La chronologie qui va suivre est d’un ami que je remercie. J’ai rajouté mes commentaires par-ci, par-là. Je me permets quelques remarques préalables.
Epujsv, vous écrivez qu’on nous apprend « tout-à-coup » que le nuage survole les Alpes. Oui, et alors ? Pourquoi tout-à-coup ? Vous croyez qu’il y était depuis 8 jours ?!... Il y est depuis la veille et vous l’apprenez tout à fait normalement. Ou bien vous écrivez que finalement, les autorités se sont « ravisées » et annoncent le nuage. A force de lire des bêtises sur le sujet, auriez-vous perdu votre bon sens ? Personne ne se ravise : on annonce le nuage parce qu’il est enfin là !
Parlant de l’auteur du livre que je signale, vous écrivez : « Monsieur Lerouge a le journal TV sélectif : 30 avril, 1er mai, on nous disait toujours que le nuage n’était pas parvenu en France. » C’est pas habile de mélanger 30 avril et 1er mai (ou alors c’est mauvaise foi) : c’est dans la nuit du 30 avril au 1er mai que le nuage est arrivé dans le Sud-Est. Donc, le 30 avril, rien, mais le 1er mai, ça sera bel et bien annoncé (mais… pas dans les journaux, c’est jour férié).
Allez, on se fait une chronologie vraie ? Si je dispose de cette série d’extraits de communiqués du SCPRI (Pierre Pellerin), de radio ou télé ou d’articles presse pour cette période, c’est que… bin, comment dire ?... c’est que… Je répétais stupidement, moi aussi, de grosses bêtises sur ce nuage. Un ami a eu pitié de moi, je n’ai donc plus qu’à rajouter des commentaires.
Les communiqués du SCPRI étaient envoyés aux autorités et aux agences de presse – qui ensuite expédiait aux journaux, télé, radios.
Mardi 29 avril, minuit : 1er communiqué SCPRI (suite alerte manifestée en Suède :)
« Ce jour, 29/04/86 à 24 h, aucune élévation significative de la radioactivité sur l’ensemble des stations du SCPRI du territoire.
En revanche, premier prélèvement significatif effectué sur le vol Air France Hambourg-Paris (en provenance de la région de la baltique) Les pourcentages relatifs de la composition en spectrométrie gamma :
132 Tellure environ 39%
131 Iode environ 30%
132 Iode environ 21%
103 Ruthénium environ 5%
99 M Technétium environ 3%
134 Césium traces
140 Baryum traces
Ces mesures se poursuivent »
Remarques : C’est Pierre Pellerin qui a eu l’idée d’équiper les avions d’un équipement permettant d’analyser les particules (c’est pour ça qu’il n’y que les vols Air-France). Du coup, la France est la première au monde à publier la composition du panache de particules (mais le SCPRI était déjà une référence mondiale dans le domaine nucléaire).
Mardi 29 avril, France Inter, heure ? Professeur Pierre Pellerin est interviewé :
Il n’y a actuellement rien au-dessus de la France, les vents ne sont pas dirigés vers nous, ils « tournent dans le sens inverse des aiguilles d’une montre autour d’une dépression centrée sur l’Europe »
Ce qui était vrai, zut ! Le nuage n’allait pas arriver sur péniche via un Danube bleu électrique, mais par les airs, avec le vent. Il y a une vidéo, sur le net, qui montre le déplacement du nuage – avec de drôles de bras en cercles. C’est quoi qui fait ça ?! Anticyclones et Dépressions. C’est quand même pas sorcier à comprendre ? Mais gaffe c’est un site officiel, donc mensonge d’état et compagnie…
Mercredi 30 avril, JT Antenne 2, 12 H 45 (Noël Mamère)
Reportage sur Tchernobyl et voix off : « Selon les conditions météo actuelles, le dégagement radioactif sous forme de nuage ne touchera pas la France. Mais il redescend sur l’Autriche et la Yougoslavie. »
Noël Mamère interroge Pierre Tanguy (EDF) : « On a parlé tout à l’heure du nuage radioactif qui se dirige vers l’Autriche et la Yougoslavie. Tous les français qui nous écoutent se demandetn si ça va venir chez nous et si ce nuage sera très toxique. »
Pierre Tanguy : « Alors, si ça va venir chez nous, je crois qu’il faudrait demander au spécialiste de la météo mais par contre la toxicité, là, on peut être catégorique : ça ne présente absolument aucun danger. Ça n’en a présenté aucun en Scandinavie et plus le temps passe plus ça se disperse et ça devient totalement insignifiant. »
https://www.youtube.com/watch?v=hcKjPPWtN5s
La météo, forcément ! Ironiser sur cet élément est vraiment étonnant. Pourquoi le nuage, au fait, ne s’est-il pas précipité sur la Mer Noire et la Turquie ? protégée par ?… eh oui, chut…
Mercredi 30 avril, 16 H, communiqué SCPRI :
« Ce jour 30/04/1986, à 16 h, toujours aucune élévation significative de la radioactivité dur l’ensemble des stations du territoire.
