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À la masse ! - epujsv - 18 octobre 2023 à 21:56

Guerre Israël-Hamas : « Côté israélien, le premier objectif est la destruction totale du Hamas, qu’importe le prix »
Libération, 18 octobre 2023

"Personnage clé dans la libération de l’otage Gilad Shalit en 2011, le négociateur israélien Gershon Baskin revient sur ses relations avec le Hamas, la possibilité de libérer les 200 otages et les responsabilités d’Israël dans cette guerre.
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"Vous êtes un des rares Israéliens à échanger directement avec des responsables du Hamas. Imaginiez-vous un jour une attaque telle que celle lancée le 7 octobre ?

Je parle avec eux depuis dix-sept ans, et la réponse à votre question est non, absolument pas. Ce qu’ils ont fait samedi dernier dépasse l’imagination. Jusqu’alors, il y avait une sorte de code tacite entre Israël et le Hamas sur ce qu’on pouvait faire à l’autre. Ce qui est effrayant et surprenant, c’est qu’ils ont repris le modus operandi de l’Etat islamique. Les enlèvements de soldats, ça ne plaisait pas, mais c’était légitime dans le cadre du conflit. Là, ils ont outrepassé toutes les limites imaginables, ils ont cessé d’être un partenaire potentiel.

[...]

Avez-vous l’impression d’avoir été berné, à l’instar du renseignement militaire ?

Ce n’est pas la question. La faillite conceptuelle est d’abord celle de tout un pays, qui vit depuis un demi-siècle dans l’illusion qu’on peut occuper un autre peuple et vivre en paix. Qu’on puisse enfermer 2,5 millions de personnes dans une prison à ciel ouvert et s’attendre à ce que la situation s’apaise. S’imaginer qu’édifier la frontière la plus sophistiquée du monde – avec sa clôture électronique, ses murs de ciment souterrains, ses centaines de jeunes soldates rivées à des écrans pour en surveiller chaque centimètre – suffirait. Le Hamas a abattu tout ça avec quelques explosifs et des bulldozers. Tout cela, c’est la même faillite conceptuelle. Depuis des années, l’armée israélienne n’est plus formée à assurer notre sécurité mais à réguler l’occupation. J’espère que cette tragédie nous sortira de ces illusions de grandeurs, de notre arrogance.

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Revenons aux otages. Ils seraient près de 200, situation sans commune mesure avec celle du seul soldat Shalit. Un deal est-il imaginable ?
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Enfin, côté israélien, le premier objectif est, aujourd’hui, la destruction totale du Hamas, qu’importe le prix. C’est le sentiment dominant dans la population, bien plus que le sauvetage des otages, qui est porté par un mouvement pour le moment marginal.
[...]

Le « Forum pour les familles », qui plaide pour leur libération, est une initiative non gouvernementale, tout comme votre implication dans l’accord Shalit. Est-ce que les initiatives civiles sont plus efficaces que les tractations diplomatiques ?

Oui, car on peut faire des choses que les officiels ne peuvent pas. Mais ça ne fonctionne qu’en temps de « calme », pas en pleine guerre. Là, la situation est complètement différente. Shalit est resté captif cinq ans et quatre mois. Nous n’avons pas cinq ans devant nous pour sauver ces otages : c’est une urgence absolue.

[...]

Mais alors qui seraient les responsables ?

Si on cherche des responsables, parlons de ceux qui ont laissé passer l’occasion de construire une réalité différente à Gaza. Israël n’a jamais cherché à desserrer son blocus – on a fermé la cage à double tour et jeté la clé. [...]"


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