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Indignez-vous ! Et après ? - Cyrano - 4 janvier 2011 à 11:50

Bon, OK, OK Bernard J. c’est le début de l’année, je vais faire un effort... Mais ça vaut le coup pour illustrer les valeurs de la France.

A la Libération, l’appareil de production français était plus que délabré, une guerre et les bombardements ça n’aide pas, évidemment. Pour remettre tout ça en état, le gouvernement concentra dans ses mains des pans entiers de l’économie (nationalisation des banques, des mines de charbon, de la production de gaz et d’électricité, des transports aériens - les chemins de fer étaient nationalisés depuis 1937). On nationalisa aussi l’entreprise Renault, histoire de se montrer intraitable avec ceux qui avaient trop ouvertement collaboré économiquement avec l’Allemagne.

Mais fallait-il encore que les travailleurs s’échinent à bosser comme des malades pour relever l’économie des patrons. Benoît Frachon, secrétaire général de la CGT, déclare en 1944 qu’il faut «  gagner la bataille de la production ». Maurice Thorez, grand patron du PCF, déclare en juillet 1945 devant des mineurs du Nord : «  Produire, c’est aujourd’hui la forme la plus élevée du devoir de classe. » Et au cas où, on invente une formule surréaliste : «  la grève, c’est l’arme des trusts !  ».

De Gaulle intégrera des ministres PCF dans son gouvernement. Ainsi de 1945 à 1947, la classe ouvrière va travailler deux fois : une fois sous la férule des patrons ou de l’Etat, une fois sous la férule de la CGT et du PCF. Un seul mot d’ordre est admis, Maurice Thorez le répète dans tous ses meetings : « Il faut produire, et encore produire  ». Celui-ci ira même jusqu’à s’adresser aux mineurs en s’insurgeant qu’ils aillent au bal le dimanche et ainsi ayant moins de force pour travailler le lendemain.

Les conditions de travail sont plus qu’exécrables. Les salaires bloqués ne permettaient même pas de retrouver le niveau de vie d’avant-guerre, avec une inflation de 10%... par mois ! Ambroise Croizat, ministre communiste décréta que les ouvriers qui dépasseront les plafonds de production verront leur salaire augmenter. Mais les plafonds étaient sans cesse augmentés : à Renault, on diminua même les plafonds car il y avait trop d’accidents de travail.

Il y avait bien quelques grèves qui éclataient par-ci, par-là, mais elles capotaient vite fait sous les injures du PCF et le sabotage de la CGT. Pourtant, trop, c’est trop : fin avril 1947, une grande grève éclate chez Renault. Cette fois, le PCF et la CGT ne purent contenir le mouvement et durent se résigner à le soutenir. Le gouvernement Ramadier en tirera la leçon en virant les ministres communistes. A partir de l’été 1947, le mécontentement s’exprima alors par des grèves ou des manifestations. Y’avait de quoi : deux ans après la fin de la guerre, il y avait encore des tickets de rationnement et la ration de pain était tombée en dessous de ce qu’elle était sous l’occupation ! Le PCF et la CGT ne parlèrent plus de bataille de la production. A Marseille, en novembre 1947, plusieurs milliers de grévistes se retrouvèrent dans une situation quasi insurrectionnelle. Le socialiste Jules Moch envoya les compagnies de CRS puis fut obligé d’en dissoudre deux : elles avaient fraternisé avec les émeutiers.

Le gouvernement, heureusement, saura être reconnaissant de l’effort de production de la classe ouvrière, particulièrement parmi les mineurs. En septembre 1948, le gouvernement publia quelques décrets : dégraissage en licenciant 10% des mineurs, licenciement automatique en cas d’absentéisme, etc. La CGT appela à la grève tous les mineurs. La grève s’embrasa et dura d’octobre à novembre. Le gouvernement fit revenir 45.000 hommes de troupes d’Allemagne qui se rendirent dans le Nord et la Pas-de-Calais. On pourchassa les grévistes puit de mine par puit de mine, maison par maison. On en tua quelques uns, on en licencia 6.000, on en emprisonna 2.000. La patrie reconnaissante.


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