Le 17 décembre dernier, bombix m’a demandé de développer un point de vue sur les HLM qui va « à l’encontre de l’opinion commune ». Avec un peu de retard, je le fais volontiers.
2 avenue de Lattre de Tassigny
Les zones à urbaniser par priorité (ZUP) ont été créées pour faire barrage à la spéculation immobilière dans un contexte de crise aigue de logement. Lorsqu’une telle zone a été désignée, tout groupe de construction de plus de 100 logements devait y être implanté s’il entraîne de nouveaux équipements d’infrastructure à la charge de la collectivité. Le terrain était la propriété d’une société d’économie mixte à qui il appartenait de le viabiliser et de le céder aux promoteurs moyennant une redevance correspondant au coût des travaux d’infrastructure.
Toute personne en quête de logement et quel que soit son statut social se trouvait conduite à devoir résider dans la ZUP. Les normes de construction et de qualité étaient les mêmes pour tous. C’est le mode de financement et les moyens de la gestion qui faisaient la différence entre le secteur privé et le secteur social.
5 et 7 avenue de Peterborough
C’est tout ce qui sépare le 5 du 7 de l’avenue de Peterborough ou le 1 rue Jean-Rameau du 2 avenue du Maréchal-de Lattre-de-Tassigny. La mixité sociale était bien mieux réalisée dans les HLM que dans les copropriétés. Sauf qu’à l’époque, ceux qui la journée durant construisaient nos habitations, le soir venu, regagnaient leur bidonville.
Pour la bourgeoisie traditionnelle, à Bourges comme partout ailleurs, cette situation ne pouvait perdurer. Il fallait déstabiliser au plus vite cette société jeune qui se créait en marge des vénérables quartiers historiques et qui menaçait le pouvoir des notables.
Quartier Avaricum : fête des habitants
Le remplacement des ZUP par les ZAC beaucoup moins contraignantes, le surloyer, les difficultés financières provoquées sciemment dans le secteur du logement social ont alimenté le dénigrement systématique de la vie en ville. C’est ainsi et comme cela que les catégories sociales stabilisantes sont parties et se sont dispersées. Ne restaient plus que les plus démunis, catégorie dangereuse par définition.
Et voilà maintenant que faute de réduire la pauvreté, le renouvellement urbain veut chasser les pauvres du paysage urbain. Ceux qui restent sont parqués dans les immeubles restants sans le moindre encadrement éducatif. Les « résidentialisés » à venir seront confinés derrière leurs clôtures et leurs jardinets privatifs. C’est ce qu’ils appellent la mixité sociale. Ce n’est pas la bonne manière pour que les voisins se rencontrent et se retrouvent quel que soit leur statut social.
commentaires
Pas si blême, mon HLM !
- Mercure Galant- 14 février 2008 à 13:02
Sur le sujet, je viens de lire ça dans la revue Femme Actuelle n°1219 de février (vous êtes priés de ne pas rire ! On a les lectures qu’on peut dans la salle d’attente d’un cabinet médical). Un article Spécial Municipales intitulé "Interpellez votre candidat !" . On y interroge Nicolas Hulot qui vient de faire paraître un Guide de l’éco-électeur . On nous rappelle entre autre que :
Les villes françaises ne cessent de s’étendre. Tous les six ans, le bitume urbain gagne l’équivalent d’un département français. Un phénomène lié en grande partie au succès de la maison individuelle.
On invite les électeurs à poser des questions de ce type à leur candidat en matière d’écologie :
Que comptez-vous faire pour empêcher la construction de maisons dans les campagnes bordant votre commune ?
Quelles sont les aides financières prévues pour favoriser un habitat groupé autour des stations de trains, de bus ou de tram ?
Combien de terrains communaux deviendront des jardins publics ?
D’autre part on cite des exemples de réussite :
La ville de Rennes a décidé de limiter l’étalement urbain et a mis en place un programme local de l’habitat (PLH). Ce plan rend de nombreuses zones périphériques inconstructibles aux maisons individuelles et limite les bâtiments collectifs à une surface de 350 m2. Une prime est attribuée aux ménages à faibles revenus qui souhaitent s’installer en centre ville.
Il y a peut-être là des pistes à creuser et à adapter à chaque ville... Bon ,je concède qu’il faudra sans doute se documenter ailleurs que sur Femme Actuelle pour en apprendre plus ... ;-)
#10667
Pas si blême, mon HLM !
