PdB : le rapport « tabou » de la Cour Régionale des Comptes
A l’occasion du 30ème anniversaire du "Printemps de Bourges" L’Agitateur vous livre le rapport de la Cour Régionale des Comptes de 1999 que personne n’a osé publier, médiatiser et commenter à ce jour. Au-delà du contenu accablant, il apparaît choquant de constater qu’un rapport public d’une telle gravité soit passé presque inaperçu. Voila qui ouvre la question du respect de la démocratie, de la liberté de la presse et de la transparence de nos institutions...
Puisque tous les politiques de Droite ou de Gauche avouent ne pouvoir influer sur le PdB, laissant penser que cette organisation est invincible, nous publions la totalité de l’enquête menée en 1997 par la Cour Régionale des Comptes (rendue publique le 7 janvier 1999), sur la direction de ce festival qui écrase tout sur son passage. A l’époque, la presse locale avait fait passer pour anecdotique ce rapport tenant un discours se résumant en une brève : « Un rapport sévère mais qui ne remet pas en cause le PdB qui, soyons certains, saura se sauver de son déficit ». Un rapport officiel qui est sans concession et nous livre toute la lumière sur la « nébuleuse » des sociétés et associations du PdB de cette époque... Qui, sachez-le, a encore étendu son Empire vers les médias tels que Canal + et consors.
Avant de vous livrer un résumé de ce rapport, (nous vous proposons en fichier joint à télécharger, l’intégralité de ce rapport), nous tenons à signaler aux lecteurs que les révélations sur les procédés de la « Holding Société Colling » sont totalement contraires aux contenus des chansons à messages délivrées par les artistes du PdB sur l’exigence de liberté, d’honnêteté et de justice sociale...Que l’on pense aux textes de Higelin, de Cali, de Mickey 3D, de Bénabar... Sans parler des Ferré, Magny, Béranger...Y a de quoi frémir ! Consommateurs du PdB, devenez acteur et jugez ce à quoi vous adhérez en venant au PdB. Nous vous demandons la même démarche que celle prônée par le commerce éthique : consommez en toute connaissance de cause !
L’Empire du PdB et son système...
– La « nébuleuse PdB » :
L’emploi du terme de « nébuleuse » ne vient pas de L’Agitateur. Il vient de la Cour Régionale des Comptes, en personne, dès l’introduction du rapport : « L’impact de cette manifestation repose sur des financements publics apparemment minoritaires, au regard des recettes propres. Toutefois, la société appuyée sur une nébuleuse de structures privées où se trouve représenté le fondateur du festival n’a pas su retrouver un équilibre financier à l’issue du plan de redressement de 1991. »
L’Empire est considérable et a été mis en place patiemment par l’organisation. La Cour insiste dans son enquête sur la Holding financière qui rend opaque toute analyse. Pour résumer, l’Empire en 1997 comprenait les sociétés : SP Colling SARL, holding financière du groupe, dont Daniel Colling détient personnellement 99 % des parts, « Le Printemps de Bourges », « Coulisses », Speedi (première appellation de S.A. Daniel Colling Productions dite "D.C.P."), collectif (SNC) La Villette, société « Bleu Citron » et enfin la société Argos. Second volet de l’enquête de la cour : la nébuleuse des associations comprenant un nombre impressionnant de titres évocateurs : l’association « Réseau Printemps », « Tam Tam France », « Germinal », « Les Amis du Printemps de Bourges »...
Evidemment, cet état des lieux étant de 1997, le nombre d’associations a considérablement augmenté sans compter les nouveaux partenariats qui induisent des parts de marché très juteuses... La description de l’Empire serait incomplète si, comme le souligne le rapport de la Cour Régionale des Comptes, la holding possède la gestion des Zéniths de Paris et de Province : « Or, le fondateur du festival, outre ses fonctions de gérant de la SARL « Le Printemps de Bourges », est également, président de l’association Réseau Printemps, qui organise les sélections des découvertes du « Printemps de Bourges », président-directeur général de la SA Daniel Colling Productions, société de production de spectacles qui a produit notamment le spectacle de Jacques Higelin au « Printemps de Bourges » et inventeur des salles Zénith, dénomination commune à près de dix lieux de spectacles, à Paris (où il est partie prenante à la gestion) comme en province. »
– Comment capter l’argent public et le reverser sur des sociétés privées :
Pourquoi ce système complexe a t-il été mis en place ? Pourquoi cette nébuleuse ? Le rapport insiste sur le système de refacturation : « La chambre, pour sa part, constate que ces sociétés et associations, dans lesquelles le fondateur du festival joue un rôle manifeste, bénéficient de refacturations des frais de la SARL « Le Printemps de Bourges » pour des montants s’élevant à 3 millions en 1991, 3,6 millions en 1992, 3 millions en 1993, 3,5 millions en 1994, 3,7 millions en 1995 et 3,4 millions en 1996, soit 11,5 % des dépenses d’exploitation. Les refacturations représentent ainsi le troisième poste de dépenses derrière les frais de personnel (26 %) et les achats de spectacles (18 %) ». En clair et pour parler plus simplement, le système consiste à facturer et à refacturer des frais à ses propres sociétés ou associations.
