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"La vague actuelle d’Omicron semble importante mais relativement tenable à l’hôpital. Dans quelle mesure les choses peuvent-elles encore s’aggraver si l’on cesse d’agir ?
Antoine Flahault : La désorganisation de l’ensemble des rouages de la société qui s’annonce ne touchera pas seulement le système de santé, mais il sera bien sûr le premier impacté, après des mois de crise sanitaire, d’épuisement et de lassitude des personnels qui comme toute la population espérait enfin un peu de répit. On ne peut pas encore prédire avec précision jusqu’où cette vague ira, tant en termes chronologique qu’en nombre de contaminations. Il est probable qu’on ait même des difficultés à mesurer la taille et peut-être la date du pic tant le système semble arriver aux limites de ses capacités de testing. Saura-t-on identifier beaucoup plus de 400 000 cas par jour en France ? Mais peu importe, finalement, ce qui est clair aujourd’hui c’est que l’ampleur de cette vague Omicron devrait atteindre plusieurs dizaines de pourcents de la population, 20, 30 ou 40 ? Dans tous les cas cette épidémie devrait enregistrer plus de deux ou trois fois plus de contaminations que les plus fortes épidémies jamais enregistrées depuis la grippe espagnole de 1918. Les conséquences en termes de désorganisations de notre société sont donc inéluctables. Sur le plan sanitaire, même si le variant est bénin chez la plupart, on doit s’attendre à une forte surmortalité directe et indirecte. Les plus fortes épidémies de grippe saisonnières ou pandémiques n’ont jamais concerné plus de 5 à 10% de la population. Mais en France, même avec « seulement » 10% de la population atteinte, on déclenchait le plan blanc, car le système de santé était au bord de la saturation. Il est donc clair qu’il sera complètement débordé avec des niveaux encore plus élevés encore de contaminations. Il faut juste espérer que la virulence d’Omicron ne sera pas plus forte que celle de la grippe, ce qui n’est pas encore certain. Donc on peut s’attendre et on doit se préparer à des semaines à venir extrêmement difficiles, sans doute jusqu’à la fin du mois de février, et ces difficultés devraient toucher presque tous les secteurs d’activité. Ensuite, je propose que l’on partage l’optimisme d’un grand nombre de scientifiques dans le monde, c’est-à-dire que l’on bénéficie enfin d’un répit durable, au moins pendant plusieurs mois."
Atlantico, 8/01/22, Résignation ?
Tsunami Omicron : l’heure du lâcher prise (et de la prière…) est-elle venue ?
Le dilemme est de taille : l’OMS a alerté ce jeudi que le variant omicron n’est pas bénin et provoque de nombreux morts dans le monde. Mais l’ampleur de la vague Omicron rend le fonctionnement quotidien de la société française quasi ingérable, de l’éducation nationale aux entreprises
Avec A. Flahault et J. Marty