poster message en reponse
De l’art ou du cochon ? - Cyberkor - 29 mai 2009 à 15:10

ATTENTION ! Ne pas confondre la pornographie sexocapitaliste et la post-pornographie queer.

Des artistes comme Tom de Pékin sont les premiers à dénoncer ce que tu décries à juste titre, voilà pourquoi ils créent des représentations sexuelles qui ne sont ni commercialisables, ni rentables sur le "marché du sexe" pour reprendre l’expression de Gayle Rubin. En effet, des études (la dernière de Beatriz Preciado notamment) ont montré que la pornographie qui rapporte de l’argent est celle qui parvient à faire éjaculer les hommes, jouant avec des stimulations organiques et les phénomènes de manque. Or on ne peut pas dire que la post-pornographie de Tom de Pékin fasse éjaculer qui que ce soit, même si ces images peuvent avoir un attrait sexuel certain. Le sexe est utilisé à des fins réflexifs qui pénètrent le champs de politique grâce au vocabulaire esthétique de l’œuvre. Notamment la question de l’homophobie dans les dictatures (ici le communisme) qui paradoxalement utilisent l’homoérotisme pour valoriser la camaraderie. Réciproquement, son œuvre questionne avec impertinence les homosexuels qui, dans le passé et parfois le présent, sont pétris dans des idéologies eugénistes (hier les mouvement homosexuel du 19ème siècle qui ont inspiré Hitler, aujourd’hui les "skin head" notamment). Et puis, bien sûr, au delà du politique, chez Tom de Pékin le sexe est drôle. Son imagerie est certainement accessible à des enfants (à partir du niveau collège) qui passent la plupart de leur temps libre à dessiner des bites et des chattes dans les chiottes de l’école.

Notre société a la lourde tâche de démystifier la sexualité (arrêtons le cérémonial de l’explication plein de sérénité, soyons plus léger), surtout auprès des plus jeunes afin qu’ils ne deviennent justement pas de futur "porn-addict" chez qui l’appréhension des parents à susciter une curiosité excitée ! Notre société, si elle veut changer la misogynie, l’industrie du sexe (trafic de femmes), doit en finir avec la gêne que suscite en elle le sexe car ce comportement ne fait que renforcer le sexocentrisme qui sera excité par le malaise des représentants du pouvoir (parents, institutions, médias) et offert par le sexocapitalisme (Mc Donald du sexe). Le sexocentrisme émerge historiquement à partir de la philosophie médicale moderne du 18ème et 19ème siècle (cf. Thomas Laqueur, Robert Muchenbled et Michel Foucault) qui tendait à faire de la sexualité (notamment la sexualité féminine, cf. Marie-Hélène Bourcier sur l’hystérie) un objet de curiosité scientifique et sociale...

Premièrement : il faut changer le contenu de la pornographie qui est pensé de manière à perpétuer la consommation de sexe, notamment chez les hommes (la branlette comme consommation sexuel, la consommation sexuel comme travail sexopolitique). N’interdisons pas le porno, ne critiquons pas son existence, simplement changeons la : arrêtons de focaliser la sexualité sur les organes génitaux et l’esthétisation de l’iconographie de la sexocomplémentarité binaire/manichéenne ; c’est à dire la vérité du sexe comme relation entre un homme (consommateur)/une femme (marchandise), un pénis (acteur/spectateur)/une chatte (actrice), un excité (public)/un excitant (actrice), un pénétrant (homme)/un pénétrable (femme)... Ce que Preciado appelle, en détournant l’idéologie du capital proposé par Marx (çà devrait te plaire vu le lien que tu proposes ^^) : la "division du travail sexuel".

Deuxièmement : il faut que des hommes prennent en charge l’enseignement sexuel audio-visuel, autrement que comme réalisateur dictant une conduite sexuel à des actrices. Peu de pornographie concentre leur images sur le corps masculin, peu de pornographie ose rendre les hommes passifs... C’est un phénomène très intéressant à questionner. Les rôles doivent pouvoir s’interchanger : des femmes réalisatrices pourraient demander à des femmes actrices d’imaginer leurs fantasmes et de les réaliser avec un homme. Il s’agit là d’une autre vision du sexe, pourquoi ne pourrait-on pas multiplier les points de vue ? Cela contribue aussi à mettre de l’eau dans le vin du curieux qui n’attend généralement qu’une seule réponse à la question "comment çà se passe le sexe ?". L’obsession et la fièvre consommatrice serait alors changer en réflexion intellectuel : le sexe comme existentialisme (réflexion sur soi) à la place du sexe comme drogue dure (bite/piquouze inversée :la dose de sperme quotidienne) ! Ce type de démarches existe déjà, mais elles sont très rares car non rentables sur le plan commercial du marché sexuel principalement adressé aux hommes, je pense à des réalisatrices comme Catherine Breillat ou Félicitas Korn.

Troisièmement : je peux me tromper mais je crois sincèrement qu’il faut arrêter d’interdire les images à caractère sexuel au moins de 18 ans. Le porno devrait être considéré comme un 7ème art au même titre que les "block busters", ainsi il n’y aurait plus de mysticisme sexuel ! Le sexe ferait enfin parti des mœurs. Je sais que c’est une démarche complexe, car, pour l’instant, voir du sexe jeune peut être choquant (voir même traumatisant) du fait qu’il n’en a encore jamais vu. Mais il faut alors se demander pourquoi c’est choquant ? Parce que c’est obscène ? Je réponds moralisme, l’obscénité n’est qu’une notion fabriquée par la culture, en aucun cas elle n’émane naturellement. De toute manière, les enfants ont accès à la pornographie de plus en plus tôt, vous croyez que c’est dur de cliquer sur "j’ai plus de 18 ans - j’entre", vous croyez qu’il ne voit pas les rayons X des librairies ? En fait, si l’on devait définir le choquant, on pourrait dire que c’est qui n’a encore été jamais vu (une agression psychologique excitée par une "rupture cognitive", autrement appelée "l’ignoranc"e), c’est toujours comme çà. Alors peut-être que c’est le rapport à l’inédit qui est à revoir. J’ai pu constater que très jeunes les enfants ont des conceptions normatives, çà veut dire qu’il y a un gros problème éducatif, en effet cela montre que l’on éduque nos enfants (je ne parle pas seulement des parents, je vise aussi les médias) sur la base de la discrimination (le procès de l’autre dans son être ou son activité) or il faut fonder une éducation sur la prise de parole et l’écoute de l’autre. La curiosité doit servir une ouverture d’esprit et non une obsession à transgresser les tabous. Voilà d’où provient le problème de la pornographie actuelle, elle s’amuse avec "la mauvais éducation" (cf. Pedro Almodovar) et la malformation de la curiosité des hommes en devenir (qui intègre très vite le système phallocratique par la réalisation du "complexe d’œdipe"qui est sournoisement décrit par la psychanalyse comme naturelle et qu’il est en réalité une sexopolitique culturellement conçue, la première forme de trafic de femmes transmis du père au fils), donc il faut penser une réforme du rapport à l’inédit et à l’ignorance (qui doit être enseignée comme un défi de compréhension/tolérance, et non comme une part d’intimité à préserver ou à exciter) pour obtenir un autre système de pensée moins "choquable" chez les plus jeunes.

Cyberkor


#23237