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CINEMA / FESTIVAL

Festival international du court métrage de Clermont Ferrand

samedi 23 février 2002 à 10:35, par L’homme des bois

Le festival international du court métrage a eu lieu à Clermont Ferrand du 1er au 9 février. 2002 fut un bon cru. Globalement, la qualité des films présentés était plus qu’honorable. De plus, une ambiance bon enfant et un public chaleureux ont assuré un festival des plus sympathiques.

Il y avait cette année trois compétitions : national, international et numérique.

Les films français : Pourquoi les français sont-ils autant ancrés dans la réel ? En effet bon nombre de films traitent des difficultés à vivre, du racisme, de la violence... A l’image du grand prix "Des anges" de Julien Leloup qui narre l’histoire d’un gamin de 13 ou 14 ans, petit caïd de banlieue, qui vient à brutaliser une fille qui a osé lui dire non. Il est vrai que le film est parfaitement maîtrisé, habité d’une tension qui monte crescendo et le grand prix est totalement mérité. Autre film remarqué et remarquable : "Je m’appelle" de Stéphane Elmadjian (prix FNAC, mention jury jeunes et mention liée au prix recherche). Sur des plans fixes d’hommes, une voix off raconte des histoires de gars impliqués dans des conflits historiques (Irlande, Espagne sous Franco) ou personnels (SDF, toxicomanes). Ca paye pas de mine mais le résultat est époustouflant ! Cela dit, un peu de poésie n’aurait pas fait de mal dans ce palmarès. Par exemple "Pointête" de Luc Gallissaires conte l’histoire d’un ouvrier agricole un peu simple d’esprit. Une science du cadre qui impressionne, la beauté de la campagne du sud-ouest qui explose à chaque plan, un scénario qui développe des valeurs positives sans tomber dans la niaiserie font de ce film un petit bijou. Un grand prix en puissance...

Les films internationaux : Ca part dans tous les sens et c’est franchement jouissif. Une histoire d’amour entre une salade et une truite, un gars qui voit Jésus au détour d’une rivière, des voleurs gentlemen dignes des 1001 nuits sont quelques exemples parmi tant d’autres. Du coup, on peut regretter la frilosité du jury dans ses choix, le très carré "La dernière symphonie de Woyzeck" du danois Nikolaj Arcel (grand prix) ou le larmoyant "Une affaire d’hommes" du polonais Slawomir Fabicki (prix de la jeunesse, prix de la photo, prix de la presse). Le prix du public semble beaucoup plus pertinent. En effet, "Leonard" de l’écossais Brian Kelly raconte l’histoire d’un obsessionnel du rangement qui voit sa vie chamboulée par l’arrivée d’un fils bordélique. Les acteurs y sont excellents et le scénario est plein d’humour et de subtilité. Un film injustement ignoré et qui mérite le coup de coeur spécial agitateur : "Les bonnes choses" de l’états-unien Seth Wiley. A travers l’histoire d’un type qui bosse au péage d’une sortie d’autoroute peu empruntée, avec un cadrage magnifiant les grands espaces américains, un scénario qui égrène les petits riens de la vie, Wiley réussit un splendide film en apesanteur.

Mention spéciale à la Belgique... Les belges font des films légèrement décalés par rapport à la réalité. Il naît de ce décalage une poésie, une tendresse, une folie qui émerveillent. Il suffit de jeter un oeil sur le splendide hymne à la paresse qu’est "Surveiller les tortues" d’Inès Rabadan, l’hallucinante soirée chez les freaks qu’est "Pâques au tison" de Martine Doyen ou l’improbable rencontre exposée dans "Mireille et Lucien" de Philippe Blasband pour s’en convaincre. Ces courts métrages sont les meilleurs dépliants touristiques qu’on puisse imaginer pour la Belgique !

Les films numériques : première fois que cette compétition est organisée. Elle est en deux teintes car elle regroupe à la fois les films d’animation qui nécessitent beaucoup de moyens et les films réalisés avec une DV (faute d’avoir pu tourner avec autre chose). Là aussi, le jury a préféré le coté social en attribuant le grand prix au film lituanien "Maman" d’Oksana Buraja qui raconte la pauvreté d’une famille vue à travers le regard d’un enfant. Le public s’est laissé séduire par un film fait par ordinateur et à l’humour potache : "AP2000" de 4 jeunes français qui narre le combat de puces contre un puissant anti-puce l’AP2000. Des 44 films en compétition, celui qui m’a paru le plus marquant est sans nul doute "Mudchute" de l’anglais Owen Oppenheimer. Il s’agit d’une histoire exposée dans le désordre pour revenir à son point de départ. C’est très bien foutu et le résultat est fascinant.

Bref, en comptant les programmes parallèles de films de certaines boites de production, de certains réalisateurs (Riho Unt, Jiri Trnka, Jan Svankmajer, Virgil Widrich), de films chinois, portugais, africains, de programmes spéciaux sur le handicap mental ou sur les vaches, on aura compris que le festival de Clermont offre une diversité qui permet à chacun de contenter son attente et de trouver la perle qui permettra d’attendre l’année prochaine... !

Palmares complet sur le site officiel