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Remember : le 21 Avril 2002, présidentielle surprise - Cyrano - 21 février 2012 à 09:04

A tort ou à raison, la présence de Le pen au 2e tout, ça va être un électrochoc. Les abstentionnistes vont culpabiliser (les médias vont relayer les mea culpa de jeunes gens qui n’avaient pas voté). Il y eut d’énormes manifs à répétition, avec le 1er mai en point d’orgue. Quel premier mai, putaingue ! que de monde, putaingue !

Eulalie : «  je ne crois pas que la majorité des gens qui étaient dans les manifs,manifestaient pour qu’on vote Chirac. Ils manifestaient contre le FN ». Comme le remarquait bombix, oui, faut distinguer les deux choses. Mais... les gens manifestaient contre le FN tout en disant qu’il fallait voter Chirac. Comme le remarque Bombix, ce raz de marée allait s’alimenter aussi de gens qui n’allaient pas voter d’habitude et se déplaceront pour donner leur voix à Chichi.

Je me souviens très bien de la fête organisée après le défilé du 1er mai à la Charmille puisque j’étais dans les 4 ou 5 gugusses qui avaient eu cette idée et avaient organisé le rendez-vous (eh ! rien que placer les tables, c’est du boulot !). Je me souviens aussi d’avoir particulièrement subi les foudres d’une militante PS qui m’accusait presque de faire le lit du Front National en ne votant pas Chirac. Je me souviens aussi d’amis que je retrouvais durant ce bel après midi de mai : certains allaient voter Chirac – même certains amis que je croyais plus solides dans leurs convictions. Un raz de marée. Y’avait même plus moyen de discuter, ça ne se discutait pas. PS, PCF, tous, les gens d’Attac, même les libertaires, même les ultra-radicaux tanguaient et se ralliaient en partie à ce vote Chichi.

Un raz de marée comme en août 1914...

Non Eulalie, la comparaison ne concerne pas l’appel à la guerre patriotique, mais le ralliement à cet appel, un ralliement (cette "union sacrée", Mercure Galant l’a rappelé) qui va tout emporter.

Le 4 août 1914, en France, le groupe socialiste vote les crédits de guerre pour foutre sur la gueule aux boches. Ces socialistes qui quelques mois encore auparavant refusaient la guerre ! Le même jour, le groupe socialiste allemand au Reichstag vote aussi les crédits de guerre pour foutre sur la gueule aux français.

En ce début d’août 1914, l’enthousiasme en faveur de la guerre s’empare de la population. Les socialistes et les autres soutiennent la guerre chacun dans son pays. Le soutient à la guerre submerge tout. Léon Jouhaux, pour le syndicat CGT, dit : la classe ouvrière va combattre les Empereurs d’Allemagne et d’Autriche, mais « le coeur meurtri », bien sûr, un minimum. Comme d’autres se pinceront le nez.

En Allemagne, Rosa Luxembourg refusera de voter les crédits de guerre : « Jamais un fier idéal n’a été trahi aussi honteusement  ». Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht (qui refusait aussi le raz-de-marée du chauvinisme) seront assassinés quelques années plus tard.

En France, une infime minorité combat le ralliement hystérique à "l’union sacrée" pour la guerre. Pierre Monatte (CGT) et Alfred Rosmer sont de ceux-là. Alfred Rosmer décrira ainsi ce début d’août 1914 :

« La panique s’était emparée de Paris. [...] Il ne restait pas une parcelle d’esprit critique, et on pouvait raconter les pires sottises du moment qu’elles étaient tournées contre les "Boches". [...] Il ne restait plus qu’à procéder à une sorte d’inventaire des forces que le courant n’avait pas emportées. »

Hélas, l’inventaire sera difficile. Ils découvriront que Pierre, Paul, Jacques, tant de personnages connus pour leurs convictions se sont ralliés à la guerre. Pierre Broué n’évoque pas août 1914 sans raison.


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