Le web, c’est mal.

lundi 9 juin 2008 à 09:58

Afin de construire un « internet civilisé et sécurisé », le gouvernement tente actuellement de faire signer par les FAI [1], les opérateurs de télécom et les prestataires (fournisseurs en ligne et éditeurs) une charte dite sur la « confiance en ligne ».
Entre autres joyeusetés :
- Blocage de certains ports [2]
- Quotas d’envoi
- Suppression automatique des contenus "passifs"
- Signalement automatisé des infractions
- Baisse du formalisme des réquisitions judiciaires
Tout ça, évidemment, au nom de la lutte contre la pédopornographie. Mais ça serait aussi bien pratique pour fermer des blogs dérangeants ou débusquer les pirates de la musique en ligne...
Encore un peu et la France pourra presque virer en tête dans la course aux « dispositifs de surveillance généralisée et de contrôle de l’information », juste derrière... la Chine.
On a les podiums qu’on peut !

Voir en ligne : Le gouvernement veut un filtrage de masse des réseaux (PC Inpact)

[1Fournisseurs d’Accès à Internet

[2Portes d’entrée/sortie de votre ordinateur


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commentaires
Le web, c’est mal. - B. Javerliat - 4 juillet 2008 à 09:50

La cour d’appel de Rennes vient de rendre deux décisions à l’encontre de procédures de surveillance d’internautes engagées par des agents assermentés de la Sacem et de SCPP


Voir en ligne : Réseaux P2P : la justice annule des contrôles de la Sacem
#13477
Le web, c’est mal. On a le président que l’on mérite .... - DanielB - 19 juin 2008 à 15:29

Encore un article fort intéressant sur Numerama (http://www.numerama.com)

Le Président de la République Nicolas Sarkozy s’est exprimé mercredi à la sortie du Conseil des ministres où Christine Albanel présentait son projet de loi "Création et Internet", qui doit installer la riposte graduée comme dispositif de lutte contre le piratage sur Internet. Avec trois phrases, et trois erreurs.

"Il n’y a aucune raison qu’Internet soit une zone de non-droit", a d’abord déclaré Nicolas Sarkozy. "La France a inventé le copyright", a assuré le Président, qui prévient que si rien n’est fait, "un jour ou l’autre il n’y aura plus de création".

Or, tout d’abord, Internet n’est déjà pas une zone de non droit actuellement. Les lois pour la confiance dans l’économie numérique (LCEN), la loi sur le droit d’auteur et les droits voisins dans la société de l’information (DADVSI), et les dispositions pénales du code de la propriété intellectuelle forment un socle solide pour réprimer les violations de droit d’auteur sur Internet. Si ces lois ne sont pas ou peu appliquées, c’est parce qu’elles sont jugées par les ayants droit eux-mêmes et par les juges trop sévères et trop éloignées des réalités sociales. Et non parce qu’Internet serait une zone de non droit.

Deuxièmement, non, la France n’a pas inventé le copyright. On comprend qu’après la lourde défaite de la France à l’Euro 2008, le Président cherche à remettre un peu de chauvinisme dans sa communication. Mais tout comme la France n’a pas inventé les Droits de l’Homme qui ont été inventés par les Britanniques avec le Bill of Rights, c’est le Statute of Anne de 1709 qui forme le premier texte au monde de protection du copyright. De plus, il y a des différences fondamentales entre le "copyright" et le "droit d’auteur". Le premier s’attache à protéger les producteurs et la valeur monétaire des oeuvres, quand le second s’attache à protéger les auteurs et la valeur morale des oeuvres. Confondre les deux et utiliser le terme anglophone pour un Président de la République Française garant de l’exception culturelle française n’est pas seulement une incompétence, c’est une faute de goût. Elle est en tout cas révélatrice de la tentation de Nicolas Sarkozy de faire dévier la protection du droit d’auteur vers une protection du copyright à l’américaine.