Sur plusieurs vols Stockholm-Paris et Oslo-Paris (région scandinave), prélèvements plus actifs d’un ordre de grandeur par rapport aux prélèvements Air France Hambourg-Paris mentionné dans mon télex du 29/04/86. »
Mercredi 30 avril, JT Antenne2, 20 H, Claude Sérillon
Claude Sérillon : « Le plus inquiétant ce soir reste le nuage de particules radioactives. On le sait, il s’est déplacé tout d’abord vers la Scandinavie puis est en train de descendre vers le sud.
Alors comment peut-on prévoir son déplacement ? Les explications de Brigitte Simonetta. »
Brigitte Simonetta : « Il faut bien faire la différence entre le possible et le réel. D’abord les certitudes :
lors de l’accident un anticyclone se trouvait sur l’Union Soviétique. Autour des hautes pressions on sait que le vent s’enroule dans le sens des aiguilles d’une montre. Les particules radioactives sont alors dans un premier temps remontées vers la Pologne puis elles ont continué leur chemin et atteint en 48 heures les pays scandinaves.
Depuis lundi, la situation n’a pas changé. [...]
Une dépression a pris place sur la Sardaigne. Là, les vents tournent dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Si l’émission radioactive persistait, tout laisse à penser que cette poussière aspirée depuis l’Ukraine serait renvoyée vers l’Italie, la Yougoslavie et l’Autriche.
En France, l’anticyclone des Açores s’est développé. La météo affirme qu’il restera jusqu’à vendredi prochain suffisamment puissant pour offrir une véritable barrière de protection. [affichage panneau Stop posé sur Est de la France, Suisse] Il bloque en effet toutes les perturbations venant de l’Est.
Mais attention : ces prévisions sont établies pour trois jours. Reste à savoir combien de temps il faudra encore pour éteindre l’incendie. »
https://www.youtube.com/watch?v=s4q91IZGQcY
Mais attention, qu’elle dit. Ce n’est pas aussi affirmatif qu’elle veut bien le dire. Pas de chance, les conditions météo vont changer (mais ça, en météo, on a l’habitude de la prévision qui ne se réalise pas). Pas de chance bis : le nuage arrive par la Suisse et l’Italie du nord.
L’histoire du panneau passera presque inaperçue ! Les gens regardent plutôt TF1, et ne sera qu’ensuite, en trifouillant, qu’on retrouvera ce JT et sa malencontreuse prévision et qu’on en fera un symbole.
Mercredi 30 avril, Minuit (Jeudi 1er mai, H zéro), communiqué SCPRI
« Situation dans l’ensemble stationnaire. On note cependant, sur certaines stations du Sud-Est, une légère hausse de la radioactivité atmosphérique, non significative pour la santé publique. »
Le voilà ! Dommage, très fortement dommage : ça va être le 1er mai, sans journaux en 1986 – et personnel réduit au SCPRI comme ailleurs… et dommage encore : on est alors jeudi, et ces enfoirés de salariés vont faire le pont jusqu’à lundi.
