"Les manifestants sont jaloux de Macron, il est jeune, riche, diplômé" a donc dit Nathalie Saint-Cricq, qui dirige le service politique de France 2. On rencontre souvent ce topoï de la "jalousie" et on peut s’y arrêter un instant.
1) Ce lieu commun est évidemment un geste de disqualification, puisqu’il tient que les opposants sont seulement mus par l’affect négatif et réactif du ressentiment jaloux. Mais il est plus et pire que ça.
2) En vérité, ce lieu commun nie jusqu’à la possibilité de la mésentente politique. Selon ce lieu commun, il n’y a qu’un seul plan : celui des intérêts et des gains. Il n’y a aussi qu’un mode de rapport à autrui : celui de la comparaison concurrente.
Et il n’y a qu’un seul mode de rapport aux choses et aux biens : celui de l’acquisition et de la possession. Niant jusqu’à la possibilité de la mésentente et du désaccord sur les valeurs, ce lieu commun nous dénie le statut d’adversaires politiques.
Selon Nathalie Saint-Cricq, le seul rapport négatif que l’on pourrait nourrir à l’endroit du président serait donc un rapport de jalousie envieuse pour sa personne privée.
3) Dire que c’est là l’affect négatif principal que Macron suscite, c’est donc dire aussi que sa politique est hors de cause : soit parce sa politique est immaculée, soit parce que Nathalie Saint-Cricq nous dénie toute capacité de jugement politique.
Pour finir, si il n’y a pas de domaine politique, si la mésentente est impossible et si nous n’avons aucune capacité à juger politiquement, alors pourquoi donc Nathalie Saint-Cricq est-elle journaliste politique ? 🤔
Le mieux qu’elle puisse faire, si elle est cohérente, c’est donc de rendre son tablier ou de prendre sa retraite, en avance sur les 64 ans qu’elle appelle de ses voeux."
J. Stavo-Debauge, 25 mars 2023