« Même si j’écrivais des pages et des pages, je ne pourrais décrire ce qui se déroule à Gaza »
"Ziad Medoukh, enseignant et écrivain, n’a pas quitté Gaza City depuis le 7 octobre. Il témoigne ici de sa vie dans les ruines et de la famine en cours."
Médiapart, 29 juin 2024
[...]
"En ce moment, c’est une véritable famine qui touche le nord de Gaza. Chaque jour, nous parviennent des informations de quelqu’un qui est mort de faim."
[...]
"Désormais, la bande de Gaza est coupée en trois, avec des barrages militaires entre chaque partie. Au nord, nous sommes environ 600 000 Palestiniens. Au sud, où les opérations militaires sont les plus intenses, il ne reste plus que quelques dizaines de milliers de personnes concentrées sur la côte. La majorité des Gazaouis sont concentrés dans la région centrale autour de Deir El-Balah, dans des conditions de vie inimaginables."
[...]
"La communauté internationale dans son ensemble est complice, même si je mets à part les manifestants de Londres, New York ou Paris qui s’opposent au malheur des Palestiniens. Mais nous avons besoin de concret, nous avons besoin que toute cette souffrance s’arrête enfin, nous ne pouvons plus nous contenter de décisions en notre faveur si elles ne sont pas appliquées."
[...]
"Malgré le carnage impensable qui se déroule ici, l’armée de l’occupation ne parvient pas à nous faire partir, parce que la résistance populaire palestinienne consiste précisément à refuser de s’en aller de nos terres."
[...]
"La population de Gaza n’a que faire des partis politiques et des organisations militaires. C’est une population effrayée, horrifiée, qui ne demande que la sécurité, la fin de l’agression, l’entrée massive d’aide humanitaire. Aujourd’hui, Gaza est un territoire sans gouvernement. Personne ne contrôle plus rien. Il n’y a plus aucune administration, on le voit particulièrement avec l’absence totale de contrôle des prix.
La seule alternative qui existe à Gaza n’est pas entre le Hamas et l’Autorité palestinienne, elle est entre mourir vite ou souffrir longtemps. La question de l’ampleur du soutien au Hamas n’a pas de sens pour une population qui n’a pas l’espace pour réfléchir à la politique, puisque la seule question qui se pose est celle de la survie immédiate."
[...]