Je crois que tu te méprends sur cette histoire. Il faut bel et bien sortir les pincettes avec les déclamations des politiques islandais. La faillite des banques islandaises a déjà couté à l’Etat islandais plusieurs centaines de millions d’euros (plus d’un milliard d’euros d’ailleurs, avec la recapitalisation de ces banques). C’est faire un sacré tour d’escamotage que d’oser dire, comme le président Olafur Grimsson, que l’Islande a laissé les banques se dépatouiller. Rien que pour la première banque secourue, l’Etat islandais a déboursé 600 millions d’euros (la "nationalisation" de la banque Glitnir, c’est à dire l’achat de trois quarts des actions de cette banque). Et ce n’était que la première.
Il faut avoir en tête que l’Islande est un tout petit pays de 320.000 habitants. Vous voulez un ordre de grandeur ? C’est exactement la population du département du Cher. Ainsi, les montants dépensés pour les banques prennent un autre sens. Rien que pour la banque Glitnir, chaque tête islandaise est ainsi redevable de 2000 euros. Après la banque Glitnir, l’Etat islandais s’est occupé des banques Landsbanki (en licenciant 500 employés sur les 1500) et Kaupthing (Wikileaks publiera des documents sur les sales petites affaires de cette banque).
Les manifs violentes ne concernaient pas la demande du référendum (cette histoire est venue ensuite). Les manifs de fin 2008 et début 2009 réclamaient le départ d’un gouvernement incapable, fortement soupçonné de corruption (d’ailleurs c’est ce qui s’est passé : y’a eu un nouveau gouvernement, mais mélange Gauche et Verts). Il fallait bien un gouvernement de gauche pour tenter de faire passer la suite : gérer la faillite de la banque IceSave, et pas une p’tite faillite (plusieurs milliards d’euros manquant à l’appel).
La banque Icesave est une filiale en ligne de la banque islandaise Landsbankinn. 300.000 clients britanniques et hollandais y ont déposé des fonds (attirés par les taux hyper prometteurs). Plouf ! les avoirs des rentiers sont gelés depuis octobre 2008. L’Angleterre et la Hollande se sont occupés de ces clients mais il faut rembourser : les députés islandais ont voté ce remboursement à effectuer au Pays-Bas et au Royaume-Uni. Mais 3,5 milliards d’euros à payer, ça fait lourd, pour renflouer une banque ripou : chaque habitant devrait verser 12.000 euros, l’équivalent de 100 € par mois pendant 10 ans afin de rembourser l’intégralité de la dette d’Icesave (on fait le calcul sur chaque habitant d’Islande, imaginez pour chaque personne imposable).
A la mi-août 2009, on a à nouveau de très grosses manifs, contre ce projet gouvernemental validant ce remboursement. Lorsque la loi sera votée, devant le mécontentement de la population, le président islandais hésitera à promulguer l’accord trouvé. Décret, pas décret, de toute façon, y’a un os : début 2010, une pétition réunissant plusieurs dizaines de milliers de signatures est remise au gouvernement. Celui-ci est donc obligé d’organiser un référendum sur ce qu’on appelle désormais la loi IceSave. Ce référendum ne portait pas sur le renflouement des banques (c’était fait) mais sur l’ahurissant remboursement de la dette d’IceSave. Bien sûr, les islandais ne sont pas maso : ils ont dit non et non au remboursement de cette dette.
Une conclusion ?...
Avant le référendum, le ministre des finances, Steingrimur Sigfusson, disait : « avec ce référendum, le peuple peut s’exprimer. Mais un non gagnant laisserait entier le problème posé par Icesave. »
Après les résultats du référendum, le même ministre précisera : « C’est évidemment un clair message des électeurs islandais. [on croirait entendre Chirac après les élections régionales] Nous allons voir comment nous pouvons trouver une solution. Car n’oublions pas que les trois pays doivent résoudre ce problème d’une manière acceptable. C’est le travail qu’il nous reste à faire, trouver une solution et le référendum ne change rien à cela. »
No comment. Ce n’était que la saison 1 de la série IceSave.
Cerise sur le gâteau ? Retour chez nous, en France. En juin 2007 est paru un Rapport de groupe interparlementaire, rédigé par 3 sénateurs français qui s’étaient rendus en Islande. Je vous recommande la lecture du chapitre 2, ça s’intitule "Une situation socio-économique exemplaire", et dans ce chapitre, faut lire ce que nos deux sénateurs et notre sénatrice écrivent sur les banques islandaises et les effets positifs de la libéralisation islandaise. Ils se pissent dessous de plaisir... un an avant que le système bancaire islandais ne capote.
L’adresse de ce document ? c’est http://www.senat.fr/ga/ga73/ga73.html. Gaga ? oui, c’est écrit, on ne l’invente pas.