Enfin, non, la création ne disparaîtra pas avec la disparition (que peu de monde souhaite d’ailleurs) du droit d’auteur. La création n’est pas née en 1709, et le succès de Wikipedia, des logiciels libres, de la musique libre ou même du cinéma libre, montre qu’il y a une création possible au delà du droit d’auteur. Le droit d’auteur facilite la professionnalisation de la création, mais il n’est pas sa condition sine qua non. Penser le contraire est placer peu de foi dans l’imaginaire et la créativité de l’Humanité.


#13293
Loi Création et Internet : un projet monstrueux - B. Javerliat - 19 juin 2008 à 12:42

Selon l’UFC-Que Choisir, la loi "Création et Internet" est « un projet monstrueux conçu par les marchands de disques, pour leur intérêt exclusif ! » Lire ici.

D’autres infos sur la loi "Création et Internet" ici.


#13292
Le web, c’est mal. - Clément BERGERE-MESTRINARO - 11 juin 2008 à 11:38

Alors là encore... On fait quoi ?
Il y a un risque de débordement donc on ne fait rien et on laisse les choses en l’état ?


#13168
Le web, c’est mal. - Mister K - 11 juin 2008 à  12:15

Précisez ce que vous appelez "un risque de débordement". Qui va être débordé, dans quel domaine ?
Je pense que votre réponse sera intéressante.

#13171 | Répond au message #13168
Le web, c’est mal. - Clément BERGERE-MESTRINARO - 11 juin 2008 à  12:59

Si j’ai compris votre position, vous craignez que l’utilisation du contrôle des contenus internet pour lutter contre la pédopornographie ou d’autres pratiques illégales ne se transforme en censure de la liberté d’expression absolue qui règne sur le net...
Ma position est que ce risque existe dans l’absolu, que concrètement je ne vois pas ce qui pourrait justifier de telles craintes en France et que la contrepartie : à savoir la protection des enfants, est une urgence qu’il serait criminel de ne pas considérer.

#13176 | Répond au message #13171
Le web, c’est mal. - Jean-Michel Pinon - 11 juin 2008 à  13:28

Si j’ai compris votre position, vous craignez que l’utilisation du contrôle des contenus internet pour lutter contre la pédopornographie ou d’autres pratiques illégales ne se transforme en censure de la liberté d’expression absolue qui règne sur le net... Ma position est que ce risque existe dans l’absolu, que concrètement je ne vois pas ce qui pourrait justifier de telles craintes en France et que la contrepartie : à savoir la protection des enfants, est une urgence qu’il serait criminel de ne pas considérer.

c’est toujours la même stratégie.

Il y a quelques chômeurs et rmistes qui fraudent ? Ben, y’en a marre des assistés et des fainéants qui nous volent l’argent de nos impôts ! Et vlan ! que je t’envoie une bonne loi dans la gueule qui va culpabiliser des gens qui se sentent déjà mal dans leur peau de ne pas avoir de boulot.

Il y a un "sentiment d’insécurité" ? Et vlan ! que je te balance des caméras de surveillance, des policiers municipaux avec des flingues qui électrocutent etc etc...

Il y a en France 150 millionnaires qui ne paient pas d’impôts sur le revenus grace aux niches fiscales (rapport d’un député UMP) ? Ben, euh... c’est normal... euh... ben de toutes façon, si on ne leur fait pas de cadeaux, ils iront en Suisse...

C’est désolant.

