Anthropo-monde 25 février 2023
"La mise en place d’une politique du silence des chiffres Covid au nom de la fatigue et de l’oubli pandémique au plus haut niveau institutionnel, renvoie un écho étrange aux observations ethnographiques effectués dans d’autres espaces post-catastrophiques.
Je pense ici aux travaux mis en avant dans cet ouvrage collectif dirigé par Sandrine Revet et Julien Langumier :
Governing Disasters : Beyond Risk Culture
L’un des chapitres, rédigés par Laura Centemeri, montre par exemple la façon dont les mouvements de résistance locaux à la publicisation d’une catastrophe d’intoxication à la dioxine qui a lieu à Seveso ds les années 70, non loin de Milan, prennent aujourd’hui la forme du silence.
Face à la priorité du "retour à la normale", la catastrophe devient ainsi une "mémoire discrète", qui trouve sa traduction dans un certain nombre de pratiques d’évitement, à rebours des tentatives de la part d’activistes environnementalistes d’en faire un pb de santé publique
Les désordres et les conflits qui ont lieu durant l’immédiat de l’après-catastrophe sont relegués dans l’ordre des souvenirs individuels et rarement évoqués en public, p-ê au nom de la cohésion sociale et de la nécessité de ne pas réouvrir "de vieilles blessures".
Les auteurs.rices de l’ouvrage collectif notent bien, dans une forme d’opposition "top-down", les formes localisées que peuvent prendre les effets catastrophiques, à rebours des préconisations de la "culture du risque" et des dispositifs d’action sur les catastrophes
Maintenant, cela pose aussi la question des formes de politisation qui, précisément, visent à créer une forme de discrétion de la mémoire et de l’action pandémique, à l’échelle globale, ce au nom de la "résilience" : loin du "local", on a affR à une politique "experte" provirale."
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