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L’hôpital Jacques Coeur pas saturé de masques - epujsv - 3 mai 2020 à 16:56

Mdprt 3.05.20 : Masques, l’Etat s’efface derriere les supermarchés

"Dans la foulée, les enseignes ont multiplié les annonces, avec des volumes impressionnants. Selon un décompte effectué par Mediapart sur la base de leurs déclarations publiques, les enseignes Carrefour, Leclerc, Intermarché et Système U ont annoncé avoir commandé au total 515 millions de masques chirurgicaux, dont au moins 65 millions sont arrivés et seront mis en vente dès lundi. Ces chiffres concernent uniquement les masques médicaux, pas les masques « grand public » en tissu, que les supermarchés vont également proposer (lire notre enquête ici).

La palme du plus gros coup commercial revient à Intermarché. Le président du groupement, Thierry Cotillard, a annoncé mercredi dans Le Parisien la mise en vente à partir de lundi de 90 millions de masques chirurgicaux « à prix coûtant, […] soit 59 centimes l’unité », qu’il compte écouler en dix jours. "

Sur les masques "grand public" :
Mdpart : 03.05.20 Des masques grand public pour cacher la pénurie

"Toutefois ce pari pose question. L’État a défini des critères de qualité, afin que les masques filtrent 70 à 90 % des particules. Mais il a lancé sur le marché, sans disposer de recul expérimental, des masques qui ne correspondent à aucune norme et certification officielle. Ils sont d’ailleurs interdits chez les soignants, vu les incertitudes scientifiques sur leur efficacité."

Le recours aux masques en tissu pose aussi un problème d’inégalité en matière de protection contre le Covid-19. La grande distribution vient en effet d’annoncer la mise en vente progressive de centaines de millions de masques chirurgicaux (lire ici). Avec d’un côté les Français qui pourront en acheter, et les autres qui devront se contenter du tissu.

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« Ces masques n’ont pas été soumis à l’ensemble des tests d’efficacité prescrits par les normes en vigueur », explique l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS), en rappelant que « le peu d’études scientifiques sur les performances de filtration des masques en tissu montrent une efficacité de filtration inférieure à celle des masques chirurgicaux  ».

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"La rétention d’humidité, la réutilisation des masques en tissu et une mauvaise filtration peuvent entraîner un risque accru d’infection, signalait la célèbre revue. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour éclairer l’utilisation généralisée des masques en tissu à l’échelle mondiale. »(British Medical journal)

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"Pour stopper le mouvement, la Société française des sciences de la stérilisation (SF2S) et la Société française d’hygiène hospitalière (SF2H) ont publié le 21 mars une recommandation déconseillant formellement l’usage de masques en tissu comme « solutions palliatives pour couvrir les besoins des soignants et des usagers des établissements ». « Il n’existe pas de preuve scientifique de l’efficacité des masques en tissu », insiste cet avis."

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"Le 6 mars, soit un mois et demi après avoir diagnostiqué la pénurie, Bercy commence à sonder des industriels du textile. Pour la technique, le gouvernement appelle l’armée à la rescousse. La mission échoit au laboratoire de la Direction générale de l’armement (DGA) de Vert-le-Petit (Essonne), spécialisé dans la « défense nucléaire, radiologique, biologique et chimique ». Son expertise se déduit de son intitulé : il vérifie et met au point les masques de protection des forces armées."

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"Deux jours plus tard, Bercy demande à plusieurs organismes professionnels, dont l’Institut français du textile et de l’habillement (IFTH) et le Comité stratégique de filière (CSF) mode et luxe de structurer la mobilisation de la filière."

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"L’agence (l’ANSM) décide de créer deux catégories de « masques alternatifs en tissu ». Ceux destinés « aux professionnels en contact avec le public » (caissières, policiers, etc.), conçus pour filtrer plus de 90 % des particules (contre 95 à 98 % pour les chirurgicaux), et ceux destinés au reste de la population, offrant un taux de filtration d’au moins 70 %."