Jeudi 1er mai, RTL, 8 H
Jean Jacques Bourdin : « Des particules radioactives ont été détectées dans l’atmosphère hier après-midi par le laboratoire de radioactivité marine de Monaco mais les quantités détectées sont tellement infimes qu’il n’y a aucun, vraiment aucun danger. »
Jeudi 1er mai, JT Antenne2, 12h45, Noël Mamère
Noël Mamère : « Ce matin, le SCPRI a annoncé une légère hausse de la radioactivité atmosphérique non significative pour la santé publique dans le Sud-Est de la France et plus spécialement au-dessus de Monaco. »
https://www.youtube.com/watch?v=7DamV8MP2_o&hspart=iry&hsimp=yhs-fullyhosted_003
Sacré Noël, le v’la qu’il annonce le nuage qui passe la frontière… Il ne s’en est pas souvenu.
Jeudi 1er mai 1986, JT A2, 20H, Claude Sérillon
Claude Sérillon : « Les spécialistes de la météorologie restent très circonspects quant à la route future de la masse d’air radioactive issue de la centyrale de Tchernobyl. Tout dépend des vents ! Il faut savoir qu’en cette période de l’année la pollution à tendance à s’accumuler au-dessus des régions arctiques. Laurent Boussié a rassemblé la dernière photo satellites montrant plus précisement l’évolution des courants atmosphériques. »
[vue météo de l’Europe occidentale]
Laurent Boussié (voix off) : « Voici vu par MétéoSat 48 heures de la vie de notre planète. […] Après nous avoir servi de bouclier, l’anticyclone pourrait bien être l’instrument du danger. Les masses d’air tournant autour des hautes pressions dans le sens des aiguilles d’une montre, on peut craindre des retours d’est d’air chargé de radioactivité.
Heureusement, en ce moment les vents sont faibles en altitude donc l’air pollué n’avance que très, très lentement.
Autre bonne nouvelle : l’arrivée d’une perturbation nuageuse sur l’Atlantique pourrait demain ou après-demain inverser le sens des vents. »
On retrouve Laurent Boussié en fin de journal pour la météo.
« Tout va bien parce que une perturbation s’approche alors grâce à elle les vents vont changer et la pollution radioactive va s’en aller. »
https://www.youtube.com/watch?v=_DaBH7yWTA4
?!?!! Bourdin (le matin) et Mamère (le midi) ont annoncé l’arrivée du nuage, mais là ?.. On ne parle pas souvent de ce JT, mais c’est vraiment le plus surréaliste. A croire qu’ils ont bien fait le 1er mai… A aucun moment, il n’est vraiment dit que le nuage est arrivé pour de vrai au Sud-Est et ça commence à faire quelques heures. Ah, ces journalistes de la télé…
Jeudi 1er mai, minuit (vendredi 2 mai H zéro), communiqué SCPRI :
« Tendance pour l’ensemble de stations du territoire à un alignement de la radioactivité atmosphérique sur le niveau relevé le 30 avril dans le sud-est. Il est rappelé que ce niveau est sans aucune incidence sur la santé publique. »
Pfff, et zut ! Le nuage est sur l’ensemble du territoire. Vendredi 2 mai n’est pas férié, on va lire les journaux.
Vendredi 2 mai, Libération
La Une : Tchernobyl, le choc du nuage
« à Monaco on a enregistré des traces de particules peu fréquentables dans l’atmosphère, minimes ne présentant aucun dangerpuis finalement, cela a été le tour de la France »
« [… ] Pierre Pellerin a annoncé hier [1er mai] que l’augmentation de la radioactivité était enregistrée sur l’ensemble du territoire sans aucun danger pour la santé »
Vendredi 2 mai, Le Figaro
Titre : La France touchée à son tour
« Les premières particules radioactives provenant du nuage dégagé par la catastrophe de Tchernobyl ont été détectées mercredi après-midi dans le Sud-Est de la France. »
Vendredi 2 mai 1986, France Soir
Titre : Des nuages radioactifs au-dessus de la France
« Ça y est ! Les premières particules radioactives atteignent la France. Inutiule cependant de se ruer aux abris : nous sommes encore très loin des côtes d’alerte. [...]
