Dans la bande de Gaza, le casse-tête des dernières évacuations françaises
Libération, 19 décembre 2023
Le titre de l’article est curieusement très léger, avec ce mot "casse-tête" qui sonne ludique. Alors que le contenu décrit la réalité de situations très graves, dramatiques, mortelles.
" Touché dans une frappe contre la maison d’un de ses collègues le mercredi précédent, Ahmed Abu Shamla a succombé à ses blessures à Rafah, à la frontière de l’Egypte. Mais pourquoi l’homme de 59 ans était-il toujours dans l’enclave ravagée par les bombardements massifs de l’Etat hébreu, alors que 154 Français, ayants droit et employés de l’Institut français de Gaza ont été évacués ces dernières semaines, selon le Quai d’Orsay ? Salarié depuis 2002 de cet établissement culturel qui œuvre pour la représentation de la France à l’étranger, le défunt figurait sur les listes des personnes autorisées à quitter le territoire, ainsi que son épouse. Mais pas quatre de leurs six enfants habitant en Palestine (les quatre plus âgés, tous majeurs)
« Quand il s’est présenté au poste-frontière, on lui a dit qu’il ne pouvait pas sortir avec toute sa famille. Alors il a demandé à sa femme de partir avec les plus jeunes, et il est resté avec les autres, le temps de régler la difficulté », expliquent Me Amel Delimi et Me Lyne Haigar, deux avocates qui relaient les demandes d’évacuation en coordination avec l’association La Palestine nous rassemble, basée à Paris.Selon elles, une « quinzaine » de familles, représentant « moins de cent personnes », qui entretiennent « des liens solides avec la France », attendent toujours de sortir de l’enclave palestinienne.
[...]
Le fait que les noms inscrits sur les listes établies par le consulat français à Jérusalem, en charge des territoires palestiniens, « sont conditionnés à une autorisation au cas par cas des autorités israéliennes et égyptiennes » pourrait constituer un obstacle.
[...]
Le temps presse : avec l’intensification de l’opération israélienne dans l’enclave palestinienne diminuent les chances de survie des proches de la France qui y sont encore coincés. « Après la guerre, les autorités françaises devront répondre de leur inertie et de leur silence indigne à l’égard de leurs ressortissants et agents, alertent Me Amel Delimi et Me Lyne Haigar. Pour le moment, il faut agir d’urgence et ne pas attendre de nouveaux morts pour procéder aux évacuations. »"