Conte de Noël

jeudi 9 décembre 2010 à 15:59

En 2008, en pleine crise financière des subprime, les banque privées d’un pays européen font faillite. L’Etat prend alors le contrôle de ces banques, pour garantir à leurs créanciers que les dettes seraient bien remboursées. Autrement dit que les citoyens devraient payer les dettes à la place des banques privées. Mais, devant la pression de la population, le président de la république refuse de signer le décret d’application et décide d’organiser un referendum. A plus de 90% les habitants disent non : c’est aux banques privées de payer les dettes privées. Et l’Etat laisse donc ces banques faire faillite. Que croyez-vous qu’il advint ? Deux ans après, le président reconnait : « on a laissé les banques tomber et on ne s’en porte que mieux  »

De quel pays s’agit-il ? Pour vous aider, et par chance pour lui, ce pays, bien que membre de l’Espace Economique Européen, ne fait pas partie de l’Union Européenne

Moralité : Une dette n’est qu’une promesse de remboursement. Et les promesses n’engagent que ceux qui les croient.


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commentaires
Conte de Noël - faut tout décompter - Cyrano - 10 décembre 2010 à 10:40

Hum... Je ne comprends pas très bien le sens de cette brève ?... Lorsque le président islandais dit « on ne s’en porte que mieux », je me demande qui c’est ce "on" ? Car la population, elle, ne s’en porte pas mieux.


#30519
Conte de Noël - faut tout décompter - B. Javerliat - 10 décembre 2010 à  12:14

Je ne comprends pas très bien le sens de cette brève ?... Lorsque le président islandais dit « on ne s’en porte que mieux », je me demande qui c’est ce "on" ? Car la population, elle, ne s’en porte pas mieux.

A mon tour de ne pas comprendre. Car sauf à ce qu’il y ait plus de 90% de masos en Islande, on peut supposer que ces même Islandais ont voté pour leur propre bien, non ?

#30523 | Répond au message #30519
Conte de Noël - faut tout décompter - Cyrano - 10 décembre 2010 à  17:02

Je persiste : le "on" doit valoir surtout pour un président islandais ou les autres bouffons se son gouvernement. Eux, de toute façon, se portent bien - comme nos ministres à nous qui ne voient pas de pagaille du moment qu’ils sont au chaud. J’ai écris ça parce que les islandais vont tellement mieux que au début 2009, il y a eu des manifs violentes à Reykjavik, des manifs réprimés par la police - on n’avait pas vu ça, là-bas, depuis 60 ans. Comment s’en porter que mieux avec une monnaie qui a connu une énorme dévaluation brutale ? et avec l’explosion du chômage dans ce petit, tout petit pays qui avait plutôt connu presque le plein-emploi jusqu’en 2008, début de la crise actuelle ?

L’affirmation du président islandais : « on ne s’en porte que mieux  » est donc à prendre avec des pincettes. De même, un islandais qui entendrait notre président à nous déclamer : « on a sauvé nos retraites ! » devrait y regarder à deux fois.

#30526 | Répond au message #30523
Conte de Noël - faut tout décompter - B. Javerliat - 10 décembre 2010 à  20:12

L’affirmation du président islandais : « on ne s’en porte que mieux » est donc à prendre avec des pincettes.

C’est sûr.
Mais « on ne s’en porte que mieux » ne veut pas dire « on se porte bien ». Le mal étant fait, c’est donc "moins pire" que si on avait sauvé les banques. C’est en ce sens que je le comprends.

Concernant la dévaluation, l’expérience prouve que leur monnaie aurait aussi chuté si l’état islandais avait sauvé les banques. Ben oui, les "marchés" auraient eu des doutes sur la capacité de remboursement, les agences de notations auraient baissé leur note, les investisseur auraient pris peur, et la monnaie aurait dévalué. Quitte à dévaluer, autant économiser le renflouement, non ?

Concernant les manifestations jamais vues depuis 60 ans, c’était justement pour obtenir un referendum sur l’opportunité ou pas de renflouer les banques. Les Islandais, eux, ont obtenu gain de cause...

Mais moi aussi, je garde mes pincettes pas trop loin, on ne sait jamais ;-)

#30533 | Répond au message #30526
Conte de Noël - faut tout décompter - Cyrano - 11 décembre 2010 à  16:29

Je crois que tu te méprends sur cette histoire. Il faut bel et bien sortir les pincettes avec les déclamations des politiques islandais. La faillite des banques islandaises a déjà couté à l’Etat islandais plusieurs centaines de millions d’euros (plus d’un milliard d’euros d’ailleurs, avec la recapitalisation de ces banques). C’est faire un sacré tour d’escamotage que d’oser dire, comme le président Olafur Grimsson, que l’Islande a laissé les banques se dépatouiller. Rien que pour la première banque secourue, l’Etat islandais a déboursé 600 millions d’euros (la "nationalisation" de la banque Glitnir, c’est à dire l’achat de trois quarts des actions de cette banque). Et ce n’était que la première.

