Ah bon, parce que le statut d’administrateur donne forcément le droit d’avoir accès aux comptes des employés, à leurs boites mails (point d’interrogation : mon p i ne fonctionne que quand il a envie, pardon pour la lecture) Ben bravo. Peut-être que les droits et obligations de l’administrateur de cet établissement devraient être redéfinis non ?
En fait, c’est plus compliqué que ça. Et c’est typiquement un problème lié à une société informatisée. Dans un système de comptes mails, vous avez forcément un administrateur de comptes. Il a un rôle technique, par exemple vous dépanner si vous avez perdu vos mots de passe. Pour simplifier les choses, on délègue localement ces droits d’administration. L’administrateur est ainsi proche des administrés. Il lui est possible d’accéder aux contenus des boites. Il ne le fait pas forcément. C’est comme si quelqu’un avait un passe qui ouvre toutes les boites au lettres physiques et tous les courriers qui arrivent dans un quartier. Ce n’est pas parce qu’il peut le faire qu’il le fera. Et s’il le fait, il faut qu’il intervienne avant que vous ayez vous-mêmes relevé votre courrier.
Revenons à l’informatique et au courrier électronique : souvent les gens ne connaissent pas les pouvoirs de l’administrateur de comptes. Et s’ils n’utilisent pas un client de messagerie, qui rapatrie et traite leur courrier électronique sur leur machine, ils laissent sur le serveur l’ensemble de leur correspondance électronique.
Le danger vient de cette méconnaissance. On devrait les avertir, 1) qu’il y a un administrateur qui a pouvoir de voir le contenu de leurs boites 2) qu’il est plus prudent de travailler avec un client de messagerie plutôt que de laisser traîner du courrier sur un serveur.
L’informatique, c’est bien pratique, mais ça a des inconvénients et ça nécessite des connaissances techniques minimales. Sinon, ce sont les gens qui ont le savoir (et dans le cas de figure, le pouvoir également) qui renforcent encore leurs pouvoirs. Et tout ça c’est lié à la dématérialisation de l’information. Autrefois, pour pirater le courrier de quelqu’un, il fallait lui piquer les clés de sa boite aux lettres, utiliser la vapeur, ça laissait des traces et c’était pas pratique. Aujourd’hui, on peut considérer, outre les pouvoirs d’un administrateur supposé malveillant et qui n’aurait que ça à foutre, que toute information numérisée qui circule sur le réseau peut être interceptée et piratée, si on n’emploie pas des procédures compliquées de chiffrage etc. Et sans laisser aucune trace. Les écoutes téléphoniques du Canard Enchaîné, c’est aujourd’hui de la préhistoire.
Là-dedans, il se rencontrera peut-être des gens malveillants qui pourront utiliser de nouveaux pouvoirs, d’autant qu’ils sont souvent largement ignorés. Et là, il y a un gros boulot d’information des gens à faire. Mais il y a surtout des systèmes d’information qui — en eux-mêmes — ne garantissent rien du tout en terme de confidentialité. C’est une boite noire maîtrisée par des techniciens, ou par ceux qui maîtrisent les techniciens. Plus la technique nous rend service, plus nous sommes liés à elle, et plus donc la technique nous menace. C’est ainsi. Et c’est aussi le problème de Google. Et dans ce sens, Mister K a raison d’orienter l’attention sur le système lui-même plutôt que sur l’un de ses acteurs.
Comme ça la direction de la boite a la garantie que les vilains syndicats ne pourront rien communiquer aux employés. Et que même l’employé va par prudence ne pas lire l’eventuel courrier syndical qu’un syndicat aura envoyé," bravant la prudence. "
Bah ... c’est pas forcément la meilleure technique. La meilleure technique, c’est de laisser les syndicats informer. Pis les laisser organiser de grosses manifestations comme l’an dernier, qui ne débouchent sur rien ... parce que de toutes façons il n’était pas prévu qu’elles débouchent sur quelque chose. On canalise la colère ... et on ne fait ... rien. Largement plus efficace.
Donc, je finis par échanger avec mes correspondants des photos de petits chats dans diverses positions, et aller acheter sur internet des chapeaux , par exemple. C’est plus prudent...
Pas forcément. Relire La lettre volée d’Edgar Poe. Si on se cache, on est suspect. Il faut jouer fin. Montrer ce qu’on veut montrer (parfois en faisant croire qu’on cache, ou en faisant croire qu’on ignore que l’autre sait), et cacher ce qu’on veut cacher. Tout système a ses failles. La prudence, c’est jamais qu’un autre nom de l’intelligence stratégique.