Trois jours plus tard, le 27 mars, l’Association française de normalisation (Afnor), publie un guide de fabrication. Téléchargé à ce jour plus de 1,1 million de fois, il est censé permettre à n’importe qui, les entreprises comme les particuliers, de confectionner le masque qui filtre à 70 %. Le document donne des références de tissu validées par les tests de la DGA, et fournit deux « patrons » de masques.

Mais il s’agit d’une simple « spécification », qui « ne peut être en aucun cas assimilée à une norme française », souligne l’Afnor. Et pour cause : saisi en urgence par le gouvernement, l’organisme a dû consulter 150 experts et boucler le document en à peine plus d’une semaine. « Une norme, ça demande plutôt un an de travail », a précisé le directeur général de l’Afnor, Olivier Peyrat lors d’une réunion avec les industriels.

Aucun contrôle n’est prévu pour les particuliers. « Nous ne pouvons pas mettre un laboratoire derrière chaque couturier », a justifié la secrétaire d’État à l’économie Agnès Pannier-Runacher, qui pilote le dossier. Pour les entreprises, il n’y a, comme le précise l’Afnor, pas d’évaluation obligatoire de la conformité : la qualité relève de la « responsabilité du fabricant », qui est « autorisé » à faire des tests.

Jean-Marie Iotti, ancien référent de l’IRNS auprès du ministère de la santé pendant les épidémies SRAS et H1N1, et référent « masques » dans la cellule Bachelot à l’époque, se dit particulièrement « gêné » par le document de l’Afnor.

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« Les masques médicaux sont certifiés, contrôlés sur leur niveau de filtration mais aussi avec des prélèvements pour s’assurer qu’il n’y a pas de microbes, s’agace Éric Bensimhon, PDG du fournisseur de matériel médical Ylea. Les masques barrières ont été faits à la va-vite, juste pour répondre à une demande urgente. C’est un geste politique. Le gouvernement aurait pu doter la population en masques chirurgicaux mais, pour cela, il fallait s’y prendre plus tôt, et cela aurait coûté beaucoup plus cher. »

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"Interrogé par Mediapart, le ministère de la santé reconnaît qu’il n’y a pas de « norme » (en créer une prendrait « plusieurs mois »), ni « à proprement parler, de certification ». Mais souligne que des mesures ont été prises pour s’assurer de la « conformité » des masques avec les « spécifications de l’État ». "

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"Cette dernière obligation a été allégée le 20 avril par le ministère de l’économie. Afin « d’accélérer la mise en production des masques », il est désormais facultatif de faire tester le prototype en laboratoire, à condition qu’il ait été confectionné avec un ensemble de matières validé par la DGA. Dès lors qu’un matériau a déjà été testé, « il n’est pas utile de le tester une nouvelle fois », nous a répondu le ministère de la santé."

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"Au bout du compte, que valent les masques conformes à la « note » du gouvernement ? « Si le masque est bien fait et bien porté, la catégorie 1, qui filtre à 90 % des particules, un taux assez proche des chirurgicaux, c’est beaucoup mieux que de ne rien avoir. Quant à ceux qui filtrent à 70 %, ce n’est pas si mal, mais il faut que tout le monde en porte pour que cela soit efficace », répond un expert ayant requis l’anonymat au vu des « incertitudes » scientifiques sur le sujet."

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"Le ministère de la santé reconnaît que « l’humidité peut en effet altérer les fonctions de filtration d’un masque, en particulier pour la filtration de l’air expiré. C’est pour cela que le port du masque est limité à quatre heures afin qu’il reste suffisamment sec ». Sur quelle base scientifique ? Le ministère répond que ce délai a été « préconisé » par l’ANSM, sans plus de détails. Contactée, l’agence du médicament n’a pas répondu."

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" Or, les experts interrogés par Mediapart soulignent l’importance de la forme et du bon ajustement du masque. « Cela ne sert à rien d’avoir une magnifique barrière filtrante si le masque ne joint pas ou n’épouse pas la forme du visage,"

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Pour tenter de limiter les problèmes et apporter plus de clarté aux consommateurs, le gouvernement a modifié sa « note » sur les « masques à usage non sanitaires », rebaptisés pour l’occasion « masques grand public », ce mardi 28 avril. Pile le jour de l’annonce du plan de déconfinement par Édouard Philippe devant l’Assemblée nationale.

