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À la masse ! - epujsv - 20 octobre 2023 à 22:04

En Cisjordanie, « on ne fait plus la différence entre un terroriste palestinien et un Palestinien terrorisé »
Libération, 20 octobre 2023
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Mais cette fois, les colons ont sorti les armes. La confrontation a tourné au massacre. Le frère d’Ahed a tenté de mettre sa fille Raath, 6 ans, à l’abri. Il a été touché de trois balles,[...]. "Ma mère a appelé mon cousin Moath pour qu’il vienne les aider. Ils sont arrivés en courant. Il est mort, lui et deux autres », dit Ahed, les yeux cernés. L’attaque a duré 45 minutes, avant l’arrivée de l’armée israélienne, qui est rentrée jusque dans le centre du village(Qusra). Dans les affrontements qui ont suivi, un autre jeune homme a été tué par les soldats.
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Au Proche-Orient, on enterre vite les morts. Mais pour ramener les corps du centre médical de Salfit, à quelques kilomètres à l’ouest, le lendemain, il fallait passer devant des colonies. Hani Odeh a contacté les autorités palestiniennes et israéliennes pour s’assurer de la sécurité du convoi funéraire, une quinzaine de voitures, qui allait suivre l’ambulance. Le tracé serait sécurisé, ont assuré les soldats. Vers 10 heures, le convoi s’est ébranlé. 30 minutes plus tôt, dans les colonies environnantes, les téléphones se sont mis à vibrer. « Le commandant de la région ne comprend pas que nous sommes en guerre ! Il a autorisé une procession funéraire de terroristes sur une route principale de Samarie », dit le texto, appelant le plus de monde possible à sortir. Une centaine de personnes ont répondu à l’appel. L’armée a tenté de dévier le convoi, mais en vain. Il a fini par être attaqué.
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« Des colons ont arrêté le convoi, mon père et mon frère sont sortis pour leur dire de partir. D’autres personnes ont fait de même. Ils ont tiré. Et puis une autre voiture de colons est arrivée, ils ont aussi commencé à tirer. Mon frère a pris trois balles, et mon père une. La voiture aussi », dit l’ado d’une voix absente en tortillant le pendentif tout neuf qui porte la photo d’Ibrahim, 62 ans, et Ahmed, 24 ans. Leurs corps ont été préparés immédiatement. Ils ont finalement été enterrés en même temps que les quatre morts de la veille.
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« C’était un leader », explique Abdelathem, frère d’Ibrahim et ancien maire de Qusra, qui ne veut pas croire à la coïncidence, au fait que son frère soit juste devenu victime d’une violence aveugle. « Il avait créé des groupes de protection dans les villages ici, il était bien placé au niveau du Fatah. Ils ont voulu le viser, c’est sûr ».
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« Nos militants ont été beaucoup touchés », dit avec tristesse au téléphone le rabbin Arik Ascherman, militant israélien anti-occupation. Les kibboutzim, la rave ensanglantée du 7 octobre : autant d’espaces dans lesquels se retrouvait cette gauche israélienne pro-paix aujourd’hui au bord de l’extinction.
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Déplacée du Néguev en 1948, des alentours d’Hébron en 1967, cette communauté (bédouine) s’est finalement établie dans les années 90 dans la vallée aride du Wadi as-Seeq, qui surplombe le Jourdain. [...]
Depuis le 7 octobre, plus de 552 personnes, 8 communautés entières et une partie de 6 autres, ont été déplacées. Sur les deux dernières années, c’était 450. Et la communauté internationale a entièrement disparu.
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En temps normal, l’occupation militaire israélienne paraît un géant assoupi. Mais ces jours-ci, elle est visible, anxiogène, un fusil braqué sur la population. Plus de 70 Palestiniens ont été tués par des soldats ou des colons depuis le début de la guerre.
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Dans la société israélienne, entre terreur, tristesse, lassitude traumatisée et désir de vengeance, tout cela passe inaperçu. Hormis quelques échos, comme cette déclaration du chef de la police, Yaakov Shabtai, menaçant d’envoyer dans la bande de Gaza quiconque démontrerait un soutien pour ses habitants. Au moins quarante étudiants arabes auraient été renvoyés de leurs universités en Israël, dénote l’association de soutien juridique Adalah. Plusieurs personnes auraient aussi été arrêtées. « On ne sait plus faire la différence entre un terroriste palestinien et un Palestinien terrorisé », soupire le rabbin Arik Ascherman."


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