bleue en 1995 alors qu’il est quasi inconnu. Il est réélu dès le premier tour en 2001 à la faveur d’une forte démobilisation à gauche. Il se saisit opportunément de l’écologie pour devenir (un éphémère) ministre du domaine. Mais il ne va peut-être pas s’arrêter là. Il se saisit de l’ouverture à Gauche pour affirmer dans l’Agitateur que Jacques Rimbault [11] et son équipe "géraient la ville dans le sens de l’intérêt général. Un intérêt général qui leur était propre bien entendu, mais avec un profond travail" tout cela alors qu’il était dans un "trip" très anti-bolchevique en 1995. On connaît un ou deux co-listiers qui ont dû faire "gloops" à la lecture de ce quasi-hommage. Il continue en trouvant l’opposition socialo-communiste constructive et responsable. Il se détache également de Sarkozy sur la laïcité. L’opportuniste Lepeltier a saisi le danger : une vague anti-sarkozy pourrait bien l’atteindre. Il lance un contre-feu anti-trotskyste. Et il trouve un sujet d’accroche contre la liste d’opposition, une alliance PS-LO tombée du ciel qui va permettre au maire sortant, de crier au danger avec l’arrivée du diable trotskyste.
Un des gros soucis de Lepeltier finalement, ce sont ces co-listiers pour l’élection municipale qui eux, ne sont pas tombés du ciel. Il a dû, selon ses dires faire des choix "avec 150 à 200 personnes qui se sont manifestées pour figurer sur cette liste". Et là, pas de miracles, on n’a ni flèches, ni météorites mais au moins deux-trois boulets dont il n’a su se défaire dont Roland Narboux et Philippe Gitton. Et c’est bien là que l’on voit que finalement, Serge Lepeltier est un homme plutôt seul. Ce gestionnaire sans véritable charisme a beaucoup de mal à s’entourer, à mener son équipe, à galvaniser les foules. D’où une politique timorée, sans panache, sans véritable ambition, sans saveur. Et là, pas de miracle pour les six prochaines années, si il est réélu, ça ne tombera pas du ciel.
Photographie : nwa chondrite trouvée au Maroc en 2003 -
Licence GNU Free Documentation - Source : Wikipédia
[1] Quoi qu’on pourrait l’avoir retrouvée dans le...Tarn, du coté d’Albi
[2] Le Printemps de Bourges étant toujours habituellement la retombée médiatique la plus importante de l’année pour la ville, suivi du Basket féminin avec le Bourges Basket
[3] Qui s’en souvient et
qui se souvient encore de lui en dehors des berruyers et berrichons ?
[4] "Piste cyclables"
subventionnées par l’Union Européenne...pas très regardante visiblement
sur l’emploi de ses subventions
[6] Tout comme la liste d’opposition d’Irène
Félix d’ailleurs
[7] Mais également comme signalé par un lecteur, du Député Jean-Claude SANDRIER et à celle de la Ministre des sports de l’époque : Marie-George BUFFET
[8] Comme signalé par un lecteur, en réalité, Yann Galut a été impliqué dans la création de ce que l’on appelait "L’école de l’internet" qui a donné naissance à la filière STI de l’ENSIB en 2002. Toutes mes excuses pour cette erreur qui est désormais corrigée.
[9] Plan de Renouvellement Urbain
[10] Merci à Brice Hortefeux de convoiter des
responsabilités en Auvergne
[11] Dont il n’a jamais atteint la popularité à Bourges