extrait du lien ci-dessus :
"Mais on serait de bien mauvaise foi si l’on s’en prenait aux seuls permanents des organisations progressistes : nous, les militants, avons aussi notre part de responsabilité dans cette attitude qui consiste à préférer le confort de moyens routiniers mais absolument sans risques à l’aventure de la radicalité, avec ses formes de résistance plus « désobéissantes ». Mimer la contestation d’un ordre sans jamais lui désobéir est devenu notre lot quotidien : nous déclarons bien sagement nos manifestations, et acceptons par conséquent qu’elles soient dirigées par les forces de l’ordre et qu’elles s’achèvent à l’heure et au lieu choisis par la préfecture de police. Nous continuons de proposer nos pétitions aux gens sans jamais questionner leur efficacité ni le signal qu’elles leur envoient : est-ce qu’on ne leur fait pas croire à la bonne foi des décideurs ? Est-ce qu’on ne les aide pas à se soulager la conscience à peu de frais, en leur garantissant une absence totale de risques ?
L’urgence sociale et environnementale exige pourtant de revenir à des modes d’action plus radicaux. Qu’on se rappelle un peu notre histoire, faite de victoires arrachées dans la lutte à cette partie de l’Humanité qui s’est toujours et systématiquement opposée au progrès social, qui revenait pour elle à céder un peu de sa fortune ou de son pouvoir. L’Histoire montre précisément que ceux qui n’ont jamais cessé de croire aux demandes polies, aux pétitions et aux manifestations en rond, ou à la rédaction d’un énième rapport dénonçant telle ou telle pratique odieuse se sont toujours trompés. Le changement n’est jamais venu de cette façon. Non pas que leur travail soit inutile : il est un préalable et un précieux concours. A condition de ne pas le penser comme suffisant, comme devant dédouaner ceux qui l’accomplissent et ceux qui le reçoivent d’explorer d’autres voies, plus radicales et néanmoins non-violentes. Combien de fois nos amis sortent-ils plus déprimés encore de nos réunions publiques, quand après leur avoir exposé les pires vilenies de la loi du profit on n’a pas su leur proposer des actions concrètes de résistance à la fois accessibles et efficaces ? Le savoir est une arme, mais seulement quand il conduit à agir efficacement, et notamment dans le cadre d’actions de désobéissance civile. Sinon, il ne produit que sentiment d’impuissance et désespoir."