poster message en reponse
Arte : l’effroyable caricature - bombix - 11 février 2010 à 13:49

Bonjour,

Qu’est-ce qu’une thèse complotiste ? La chose me semble claire — n’est pas une « énormité » comme vous dites —, mais puisque vous posez la question, autant préciser. Le complotisme ou conspirationnisme est un mythe politique moderne. On y explique l’histoire universelle par l’action de sociétés secrètes ; la politique mondiale serait secrètement dirigée par de « redoutables manipulateurs ». Le complotisme a longtemps été l’apanage de l’extrême droite (cf. Les protocoles des Sages de Sion), mais elle s’étend désormais à un public qui n’est pas nécessairement politisé. En se mélangeant avec des thèmes issu de l’ésotérisme, le complotisme devient un phénomène culturel. Comment expliquer autrement le succès d’un aussi mauvais livre que le Da Vinci Code ? (86 millions d’exemplaire vendus !) On doit aussi mettre le complotisme en rapport avec le recul des grandes idéologies politiques — chute du communisme particulièrement — et avec le recul de l’influence des grandes religions monothéistes. Bref, le complotisme supplée de façon fantasmatique au manque de sens. Un mythe c’est cela : une production imaginaire qui donne du sens au réel.

La plupart des idées soutenues par Thierry Meyssan me semble relever d’une construction qui s’apparente au complotisme. La thèse soutenue par son livre, « L’effroyable imposture » ne me semble pas tenir debout. La logique est ailleurs que dans le contenu du livre. Le 11 septembre a relancé l’imaginaire du grand complot et l’a nourri de nouveaux thèmes. L’idée circule d’un « complot américano-sioniste », et on la retrouve aussi bien dans la littérature d’extrême droite que dans la littérature d’extrême gauche.
C’est ce qui est intéressant avec le complotisme contemporain. Il déborde — largement — les clivages politiques habituels.

Ce que je voudrais ajouter par rapport au contenu de mon article, c’est qu’il y a une correspondance évidente entre la logique de la rumeur et la logique du complot. Dans les deux cas, on est en présence d’une exigence de sens qui trouve à s’assouvir par une construction imaginaire. Comme la rumeur, le complot est un récit, une fiction qui vient combler un désir, désir de donner du sens aux événements.

Internet est forcément sensible aux rumeurs. Les théories complotistes s’y étalent avec délices. Mais il m’a semblé profondément malhonnête, de la part du réalisateur, de réduire le contenu des productions des internautes, dans leur totalité, à des mythes fabriqués par des manipulateurs, ou leur simple chambre d’écho amplificatrice. Dans ces productions, dans les blogs, dans les webzines comme celui que vous êtes en train de lire, il y a des informations, il y a des analyses, il y a des efforts d’explication et d’élucidation. Bref il y a de l’intelligence collective à l’oeuvre, et pas simplement de la bêtise grégaire livrée à elle-même.

Le débat méritait d’être posé dans toute sa richesse. A la place on a eu une soirée caricaturale qui fait honte à ses concepteurs — et qui témoigne d’abord de leurs préjugés, ensuite de leur ignorance, enfin de leur mépris. Qu’internet bouscule ce petit monde bien au chaud dans sa tour d’ivoire est profondément réjouissant.


#25737



Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Qui êtes-vous ?