À propos de ce qu’on appelle les « événements » (comme naguère pendant la guerre d’Algérie), un enfant (parmi d’autres) de la Bibliothèque de rue a dit :“C’est pas bien, ça ne sert à rien. Il faudrait que Sarkozy pardonne aux jeunes et que les jeunes pardonnent à Sarkozy.”
Pour leur part, les “Fils de la Charité” (prêtres de la paroisse Saint-Jean) ont déclaré :“Et rien ne pourra se reconstruire de ce qui a été mis à mal sans le respect des habitants de ces quartiers. Respect dans les mots et respect dans les politiques qui les concernent.”
Il y avait une fois, à Bourges, une Maison des Jeunes et de la Culture qui tournait sans jeunes et sans culture. Elle avait beau avoir été renommée Maison pour tous puis Centre Culturel, rien n’y fit tant cet équipement était devenu déconnecté de son environnement. L’architecte ayant été identifié comme responsable de l’échec et qu’aux grands maux il valait mieux administrer les grands remèdes, l’édifice fut prestement démoli.
Les associations avec au premier rang le Comité des Habitants ont réagi, exigé et obtenu la reconstruction de la structure. Les objectifs et le mode de fonctionnement de ce nouvel espace culturel ont donné lieu à une procédure de concertation présidée par un Maire-Adjoint à la satisfaction générale. Des conclusions pour l’avenir ainsi qu’un processus d’accompagnement de la construction ont été présentés. Le bureau municipal a approuvé. Et puis, plus rien.
À quelques semaines de la réception des travaux, nous apprenons qu’en fait tout cet effort d’intégration dans le quartier de ce nouvel équipement a été jeté aux orties. On nous fait savoir que les habitants de ce quartier ne sont pas concernés directement, que nous sommes pas suffisamment dignes ni éduqués pour être conviés à sa gestion et à sa programmation. L’inauguration de ce lieu baptisé par on ne sait quel parrain s’est faite en catimini mais sous haute surveillance, comme si quelque part les organisateurs éprouvaient un sentiment de mauvaise conscience.
En effet, il s’agit là d’un détournement de projet. Cette construction a été financée pour l’essentiel avec les crédits de la Politique de la Ville et avec, pour cette raison, une aide importante du Conseil Général et du Conseil Régional.
Cet exemple pris parmi tant d’autres ici ou ailleurs, montre à quel point sont méprisées et tenues à distance les familles reléguées dans des territoires qualifiés de zones urbaines sensibles. La Politique de la Ville est une réussite lorsqu’elle n’est pas détournée de son objet, lorsque les populations concernées peuvent se l’approprier et sont respectées.