Gauche unie : pour en finir avec "l’effet de Serge"
Après un démarrage en fanfare, la campagne du maire sortant Serge Lepeltier (UMP-radical) semble patiner, au contraire de la liste de la Gauche Unie, qui, malgré un départ poussif, multiplie les communiqués et les rencontres sur le terrain. A un mois du premier tour des élections municipales, l’équipe de la gauche Unie organisait un meeting au Hublot. Irène Félix, très offensive a mis l’accent sur quelques points majeurs de son programme et a tiré à boulets rouges sur la liste de la majorité présidentielle.
« Serge Lepeltier est de droite, sa liste est de droite, son projet est de droite ». Comme beaucoup d’élus de l’UMP, Serge Lepeltier s’efforce de se démarquer de Nicolas Sarkozy, de plus en plus impopulaire aux yeux des Français pleins de désillusions. Lors du meeting de la Gauche Unie (06/02/08 – Le Hublot), Irène Félix a donc insisté sur l’étiquette du maire sortant, candidat à sa propre succession, qui a soutenu Nicolas Sarkozy lors des élections Présidentielles.
Alain Rafesthain (PS), Président du Conseil Général du Cher, y est allé d’une diatribe contre le Président de la République qui se sera fait remarquer par une baisse d’impôts de 15 milliards d’euros accordée aux plus riches, une hausse impressionnante de son salaire à l’heure où l’on demande aux Français de se serrer la ceinture, des vacances luxueuses grâce à l’assistanat de richissimes patrons, un étalage indécent de sa vie privée, et une transformation en larbins du premier ministre et de ses ministres.
François Bonneau, Président du Conseil Régional du Centre en a rajouté une couche en pointant du doigt l’impuissance de la droite face au problème du pouvoir d’achat, la remise en cause des acquis sociaux, ainsi que les postes supprimés dans l’Education Nationale au profit d’heures supplémentaires.
Enfin, Jean-Michel Guérineau a lui aussi souligné l’importance nationale de ces élections locales : « Certes, nous ne changerons pas de Président de la République, mais toute consultation du peuple a son importance par le message qu’elle délivre. Il faut réduire la capacité de nuire du Président et de son gouvernement, en votant massivement à gauche ».
Une fois Nicolas Sarkozy passé à la moulinette, c’était au tour de Serge Lepeltier de se faire littéralement torpiller. « Il y a urgence à Bourges pour un autre projet. Bourges prépare mal son avenir. Serge Lepeltier promet des jeux sans promettre le pain ! » a estimé Irène Félix, faisant allusion aux propositions de constructions d’infrastructures du maire sortant. « On compte 7,7% de chômeurs et 8% de personnes au RMI. De plus la population est vieillissante : les entreprises risquent de quitter la ville faute de personnel compétent », a affirmé Irène Félix. Quelques instants plus tôt, Jean-Claude Sandrier (PCF) [1] avait rappelé, dans un discours lu par Jean-Michel Guérineau, que Bourges avait subit une perte de 5000 habitants depuis 1995. Jean-Michel Guérineau a insisté sur le fait que c’est la gauche qui a apporté à Bourges l’Ecole Nationale d’Ingénieurs et le CREPS. Sous entendu : même en étant dans l’opposition au Conseil Municipal, la gauche a apporté des choses à Bourges que la droite essaye aujourd’hui de s’approprier pour gonfler son mince bilan.
Environnement et transports
Dans le domaine de l’environnement, c’est tout d’abord Joël Crotté (Verts), qui, dans un discours brillant d’humour, s’est appliqué à décortiquer « l’effet de Serge », qui consiste selon lui à « communiquer sur des sujets environnementaux au lieu de travailler ». « Il se fait photographier un jour par an en vélo et cache sa Vel Satis ! », s’est-il exclamé, provoquant des rires dans la salle. Et au représentant des Verts de promettre à Serge Lepeltier « un malus de 2000 euros » !... Joël Crotté a également ironisé sur les cantines municipales qui servent des préparations industrielles aux enfants, sur la journée sans voiture « quand il pleut, on annule tout, hein ! », les traces de peinture sur les routes faisant office de piste cyclables, ou encore le Plan de Renouvellement Urbain « qui, au niveau de l’écologie est un projet des années 60 ! ». Joël Crotté, en grande forme, a même inventé le terme « d’escrologie politique » pour dénoncer les arguments de Serge Lepeltier qui avait invoqué que le PRU respectait les normes HQE de Haute Qualité Environnementale : « Elles ne prennent en compte que trois points sur quatorze ! L’archaïque, c’est bien lui, ce n’est pas moi ! »
Irène Félix a formulé la promesse de développer de vraies pistes cyclables sécurisées à raison de 100 kilomètres d’ici 2014 : « Serge Lepeltier n’a même pas honte d’annoncer qu’il n’a créé que 2,5 kilomètres de pistes en sept ans ! ». Pour la représentante de la Gauche Unie, « la politique environnementale de Serge Lepeltier se résume à encourager l’achat de voitures propres ! ». Au contraire, la Gauche Unie prévoit d’améliorer les transports en communs (« certaines lignes ont vu leur fréquence de passage réduite de 10 à 15 minutes et d’autres de 15 à 30 minutes ! »), en augmentant les fréquences de passage, en développant des couloirs réservés, en créant des navettes – notamment entre le plateau d’Auron et le cinéma - en aménageant des quais pour les personnes à mobilité réduite et en lançant une étude sur la création de lignes de tramway pour “préparer” la venue du TGV. A ce sujet, Irène Félix a déclaré : « Le TGV, c’est un chantier sur deux mandats. Quand je vois Serge Lepeltier faire campagne sur un projet qui ne se décidera qu’après les élections, je trouve que c’est gonflé ! ».