Il faut avoir en tête que l’Islande est un tout petit pays de 320.000 habitants. Vous voulez un ordre de grandeur ? C’est exactement la population du département du Cher. Ainsi, les montants dépensés pour les banques prennent un autre sens. Rien que pour la banque Glitnir, chaque tête islandaise est ainsi redevable de 2000 euros. Après la banque Glitnir, l’Etat islandais s’est occupé des banques Landsbanki (en licenciant 500 employés sur les 1500) et Kaupthing (Wikileaks publiera des documents sur les sales petites affaires de cette banque).

Les manifs violentes ne concernaient pas la demande du référendum (cette histoire est venue ensuite). Les manifs de fin 2008 et début 2009 réclamaient le départ d’un gouvernement incapable, fortement soupçonné de corruption (d’ailleurs c’est ce qui s’est passé : y’a eu un nouveau gouvernement, mais mélange Gauche et Verts). Il fallait bien un gouvernement de gauche pour tenter de faire passer la suite : gérer la faillite de la banque IceSave, et pas une p’tite faillite (plusieurs milliards d’euros manquant à l’appel).

La banque Icesave est une filiale en ligne de la banque islandaise Landsbankinn. 300.000 clients britanniques et hollandais y ont déposé des fonds (attirés par les taux hyper prometteurs). Plouf ! les avoirs des rentiers sont gelés depuis octobre 2008. L’Angleterre et la Hollande se sont occupés de ces clients mais il faut rembourser : les députés islandais ont voté ce remboursement à effectuer au Pays-Bas et au Royaume-Uni. Mais 3,5 milliards d’euros à payer, ça fait lourd, pour renflouer une banque ripou : chaque habitant devrait verser 12.000 euros, l’équivalent de 100 € par mois pendant 10 ans afin de rembourser l’intégralité de la dette d’Icesave (on fait le calcul sur chaque habitant d’Islande, imaginez pour chaque personne imposable).

A la mi-août 2009, on a à nouveau de très grosses manifs, contre ce projet gouvernemental validant ce remboursement. Lorsque la loi sera votée, devant le mécontentement de la population, le président islandais hésitera à promulguer l’accord trouvé. Décret, pas décret, de toute façon, y’a un os : début 2010, une pétition réunissant plusieurs dizaines de milliers de signatures est remise au gouvernement. Celui-ci est donc obligé d’organiser un référendum sur ce qu’on appelle désormais la loi IceSave. Ce référendum ne portait pas sur le renflouement des banques (c’était fait) mais sur l’ahurissant remboursement de la dette d’IceSave. Bien sûr, les islandais ne sont pas maso : ils ont dit non et non au remboursement de cette dette.

Une conclusion ?...
Avant le référendum, le ministre des finances, Steingrimur Sigfusson, disait : « avec ce référendum, le peuple peut s’exprimer. Mais un non gagnant laisserait entier le problème posé par Icesave. »
Après les résultats du référendum, le même ministre précisera : « C’est évidemment un clair message des électeurs islandais. [on croirait entendre Chirac après les élections régionales] Nous allons voir comment nous pouvons trouver une solution. Car n’oublions pas que les trois pays doivent résoudre ce problème d’une manière acceptable. C’est le travail qu’il nous reste à faire, trouver une solution et le référendum ne change rien à cela. »
No comment. Ce n’était que la saison 1 de la série IceSave.

Cerise sur le gâteau ? Retour chez nous, en France. En juin 2007 est paru un Rapport de groupe interparlementaire, rédigé par 3 sénateurs français qui s’étaient rendus en Islande. Je vous recommande la lecture du chapitre 2, ça s’intitule "Une situation socio-économique exemplaire", et dans ce chapitre, faut lire ce que nos deux sénateurs et notre sénatrice écrivent sur les banques islandaises et les effets positifs de la libéralisation islandaise. Ils se pissent dessous de plaisir... un an avant que le système bancaire islandais ne capote.

L’adresse de ce document ? c’est http://www.senat.fr/ga/ga73/ga73.html. Gaga ? oui, c’est écrit, on ne l’invente pas.

#30561 | Répond au message #30533
Conte de Noël - faut tout décompter - B. Javerliat - 11 décembre 2010 à  16:57

Merci pour toutes ces précisions, Cyrano. Comme quoi, même quand on écrit une bêtise dans une brève, le forum de l’Agitateur permet de corriger et de redonner un intérêt à la chose. On sait au moins maintenant que les Islandais ont la possibilité de provoquer des referendums pour se faire entendre. On en rêve en France. Reste a découvrir la saison 2 de la série IceSave...

#30562 | Répond au message #30561