#13182 | Répond au message #13176
Le web, c’est mal. - Mister K - 11 juin 2008 à  14:42

Sarkozy a prouvé en un an de pouvoir et même bien avant quand il était ministre de l’intérieur, qu’il aimait les journalistes, mais seulement les dociles. Les journalistes qui font ce qu’on leur demande. En général, il traite plutôt les journalistes comme des sous-merdes. Il lui arrive couramment de ridiculiser des journalistes en public. Il a même été question d’intervention au sein de rédactions parce qu’un journaliste avait écrit un article qui ne plaisait pas à notre président. Il a même nommé un monsieur internet, Nicolas Princen, un jeune diplomé de Sciences Po (tiens, tiens...) pour garder un oeil sur le web et protéger l’image de notre président. La vérité, c’est que pour l’instant, Sarkozy ne contrôle pas le web (je prends Sarkozy, mais on peut l’étendre au pouvoir politique en général). Mais quelques indices nous indiquent qu’il aimerait bien le contrôler un peu plus.

Qui vous dit, que, au delà des pédophiles et autres criminels en tous genres qui devraient être "gérés" de façon normale par la police et la justice, on ne demandera pas discrètement aux hébergeurs de censurer un, deux ou 100 sites dérangeant pour le pouvoir ? Qui vous dit que par des pressions discrètes et privées, on n’arrivera pas à convaincre des hébergeurs à se comporter en censeurs ? Rien. Ce sera une ligne discrète dans une base de données ou un fichier, à la discrétion d’intermédiaires techniques. Et par expérience, je sais que ce genre de choses peuvent se faire de façon extrêmement opaque.

Ensuite, il ne faut pas être dupe. On prend les exceptions pour appliquer des règles à tous. Du grand classique, surtout quand il s’agit de contrôler un secteur et de justifier des pratiques qui seront de toute façon incomprises. On se fait défenseur des faibles pour mieux contrôler ceux qui dérangent mais qui sont dans la légalité.

#13188 | Répond au message #13176
Le web, c’est mal. - Eulalie - 11 juin 2008 à  15:13

"Sarkozy a prouvé en un an de pouvoir et même bien avant quand il était ministre de l’intérieur, qu’il aimait les journalistes, mais seulement les dociles."
Et quand on voit qu’il fait virer PPDA, on a de quoi doublement s’inquiéter !

#13190 | Répond au message #13188
Le web, c’est mal. - 11 juin 2008 à  16:23

Et quand on voit qu’il fait virer PPDA, on a de quoi doublement s’inquiéter !

Non, là, vous exagérez, c’est plutôt une bonne chose ;-)

#13191 | Répond au message #13190
Le web, c’est mal. - 11 juin 2008 à  16:40

Et quand on voit qu’il fait virer PPDA, on a de quoi doublement s’inquiéter !

Aucune certitude la dessus il me semble. Qui plus est, c’est un jeu typiquement français de faire virer ou taire des politiciens, ce n’est pas spécifique à Sarkozy et la droite : masure, chabot, serillon sont ceux qui me vienne à l’esprit mais il doit y en avoir bien d’autres moins connus...

#13193 | Répond au message #13190
Le web, c’est mal. - B. Javerliat - 9 juin 2008 à 10:39
#13090
Le web, c’est mal. - 9 juin 2008 à  14:07

On pourra aussi ajouter la réaction de La Quadrature du Net.

« Le but du pouvoir exécutif français n’est pas de lutter efficacement contre la criminalité avec des mesures adéquates car nécessaires, appropriées et proportionnées. Il s’agit de contrôler par tous les moyens le seul média libre qui ne lui obéit pas »

#13099 | Répond au message #13090
Filtrage de la pédophilie : l’impossible mais nécessaire opposition - DanielB - 12 juin 2008 à  12:21

Un très bon article sur le sujet dans Numerama (http://www.numerama.com)

Le gouvernement, par la voix de la ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie, a confirmé mardi le projet de blocage par les fournisseurs d’accès à Internet des sites pédophiles installés à l’étranger. Un coup de maître politique. Comment faire front contre la morale la plus juste pour s’opposer à cette idée qui, sous ses aspects de protection de l’enfance, ouvre la porte vers une pente glissante menant à la censure la plus arbitraire du net ?

.....

Mais une démocratie ne doit pas se laisser emporter par l’émotion et oublier ses principes.