Il y a deux grandes nouveautés. Les fabricants qui respectent les spécifications peuvent désormais apposer un logo officiel avec la mention « filtration garantie », ainsi que le nombre de lavages possibles sans dégrader les performances. Et les entreprises doivent, pour en bénéficier, obtenir l’accord préalable de Bercy, après examen des rapports d’essais.

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"La demande est telle que les 242 fabricants français ne peuvent pas suivre. Ils ont 70 millions de masques commandés, alors qu’ils n’en fabriquent à l’heure actuelle qu’un peu plus de 3 millions par jour. « On ne répond qu’à 10 % de la demande, c’est monstrueux », confie l’un d’entre eux.

Les entreprises et collectivités sont pressées par le calendrier, depuis l’annonce du déconfinement par Emmanuel Macron sans la moindre concertation"

Sur les masques artisanaux :

"Reste aussi, en parallèle, le cas des masques qui n’auront pas le logo officiel du gouvernement, fabriqués par des entreprises mais aussi par des réseaux de couturières et couturiers, et des amateurs.

Preuve que l’exécutif compte sur ce dernier canal d’approvisionnement, Édouard Philippe lui-même a renouvelé, lors de son discours mardi, son appel « aux particuliers » qu’il a invités à « se confectionner eux-mêmes des masques » grâce au guide de l’Afnor. Les marchands de tissus viennent d’être autorisés à reprendre leur activité afin que « chacun se mobilise ».

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"Olivier Véran est d’ailleurs beaucoup moins enthousiaste que son premier ministre. Sur France 2, le 21 avril, il a mis en garde sur la confection artisanale de masques, « faits avec la meilleure bonne volonté », mais qui « ne filtrent pas contre le Covid "

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"Pour les particuliers les plus modestes, la tentation est grande de confectionner soi-même ou de se tourner vers les circuits artisanaux. Le refus du gouvernement de plafonner les prix, officiellement pour de « ne pas freiner l’innovation », fait aussi craindre un système à deux vitesses : des masques labellisés (vendus de 2 à plus de 10 euros l’unité) pour les foyers les mieux dotés, les plus rustiques pour les autres."

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"La température de lavage a été déterminée sur la base d’une publication de chercheurs de l’Institut Pasteur, de septembre 2014, sur un autre coronavirus (le MERS-CoV) démontrant qu’une chaleur de 65 °C pendant 15 minutes ou de 56 °C pendant 30 minutes inactive complètement le virus. "

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Cette experte a fait l’expérience chez elle : « Impossible de savoir sur ma machine, selon les programmes, pendant combien de temps le cycle tient à 60 °C. Les fabricants de machines pour particuliers communiquent rarement là-dessus. »

Pour que les masques soient efficaces, les Français vont devoir appliquer une discipline de fer. Outre le bon cycle de lavage, un masque en tissu qu’on quitte doit être immédiatement isolé dans un sac en plastique fermé, jusqu’à son passage dans la machine. Il doit ensuite être repassé.

Il est également indispensable de le mettre en ne touchant que les élastiques, de bien l’ajuster et de ne plus y toucher. « Je vois plein de gens dans la rue qui le montent, qui le descendent, qui le mettent autour du cou, qui chez eux vont le poser dans un coin, qui le remettent. Or, si le masque il est souillé, ce n’est rien d’autre qu’une façon de s’inoculer le virus sur la bouche ou sur le nez », rappelle la docteur Dominique Abiteboul, conseillère médicale du Groupe d’étude et de recherche sur l’exposition des soignants (GERES).

Les pouvoirs publics vont désormais devoir lancer de grandes campagnes d’information sur le port du masque. Après avoir dépensé beaucoup pendant des semaines pour expliquer qu’ils ne servaient à rien. "

Et la France est le seul pays d’Europe à miser sur le masque en tissu pour l’équipement massif de la population. Quelle chance on a là.


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