Eric Fassin, dans Regards
— Au lendemain de la mort de Clément Méric, tandis que la police française procédait à une grande rafle de Sans-papiers dans le quartier Barbès, à Paris, Manuel Valls condamnait fermement le meurtre de ce jeune militant en déclarant "la haine a tué". Une réalité, certes, mais un discours qui se limite à une position morale, adoptée par un grand nombre de politiques de gauche, et qui ne permet pas de penser le racisme comme un système de domination…
— En fait, comme pour le mot « race », il s’agit d’abord d’un déni, soit d’un aveuglement volontaire : l’universalisme républicain se veut color-blind, aveugle à la race, au risque de l’être aussi au racisme. Mais il y a plus. Le gouvernement n’est pas seulement passif ; il est actif : par exemple, il alimente l’islamophobie (en promettant une nouvelle loi contre le voile). Et il ne se contente pas d’attiser ; le gouvernement mène à l’égard des Roms une politique proprement raciale. Et au même moment, on nous invite à ne plus parler de race, comme pour rendre impensable la pratique politique… La morale, pour reprendre votre mot, n’est pas seulement aveugle à ce qui est ; elle vise à, ou en tout cas elle a pour effet d’aveugler sur ce qu’elle fait en réalité.