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À la masse ! - epujsv - 20 mars 2024 à 20:30

Catherine Hass : « Si la guerre est sans but, elle est nécessairement sans fin »
" L’anthropologue Catherine Hass, spécialiste des pensées de la guerre, revient pour Mediapart sur ce qu’il reste possible d’imaginer face aux « politiques du désastre » et au « désastre politique » ouvert par le 7 octobre."
Médiapart, 20 mars 2024

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"Le Hamas apparaît alors comme la menace existentielle qu’il n’est pas. S’attendait-il à ce que ce rapport de force soit constitué par d’autres que lui ? En son absence, il a livré sur un plateau la vie de plus de 2 millions de personnes à l’armée israélienne qui n’attendait que ça. Se réjouir que le Hamas ait ainsi ramené la question palestinienne au premier plan, c’est se réjouir d’une politique du désastre et d’un désastre politique. Il y a toujours d’autres façons de faire et un rapport de force d’un autre type aurait pu être constitué."

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"Israël s’inscrit donc dans son temps, dans l’ère actuelle de la guerre, et en partage le principe. Là où il fait exception, c’est par la vitesse vertigineuse des destructions humaines et matérielles. Sur le principe, la branche militaire Hamas n’a pas fait d’autres choix : aucun abri, des tunnels qui ne semblent pas avoir servi à abriter la population ou à accumuler vivres ou médicaments en masse en vue de la guerre qu’il déclenchait. Marc Bloch disait que les hommes ressemblent plus à leur temps qu’à leur père. C’est sans doute vrai pour la guerre, l’État, la politique."

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"La guerre en Syrie a constitué une sorte d’explicite politique quant à la fin du supposé progressisme du camp dit anti-impérialiste, son naufrage, si l’on considère que l’Iran, la Russie et le Hezbollah ont armé et soutenu al-Assad. Sans eux, le massacre n’aurait jamais eu ces proportions.

"Faire des fossoyeurs des Printemps arabes les nouveaux tenants de la résistance indique bien que dans un contexte étatico-politique dévasté, toutes les catégories politiques du XXe siècle ont été englouties. Il ne reste plus qu’à se tenir du côté de ses propres principes sans s’adosser à une géopolitique largement corrompue et criminelle. De tels principes existent, en Israël, en Palestine, en Iran, en Syrie, au Liban, en Russie : il faut leur faire un espace, les consolider, en faire des repères politiques pour l’avenir."

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"S’il peut s’appliquer à des Israéliens appelant à un cessez-le-feu, il faut, au-delà du ridicule, s’interroger sur son usage aujourd’hui et s’inquiéter de ce que, dans certains pays, la fusion entre l’antisionisme et l’antisémitisme est parachevée au point que tous les Rassemblement national du monde peuvent brandir leur prétendu philosémitisme au nom de leur sionisme. Pour parler comme Mao, la contradiction principale – la haine des musulmans – l’emporte sur la contradiction secondaire – la haine des juifs."

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"À quelles conditions serait-il encore possible « d’ôter à la haine son éternité » ?

C’est une phrase de Plutarque citée par Barbara Cassin dans un ouvrage consacré à la Commission vérité et réconciliation sud-africaine. Elle est puissante dans le contexte actuel de haine parce qu’elle formule la possibilité de son terme ; puissante aussi parce que c’est le défi que se sont lancé les Sud-Africains après l’apartheid.

Elle ne dit pas que l’on peut ôter à la haine son présent ou son futur, mais son éternité, à condition d’en faire une question politique. Elle est donc raisonnable et non pas utopique. Je me suis intéressée à la fin de l’apartheid car, pour sortir de l’hébétude politique, il me fallait un possible."

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"Avec deux amis anthropologues, Hamza Esmili et Montassir Sakhi, nous avons, après le 7 octobre, conduit des entretiens en Palestine et en Israël pour savoir ce que les gens pensaient de la situation. Nous y avons beaucoup appris, de ces connaissances inaudibles en France comme, par exemple, que « juif » n’est pas un mot, sauf, pour les Palestiniens, pour désigner des amis à Tel-Aviv ou Berlin ; que l’ennemi, c’est l’État, la colonisation, les colons ; que la question de la légitimité de l’État d’Israël n’en est une pour personne, le combat étant ailleurs : l’arbitraire de l’occupation, son emprise sur les corps, les récoltes, les réserves d’eau, les déplacements élémentaires.

Bref, nous avons appris que dans cette société éminemment politique, nombreux sont ceux qui pensent aux façons d’ôter à la haine son éternité."Alors on peut bien sûr continuer à s’étriper sur la qualification du 7 octobre et, comme la souris, tourner dans une boucle stérile et infernale. Mais l’on peut aussi les écouter et leur donner une audience."

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En effet, il serait temps. L’ensemble de cet article, de l’analyse de cette anthropologue est à mon avis juste du début à la fin.


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