Bienvenue à la garderie des fainéants !
C’est décidé ! Je m’inscris à l’ANPE pour voir comment ça se passe, « en vrai ». Je me casse de mon job merdique et j’arrive dans le monde fantastique des fainéants qui ne veulent rien foutre et qui piquent l’argent des honnêtes gens qui, eux, travaillent (enfin, disons qu’ils ont un salaire). Première étape avant d’atteindre le nirvana des fainéants payés à ne rien foutre : la pré-inscription à l’Assedic.
Le lundi 22 août, jour de mon premier jour officiel de chômage, je me connecte sur le site de l’Assedic. Une inscription par internet m’évite de voir trop tôt des têtes de cons. Je suis résolu à procéder méthodiquement et en douceur afin que mon équilibre psychique ne sois pas perturbé. Et que je ne sois pas trop vite traumatisé par la vision de la connerie administrative étatique. En quelques minutes et sans aucune difficulté (à part retrouver ma carte d’assuré social !), je m’inscris et imprime mon dossier. On me signale que je vais recevoir une « convocation » par e-mail pour confirmer mon inscription. Ça commence mal. Qu’est-ce que c’est que ce terme de convocation ? Ai-je fait quelque chose de mal ? L’Assedic est-il un tribunal ou un commissariat de police ? Ils ne peuvent pas simplement « fixer un rendez-vous » ? Allez, disons que ce n’est qu’un détail sans signification et que ce n’est pas une manière de prendre le chômeur pour une sous-merde avant même son inscription définitive. Les gens qui travaillent dans ce bastringue ne doivent pas être des lumières, je les imagine déjà un peu rustres et blasés.
Ne pas oublier d’être ponctuel. Le lendemain, comme promis je reçois un e-mail avec ma « convocation » fixée au vendredi 26 août 2005 à 11h20. Il est précisé : « merci par avance d’être à l’heure », en lettres capitales. Soit. Ça tombe bien, je suis ponctuel par nature. Sauf que lors de l’inscription, il m’a été demandé si je souhaitais être « convoqué » le matin ou l’après-midi. J’avais choisi l’après-midi. Mauvaise pioche. C’est un peu comme lors d’épreuves orales, lorsque l’examinateur vous demande de choisir votre sujet afin de vous en donner un autre, histoire de bien vous faire chier. Un autre détail me chiffonne un peu : il m’est demandé de me présenter avec l’attestation Assedic de mon employeur et le « solde de tout compte ». Sauf que mon employeur n’est pas -loin s’en faut - un modèle de rigueur. Il est plutôt du genre à avoir besoin de vous tout de suite, « en urgence », mais à vous faire patienter plus que de raison lorsque vous avez besoin de lui, « parce que si c’est urgent, c’est parce que vous avez mal planifié votre travail »...
La méthode Giscard : "au revoir !" Allez, je ne résiste pas à l’envie de vous narrer les conditions de mon départ. C’était il y a plusieurs mois, le vendredi 27 mai, au lendemain de l’organisation d’un concert. Avec mon collègue, nous avions eu écho de commentaires selon lesquels nous aurions laissé le hall d’accueil dans un état « dégueulasse ». En fait, un verre de jus d’orange était tombé par terre. Nous avions essuyé mais le sol était encore un peu collant. Direction le bureau du directeur pour lui faire part de nos doléances. Mon collègue lâche son fiel noirâtre. J’en fais de même : je fais remarquer les conditions lamentables d’organisation, j’observe que le document de validation d’organisation n’a été signé par le directeur que la veille du concert et donc que les services administratifs n’ont pas eu le temps d’appliquer mes recommandations : installation d’une scène, coupure de l’alarme, achat de boissons non alcoolisées (dénichées en catastrophe par la bonne volonté de l’intendant) et tout le toutim. Le directeur nous répond que ses propos nous ont été mal rapportés et que tout ça n’est qu’un regrettable « problème de communication ». Oui, c’est vrai, nous devrions avoir l’habitude depuis le temps ! Très convaincu par la réponse, mon collègue lui annonce son départ à la retraite et moi, je lui annonce mon départ, tout court. Ça fait longtemps que cela me démangeait.
Là-dessus, un peu surpris quand même, le directeur me demande de lui rédiger très vite un courrier confirmant mon intention de partir afin qu’il puisse lancer « une procédure de recrutement » pour me remplacer au plus vite afin de ne pas perturber l’organisation (déjà bordélique) de l’établissement. Ce que je fais très consciencieusement. Je ne voudrais surtout pas culpabiliser et être considéré comme un "perturbateur". Le 31 mai je lui remets un joli courrier dans lequel je l’informe que ma collaboration avec lui s’arrêtera le 21 août 2005, c’est-à-dire à la fin de mon contrat que je ne souhaite pas renouveler. Voilà qui laisse tout de même une marge de près de trois mois pour me trouver un remplaçant... et me transmettre les documents nécessaires afin que je puisse m’inscrire à l’ANPE. Au dernières nouvelles (22/08/2005) aucune « procédure de recrutement » n’est lancée alors que la rédaction des documents qui devraient me permettre d’avoir l’immense privilège d’entrer dans la plus grande entreprise de France sont toujours « en cours de rédaction ».
Panpan-cul-cul au méchant patron ! Le compte à rebours est lancé. Les services de l’Assedic m’indiquent que mon employeur a l’obligation de me transmettre « de manière urgente » les documents nécessaires. Il a pour cela cinq jours ouvrables à partir de la date de mon inscription. Sinon : panpan-cul-cul pour le King qui aura des nouvelles musclées de l’Assedic... et de l’inspecteur du travail. Enfin bon, quand vous avez à faire avec une bande de guignols (qui se prennent très au sérieux en plus !) aussi peu professionnels, vous n’avez qu’une envie : quitter ces ringards, aller voir ailleurs et regarder le navire couler au loin, bien au chaud à l’ANPE.
La suite au prochain épisode. Arriverai-je à l’heure pour la « convocation » Assedic ? Le pauvre malheureux ou la triste donzelle qui me recevra pour s’occuper de mon dossier me recevra-t-elle à l’heure ? Mon employeur me remettra-t-il mes documents avant cinq jours ouvrables ? Est-ce que l’Assedic m’indemnisera suffisamment pour que je puisse m’acheter une poupée gonflable siliconée et moulée à 6000 euros comme celle que j’ai vu la veille à la télévision dans le film « Monique » sur M6 et qui me fait drôlement envie ? Ne manquez pas la suite du feuilleton réel de la vraie vie merdique des vrais gens. Mieux que « La ferme », mieux que « Loft Story », mieux que « Star Academy ». Endemol, file moi ton pognon, j’ai un nouveau concept...
– Un espion à l’ANPE - Episode 1
– Un espion à l’ANPE - Episode 2
– Un espion à l’ANPE - Episode 3
Les épisodes suivants de notre série à succès se trouvent sur notre chaine satellite : http://espion-anpe.blogspot.com/