La quantité de Césium présente dans l’atmosphère de la côte est tout de même 1000 fois supérieure à la normale et 20 fois supérieure à la quantité observée après les essais nucléaires artmosphériques des années 62-65. »
Incroyable ! Le nuage a bel et bien passé la frontière. Et on ne parle pas du signal Stop de Brigitte Simonetta. Et on ne dit pas que ça s’est arr^été à la frontière. Personne ne peut le dire.
Le 2 mai, dans la matinée le nuage commence à être repoussé, comme prévu, d’ouest en est. Dégage ! Dans la nuit, il aura presque complètement quitté le territoire français, sauf Alpes et Sud-Est.
Vendredi 2 mai, Minuit (samedi 3 mai, H zéro), Communiqué SCPRI
« Objet : radioactivité consécutive à l’accident nucléaire russe de Tchernobyl, mise au point à diffuser auprès des médecins et du public.
L’élévation relative de la radioactivité relevée sur le territoire français à la suite de cet accident est très largement inférieure aux limites réglementaires françaises, elles-mêmes fixées avec des marges considérables. »
Samedi 3 mai 1986, heure ? Communiqué SCPRI
« La baisse générale de la radioactivité atmosphérique amorcée le 2 mai s’est nettement accentuée sur les trois quarts Ouest du territoire français […] Les vents du Sud-Ouest évacuent maintenant les masses d’air vers l’Est de l’Europe. Seule la région Sud-Est reste encore pour l’instant stationnaire quant à la radioactivité, par suite de la persistance d’un front froid venu du Rhône. »
On trouve encore de nombreux communiqués du SCPRI, puis le 5 mai, puisque il n’y a plus rien, rien au-dessus de nos têtes sur l’ensemble du territoire: :
Lundi 5 mai, Minuit (mardi 6 mai, H zéro), 1er Communiqué SCPRI
« Le retour à la normale de la radioactivité de l’atmosphère s’est étendu à l’ensemble du territoire, y compris le Sud-Est.
De ce fait, l’introduction nouvelle de radioactivité dans les autres éléments du milieu a désormais cessé.
Néanmoins, par suite du décalage dans le temps, dû au cheminement des radioéléments introduits dans le milieu, on observe actuellement une élévation retardée de la radioactivité, en particulier de l’iode 131 dans certains prélèvements, qui peut encore persister quelques jours. »
Lundi 5 mai, minuit (mardi 6 mai, H zéro), 2e Communiqué SCPRI
« Interprétation des mesures.
- exposition :
Au cours de la période du 28 avril au 5 mai, les mesures du rayonnement gamma ambiant au sol n’ont jamais excédé 60 microrads par heure soit au maximum 4 fois le rayonnement naturel qui est en moyenne en France de 15 micrortads de l’heure. Cette pointe a duré en moyenne à peine 24 heures sur la plupart du territoire. Un tel débit de dose est deux fois inférieur à celui auquel on est exposé au cours d’un voyage aérien.
Cette exposition et ses variations ne sont mesurables que grâce à l’extrème sensibilité des instruments d emesure de la radioactivité, mais elles sont sans aucune signification sur le plan de l’hygiène publique. »
Fini, le "nuage" est reparti..
Alors, j’y reviens, epujsv. Vous écrivez : « selon vous et le bouquin que vous conseillez à la lecture on ne nous aurait jamais raconté que le nuage s’arrêtait à la frontière. C’est faux. » Tss, tss, ce n’est pas faux, ça n’a jamais été dis, ça a été inventé ensuite – Et la dame Simonetta n’y est pour rien..
Et vous écrivez aussi ça : « Il se trouve que j’ai vécu cette période et que j’avais bel et bien souvenir qu’on nous avait raconté à un moment donné que le nuage allait s’arrêter aux frontières de la France. Ce qui ma foi était bien risible, même pour un néophyte de l’accident nucléaire »
Excuses, votre souvenir est faussé par les polémiques, par cette légende noire répétée, qu’on finit par ne plus savoir quand est-ce qu’on l’a entendu. Et c’est ça qui rend cette histoire particulièrement intéressante !