Déni
Racisme et violences dans la police : les multiples occasions manquées d’une réforme
Libération, 3 juillet 2023
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A cette pression syndicale, s’ajoute une apathie du ministère de l’Intérieur. Docteur en science politique et fin connaisseur de la matière, Sebastian Roché relève que « la durée de vie d’un ministre de l’Intérieur est généralement de trois ans au maximum, soit bien moins que le temps nécessaire pour voir les effets de la réforme ». D’où un calcul coût-avantage politique qui penche du côté de l’inaction. Cela se conjugue, voire s’accommode, avec la très faible réflexion sur l’action des forces de l’ordre. En 2019, le gouvernement avait décidé de supprimer l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice, un organisme rattaché à Matignon, pour le remplacer par l’Institut des hautes études du ministère de l’Intérieur, rattaché à ce dernier. Il n’existe donc pas d’équivalent au College of Policing, créé en 2012 en Angleterre et au pays de Galles, ou aux universités allemandes – autant d’organes externes qui permettent aux agents de s’interroger sur leurs pratiques. « La pauvreté intellectuelle de l’institution policière est le premier obstacle à la réforme de la police, analyse Sebastian Roché. C’est comme si on avait des médecins sans recherche médicale. »