Se battre contre l’effroyable amateur en brandissant le sceau divin de sa carte de presse, ce n’est pas à l’honneur d’une profession qui, au fil du temps, a toujours sur prouver qu’elle était capable de s’adapter au bouleversement permanent du monde et des usages.
En tous cas, elle prouve aujourd’hui une effroyable difficulté à s’adapter. Il n’est peut-être pas indifférent que les coups les plus rudes viennent aujourd’hui d’un journal comme Le Monde. Le Monde, qui était une référence en terme de journalisme de qualité, est en crise depuis des années. Plus il veut se rapprocher de ce qu’il suppose être le goût du public, plus il tombe dans la banalité et la médiocrité. En témoigne jusqu’à la caricature son magazine de week-end, d’abord le Monde II, puis aujourd’hui le Monde magazine ...
Mais il faut dire aussi que le Monde a opéré dans le même temps un sérieux virage idéologique. Il a milité avec tous les bobos pour le TCE en 2005, alors qu’internet organisait la résistance. Gens sérieux contre petits rigolos ... l’électeur a préféré l’analyse des petits rigolos. Les gens sérieux ne s’en sont pas remis. Depuis cette date, à gauche(*) comme à droite, ils n’ont qu’une chose en tête : prendre leur revanche et mettre de l’ordre dans tout ça. La ratification du Traité de Lisbonne par « les gens sérieux » ne leur suffit pas. Les petits rigolos doivent désormais se taire. Aucun Alain Minc ne présidera jamais la société des lecteurs d’internet. Alors bouclons internet. Première offensive : la calomnie. Deuxième étape : le contrôle du tuyau, comme en Chine ? Monsieur Xavier Bertrand, en signant un protocole d’accord avec le PC chinois, est-il allé prendre des cours ?
(*) cf. Monsieur Jacques Julliard qui s’effraie de l’extension de La démocratie d’opinion Il faut prendre le temps d’écouter cette conférence qui résume à peu près tous les reproches adressés à internet par l’intelligentsia française. Même un Roland Cayrol, qui n’est quand même pas un anarchiste hirsute !, s’amuse des frayeurs de Julliard. Il compare, à juste titre, les reproches adressés à internet aux reproches adressés jadis au suffrage universel. Oui la démocratie est exigeante. Oui la démocratie réclame des citoyens avertis. Donc, oui, la démocratie est difficile. Mais il n’y a pas d’alternative : soit on parie pour cette difficulté là et on se donne les moyens de la surmonter — en particulier par un effort du côté de l’éducation et de la culture ; soit on renonce à la démocratie. La IIIème République de la liberté de la presse fut celle de Jules Ferry et de son école. La Vème République finissante à l’ère de l’internet fut celle de Luc Ferry, philosophe mondain au port altier et à la mèche rebelle pour plateaux de télévisions, qui a décrit son expérience au ministère de l’éducation comme celle d’une impuissance totale ("Comment peut-on être ministre ? Essai sur la gouvernabilité des démocraties")
On mesure la perte ...