Pour sa part, Jean-Michel Guérineau (PCF) avait souligné que l’actuel TGV Brive-Roissy-Lille passant par Vierzon était encore l’oeuvre de la gauche : « Et ça, ce n’est pas une promesse en l’air, c’est du concret. Qu’a fait Serge Lepeltier ? Je rappelle que le Polt aurait dû être inauguré en 2007 et qu’il a été rayé d’un trait de plume par le Gouvernement de Jean-Pierre Raffarin dont Serge Lepeltier était membre ! Il n’a pas bronché ! »
Logement social, éducation et emploi
Une « remise à plat du Plan de Renouvellement urbain » avait été évoqué par Irène Félix sans que l’on en sache beaucoup plus. Lors de son discours au Hublot, la candidate socialiste s’est montrée beaucoup plus loquace. Elle a clairement annoncé que si elle était élue, les destructions d’immeubles cesseraient immédiatement et qu’elle enclencherait le processus des rénovations et des constructions. Selon Irène Félix, 2244 logements (auxquels il faut ajouter 220 logements d’Avaricum) ont été détruits alors que seulement 1200 reconstructions sont promises. Par ailleurs, le plan actuel prévoit la rénovation de 3200 logements « mais à ce jour, pas un n’est effectif ! » a déclaré Irène Félix qui dénonce également le fait que la ville brade son patrimoine au privé. « Avaricum, c’est l’exemple d’une politique de non-sens urbain, irresponsable économiquement », s’est exclamé Joël Crotté pour qui les nouvelles habitations prévues dans le cadre du PRU « vont vieillir vite et mal ». « La mairie a laissé les immeubles se dégrader pour ensuite les détruire et les loyers des nouveaux logement sont jusqu’à 80 à 100 euros plus cher », s’est enflammée Colette Cordat (Lutte Ouvrière) dans un discours diabolique [2] exigeant des loyers abordables et des services à la personne : « ce n’est pas de l’assistanat, c’est de la solidarité ! »
« Il faut reconstruire et rénover avant de démolir et il faut respecter les habitants » a répondu Irène Félix qui promet de reconstruire les « mètres carrés sociaux » dédiés notamment aux associations et totalement occultés par le projet de Serge Lepeltier. Mais surtout, La Gauche Unie prévoit, dans le cadre de Bourges Plus, d’acheter des terrains pour éviter la surenchère immobilière et permettre au plus grand nombre de se loger dans des conditions décentes et à des prix abordables.
Consciente des carences de la vie étudiante à Bourges, Irène Félix a également promis de développer l’offre de logements étudiants. « Le logement étudiant est passé de 450 à 300 sous le mandat de Serge Lepeltier ! » a soutenu Irène Félix. Il faudra sans doute en effet bien davantage de logements étudiants pour atteindre l’objectif de 5000 étudiants à Bourges fixé par Irène Félix et... Serge Lepeltier. « Avec lui, le nombre d’étudiants est passé de 3500 à 3700. Sera-t-il capable de faire dix fois mieux en un seul mandat ? » a interrogé Irène Félix qui a estimé que la droite s’était montrée incapable d’exploiter au mieux le secteur de Lahitolle.
Le lien social contre l’événementiel
« Pourquoi Serge Lepeltier ferait-il ce qu’il n’a pas fait jusque là ? » a questionné Colette Cordat. « Nous avons fait des choix », a commenté Irène Félix. « Et ces choix concernent la lutte contre les inégalités sociales, le développement du pouvoir d’achat, l’éducation. Il s’agit d’un choix budgétaire où le lien social importe plus que l’événementiel. Nous choisissons de ne pas faire une politique des grands équipements, en dehors du projet de piscine ludique, qui nous permettra de ne pas alourdir les prélèvements ». Ironisant sur les accusations d’avoir signé un pacte avec le diable en accueillant Lutte Ouvrière, Irène Félix a estimé qu’en écoutant le discours de Colette Cordat, elle n’avait pas eu le sentiment que le diable était entré dans la salle. Par ailleurs, s’adressant implicitement à la liste anti capitaliste « A gauche Bourges », Irène Félix lui a sobrement conseillé de regarder ses propositions et de bien réfléchir. « Certains nous reprochent d’être trop à droite. D’autres nous reprochent d’être trop à gauche. C’est rassurant, car au fond, cela signifie que nous sommes bien à notre place, a déclaré en conclusion Irène Félix.
[1] Jean-Claude Sandrier, Député du Cher, était absent pour cause de débat sur la modification de la constitution et l’adoption du traité européen.
[2] Le maire de Bourges Serge Lepeltier a vu dans l’accord passé avec Lutte Ouvrière et Colette Cordat, une alliance avec le diable.