- Mercure Galant- 13 février 2008 à 13:04
Je partage dans l’ensemble votre analyse.
Ceux qui restent sont parqués dans les immeubles restants sans le moindre encadrement éducatif. Les « résidentialisés » à venir seront confinés derrière leurs clôtures et leurs jardinets privatifs. C’est ce qu’ils appellent la mixité sociale. Ce n’est pas la bonne manière pour que les voisins se rencontrent et se retrouvent quel que soit leur statut social.
Sur ce point j’aimerais apporter un bémol. Pour avoir vécu ma prime jeunesse à la Chancellerie au milieu des années soixante (voir cet article), puis quelques temps aux Gibjoncs, pendant ma période étudiante (fin des années 80 débuts 90), je connais un peu les problèmes qu’engendre une trop grande promiscuité : Nuisances sonores liées au voisinage ou parties communes des locaux dégradées. Vous imaginez mal combien j’ai pu apprécier ma première location avec jardin après ces étapes ! Certes, vous allez me répondre qu’on ne peut pas proposer à tous un logement de ce type. Mais quelle serait -selon vous- la meilleure des solutions pour revenir à une plus grande mixité sociale tout en préservant au mieux l’espace de chacun ?
#10578
Pas si blême, mon HLM !
- pierreeffa- 13 février 2008 à 22:12
Réponse : Rendre cet habitat attractif.
Comment ?
1) Il paraît que depuis la dernière campagne présidentielle, l’analyse des problèmes posés par l’évolution climatique et par l’augmentation inéluctable du coût de l’énergie ont conduit pour partie à remettre en cause l’urbanisme ainsi que les manières d’habiter. En principe il devient convenu que les villes doivent se resserrer au lieu de s’étaler. En cela, le projet de renouvellement urbain à Bourges, c’est le contraire de ce qui devrait être fait.
2) Le renouvellement urbain devraient donner la priorité à l’isolation thermique des habitations, l’installation de panneaux solaires, de toits photovoltaïques ou d’éoliennes et des jardins suspendus au faîte des immeubles pour réduire les émissions de gaz carbonique. Une station géothermale devrait remplacer la chaufferie urbaine devenue obsolète. Le patrimoine existant aurait dû plutôt être réhabilité et non démoli et pas seulement en termes de travaux publics.
3) Les moyens financiers publics, les nôtres, devraient être consacrés à faire ce que les HLM n’ont pas fait dans le passé parce que les moyens leur en avait été refusé : garantir à 100 % à chacun un appartement avec une isolation phonique et thermique convenable, des parties communes entretenues par le bailleur et non à la discrétion des locataires, des façades ravalées tous les dix ans comme la loi l’exige, une gestion de proximité assurée sur place par du personnel qualifié ; les nuisances sonores liées au voisinage ne peuvent pas être gérées par des interphones ni par des caméras de surveillance.
4) Que l’ensemble de la communauté urbaine et notamment au niveau des administrations, des services et du politique prennent conscience de la chance que représente pour l’avenir cet urbanisme rationnel et cesse de ressasser notamment auprès des nouveaux arrivants les sempiternels lieux communs alimentés en fait par un racisme inconscient plus social qu’ethnique.
Pas si blême, mon HLM !
- Mercure Galant- 13 février 2008 à 23:27
Merci pour votre réponse détaillée :
En principe il devient convenu que les villes doivent se resserrer au lieu de s’étaler.
C’est effectivement un argument très entendu mais qui devra faire encore un bon bout de chemin dans les esprits...
Le patrimoine existant aurait dû plutôt être réhabilité et non démoli
Ce choix n’est envisageable qu’avec les conditions que vous évoquez ensuite ...
Les moyens financiers publics, les nôtres, devraient être consacrés à faire ce que les HLM n’ont pas fait dans le passé parce que les moyens leur en avait été refusé : garantir à 100 % à chacun un appartement avec une isolation phonique et thermique convenable...
C’est à mon sens un préalable indispensable au maintien d’habitants dans ce type de bâtiments. La notion d’espace privé ( Home sweet home...) ne doit pas être négligée dans le cadre des habitations collectives.
...les sempiternels lieux communs alimentés en fait par un racisme inconscient plus social qu’ethnique
Peut-être pourrait-on parler aussi d’un peu d’égoïsme. L’Homme se réconforte souvent à trouver une situation moins enviable que la sienne...