Protéger ses enfants, ça n’est pas seulement protéger leur intégrité physique et leur développement sexuel et psychologique, c’est aussi désirer pour eux une société dans laquelle ils pourront s’épanouir le plus librement possible. Et ne rien accepter qui irait contre cette liberté.

Or le projet de Michèle Alliot-Marie ouvre la porte à toutes les dérives contraires à un état de démocratie et de liberté. Elle institutionnalise la censure décidée entre gens consentants, sans le contrôle du juge. Les citoyens dénoncent, l’Etat vérifie, le FAI censure. Aujourd’hui c’est pour la pédophilie, et demain ?
...

Car nos enfants méritent que l’on se batte d’abord pour la plus sacrée des fins sacrées : leur liberté.

#13211 | Répond au message #13099
Filtrage de la pédophilie : l’impossible mais nécessaire opposition - B. Javerliat - 12 juin 2008 à  13:23

Car nos enfants méritent que l’on se batte d’abord pour la plus sacrée des fins sacrées : leur liberté.

Ouh là ! Vous mettez la barre bien trop haut, cher Monsieur ! J’ai déja essayé d’expliquer qu’il fallait refuser la video-surveillance sur la voie publique pour les mêmes raisons avec un succès quasi-nul, alors, les dérives de la censure consentie, vous pensez ! Beaucoup trop abstrait !

#13214 | Répond au message #13211
Filtrage de la pédophilie : l’impossible mais nécessaire opposition - Jean-Michel Pinon - 12 juin 2008 à  14:35

j’ai relevé un autre passage intéressant dans cet article que vous nous proposez à la lecture :

Déjà le gouvernement s’engouffre lui-même dans la porte qu’il a ouverte. Outre la pédopornographie, la plateforme de dénonciation pourra servir à signaler les sites d’escroquerie, d’apologie du terrorisme, et d’incitation à la haine raciale.

Il suffira demain d’un simple décret pour étendre la liste à d’autres catégories. Or nul ne sait ce que l’avenir réserve.

D’ailleurs, un lecteur dans ce forum illustre bien ce risque avec un cas concret :

Lutter contre la pédophilie oui,mais il faut qu’il y est un cadre strict pour respecter la vie privée et la liberté.
Je me souviens du fichage ADN qui devait être réservé aux délinquants sexuels,puis a été élargie aux meurtriers,puis aux "simple" délinquant (scooter présidentiel) ,aux ivrognes,puis les militants politiques ,les syndicalistes,les faucheurs....bref quiconque et pour n’importe quelle raison doit donner son adn . Déjà près de 700 000.Et quand vous demander pourquoi il vous prenne votre empreinte génétique "ça peut toujours servir".Vrai un bon fichier ça peut servir comme en 40
Bref j’espère que la surveillance du net se fera que dans le seul but de prévenir la délinquance sexuelle ,mais comme qui dirait ,j’ai un petit doute

#13216 | Répond au message #13211
Filtrage de la pédophilie : l’impossible mais nécessaire opposition : Info ou Intox ? - DanielB - 12 juin 2008 à  15:18

selon nouvelobs.com http://nanolink.info/Miifbnka

La ministre de l’Intérieur semble être allée un peu vite en déclarant hier que les fournisseurs d’accès et les opérateurs étaient d’accord pour filtrer les sites pédo-pornographiques sur la base d’une liste noire. « Il n’y a aucun accord signé » affirme aujourd’hui Daniel Fava, le président de l’Association des fournisseurs d’accès et de services internet (AFA).

Coup de bluff du gouvernement ? Bisbilles entre l’Intérieur et la Famille, qui travaille également sur la question de la protection de l’enfance ? « Je crois qu’il y a une confusion avec les discussions actuelles sur la charte sur la confiance en ligne », explique-t-il diplomatiquement.

La méthode semble de plus en plus habituelle : comment forcer la main quand les interlocuteurs ne mangent pas dedans !

#13217 | Répond au message #13211