La petite boutique des horreurs
Une comédie musicale sur une plante qui vient de l’espace pour conquérir le monde et qui est avide de chair humaine. D’un concept complètement loufoque, Frank Oz, créateur du Muppet Show, en a fait, en 1986, un film ahurissant, édité seulement aujourd’hui en DVD. Un film culte à (re)découvrir.
Lorsque Roger Corman termine en 1960 « Little shop of horror » après une semaine de préparation et deux jours seulement de tournage dans lequel on peut découvrir les premiers pas de Jack Nicholson, il ne se doutait probablement pas que ce film à petit budget (il avait récupéré les décors d’un film dont le tournage venait de se terminer) donnerait naissance vingt ans plus tard à l’une des plus fameuses comédies musicales de Brodway. Et encore moins que Frank Oz, voix de Yoda dans L’Empire Contre-Attaque et surtout créateur du Muppet Show en ferait un remake totalement culte au cinéma.
L’idée de réaliser un film fantastique sous forme de comédie musicale laissait déjà présager un véritable ovni cinématographique. Mais le scénario avait aussi tout de la caricature du film américain débile : une plante venue de l’espace débarque sur Terre avec le dessein secret de conquérir notre monde. Pour en rajouter une petite couche, ladite plante a besoin d’un engrais bien particulier pour survivre et se développer : du sang frais et de la chair humaine.
Dans la boutique de banlieue d’un fleuriste un peu minable, Seymour, un employé, cultive en arrière boutique des plantes hors du commun. Un jour, il trouve par hasard chez un fleuriste chinois une plante encore plus étrange, qui ne figure dans aucun ouvrage de botanique. Il s’empresse de l’acheter et lui donne le nom de Audrey II, tiré du prénom de sa collègue de travail dont il est secrètement amoureux et dont le petit ami est une espèce de dentiste sado-masochiste qui se prend pour Elvis Presley. Du jour au lendemain, la vie de Seymour va changer grâce à cette plante extraordinaire qui intrigue toute l’Amérique.
Curieusement, il en ressort une comédie musicale sociale, très sarcastique envers la société américaine de l’époque, où le malaise des banlieues et l’Amérique d’en-bas y sont chantés de manière décalée dans un décors de carton pâte et où le rêve américain (avoir une belle machine à laver, une tondeuse, une maison et une télévision) y est personnifié de manière irrésistible. Le choix d’une comédie musicale dans un style rock’n’roll des années 60 ajoute un côté kitch particulièrement savoureux, même si on peut regretter que le personnage de Audrey soit surfait. L’adaptation française des textes chantés est d’ailleurs - c’est suffisamment rare pour le souligner - presque meilleure que la version originale.
Dans cette version de Frank Oz, l’expressivité des visages semble avoir été particulièrement travaillé. Le rôle du dentiste sadique qui se shoot à l’oxygène a été magnifié par Steve Martin un artiste comique aux mimiques et attitudes absolument tordantes. Autre personnage essentiel du film : la plante. Audrey II parait presque vivante. 15 000 feuilles faites à la main, 600 mètres de tige et 18 kilimètres de câbles. Le tout animé par une cinquantaine de personnes. Il est probable qu’aucun effet spécial avec la technologie numérique d’aujourd’hui ne pourrait conférer à cette Audey II un caractère aussi bien trempé. A côté d’elle, Gollum dans « Les seigneur des anneaux » peut s’apparenter à de l’effet spécial de série B !
« La petite boutique des horreurs » a été un succès international, bien qu’en France le film soit passé quelque peu inaperçu. Séance de rattrapage obligatoire pour les franchouillards à l’occasion de l’édition de ce DVD comprenant en prime un documentaire sur le film.