"Mouvement anti-pass : « Si on défile contre l’autoritarisme avec des fascistes, défile-t-on vraiment contre l’autoritarisme ? »"
Libération, 11 septembre 2021, Journal d’épidémie, Christian Lehmann qui donne la parole à une professeur de philosophie, auteure de " « Tracer des lignes, sur la mobilisation contre le pass sanitaire ». aux éditions MF.
Extrait du journal, Valérie Gérard :
"Un mouvement social ne s’interprète pas seulement en fonction de ses fins affichées : il faut tenir compte de sa rhétorique, de ses modes d’action, de l’atmosphère qu’il installe dans l’espace public, de ce qu’il charrie comme type de pratiques dans son sillage. Ce sont ces pratiques qui contribuent déjà à installer un monde. Participer au mouvement, c’est renforcer l’installation de ce monde. Pour ce qui est de ce mouvement, c’est sans appel : il s’accompagne de propos antisémites, de menaces et d’intimidations contre des soignantes et des soignants, d’actes de violence contre des centres de vaccination, contre des centres de soin, contre des centres de dépistage du Covid. Parlons clair : ce sont des méthodes fascistes."
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« Certains rejoignent peut-être le mouvement en étant sincèrement pour le vaccin et contre le pass, mais ils ne donnent pas son ton à la séquence. Le mouvement anti-pass est un prolongement du mouvement de contestation de toute mesure sanitaire présent depuis le début de la pandémie, politiquement situé et résolument opposé à toute construction mutuelle et réciproque de l’égalité. Il est en phase avec la politique de Bolsonaro au Brésil. "
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« Si le mouvement actuel pose problème, ce n’est pas seulement parce que l’extrême droite y est présente. Ce n’est pas seulement parce qu’il y a des pancartes complotistes et antivax plein les rues. Ce n’est pas seulement parce que des meutes instrumentalisées scandent les noms de ”coupables” à guillotiner. C’est que la puissance qui se constitue pousse à la destruction de toute solidarité, de toute pensée de la protection et du soutien mutuel. Derrière les discours des opposantes et opposants les plus virulents au pass et au vaccin, il y a tout un imaginaire politique, ultra-libéral, anti-égalitaire et, en raison des affinités de cette mouvance, profondément réactionnaire"
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"Dans la rhétorique qui exprime cet imaginaire, ”mon corps mon choix”, ”non au viol par le vaccin”, comme dans les parallèles obscènes avec les résistants, les juifs victimes de la Shoah, les séropositifs, il y a les mêmes torsions confusionnistes, méthodes d’extrême droite, que celles que mettait en œuvre la Manif pour tous en reprenant des slogans de 68. Dans le sillage du mouvement, il y a les violences quotidiennes et les menaces de mort. Telle est l’atmosphère que ce mouvement installe dans l’espace public. "