Mais alors, pourquoi les associations ? Comme l’affirme l’enquête, les collectivités publiques gérées par les politiques de Droite comme de Gauche ne peuvent verser des aides publiques (nos impôts) à des sociétés privées. Les associations sont ainsi mises en place pour permettre de capter ces finances publiques... pour être à nouveau clientes des sociétés privées de la même Holding qui facturent leurs services : la boucle est bouclée... ce système appelé « externalisation » des services touchent tous les secteurs du PdB : l’externalisation des frais techniques, l’externalisation des frais artistiques, L’externalisation des frais de direction générale et de structure, l’externalisation des charges vers diverses sociétés et associations liées.
– Bourges-Paris... Paris-Bourges... :
Le PDB est-il berruyer ou parisien ? La question se pose et il n’y a pas que M. Narboux qui s’interroge. La Cour Régionale des Comptes s’était penchée elle aussi sur ce problème étonnant : « Une partie des frais de déplacement du fondateur du festival sont pris en charge mensuellement par la société SP Colling SARL, holding financière du groupe, dont Daniel Colling détient personnellement 99 % des parts. Cette société refacture tous les mois au Printemps de Bourges la moitié des frais de déplacements payés à Daniel Colling, soit 19 290 F en 1994, 104 403 F en 1995 et 81 917 F en 1996. » La chambre observe que les factures adressées par la société SP Colling SARL à la SARL « Le Printemps de Bourges » ne sont pas accompagnées des pièces justificatives des déplacements visés, et ne font pas, à défaut, référence à une convention forfaitisant la prestation. Il a été précisé à la chambre que l’essentiel des dépenses en cause, soit 80 % des frais de déplacement, correspond, en fait, à des frais de déplacement en véhicule, facturés sur la base forfaitaire de 50 aller et retour Paris/Bourges, soit 25 000 Km par an ».
– En plein déficit, des retraites astronomiques :
Hilarant ou bien désespérant ? Si les faits décrits laissent pantois ceux qui se rappellent l’esprit contestataire des débuts du PdB, ils seront édifiés par cette découverte toujours aussi étonnante de la Cour des Comptes sur le thème majestueux de la fin de vie, c’est-à-dire des contrats « Avenir, retraite, investissement sans garantie décès »...
Comme quoi, les Dieux créateurs du PdB sont immortels. Ainsi, la Cour relève que : « Ces deux contrats, ‘‘avenir retraite investissement sans garantie décès’’ ont été souscrits au bénéfice de ses deux dirigeants, MM. D. Colling et F. Clavel, pour une durée de seize ans. A terme, soit le 31 juillet 2011, ces contrats dont les primes sont versées par la SARL, garantissent aux deux bénéficiaires, soit le versement d’un capital, soit le paiement échelonné dudit capital, c’est-à-dire une rente viagère pour une durée de dix ou quinze ans, avec garantie successorale à hauteur de 128,54 % du capital. Le capital garanti s’élève à 874 636 F pour M. F. Clavel et 693 641 F pour M. D. Colling, les cotisations trimestrielles versées par la SARL s’élevant respectivement à 12 431 F et 9 859 F. Sur la durée de vie des deux contrats, le total des primes payées par la société s’élèvera donc à 1 426 560 F. A ces contrats, s’ajoutent deux ‘‘conventions d’indemnité de départ en retraite’’, souscrites auprès des mêmes assurances (AGF), à la même date et pour la même durée. Ces conventions prévoient le versement d’un capital de 240 000 F à chacun des deux dirigeants. Les cotisations trimestrielles s’élèvent à 3 412 F pour chacun, soit un total de 436 736 F sur la durée du contrat. Au total, ces cotisations représentent 116 456 F par an, soit 1 863 296 F sur seize ans. »
Plus loin, la Cour Régionale des Comptes s’énerve plus sérieusement : « La chambre s’étonne qu’une société déficitaire et en redressement judiciaire consente des avantages aussi importants à ses dirigeants. Elle rappelle que la SARL fonctionne largement grâce aux subventions publiques qui représentent plus d’un tiers de ses produits d’exploitation auxquelles s’ajoutent diverses prestations en nature. » Retraités de tous les pays, de la France, de la Région, du Département et de Bourges, réjouissez-vous ! La retraite, ça rapporte !
Conclusion :
Depuis 1997, les choses ne se sont guère améliorées. Le PdB n’est plus déficitaire, alors imaginez... Quelquefois à l’Agitateur, on se demande pourquoi la Presse, les Politiques, enfin bref, les puissants n’ont jamais réagi et surtout, ne veulent toujours pas réagir devant ce rouleau compresseur du PdB. Et les artistes dans tout ça ? Ils continuent à chanter sans se poser de questions. Quelle valeur accorder à leurs messages si exigeants à propos de l’Afrique, des sans papiers, des sans abris, les damnés de la Terre, des sans Travail... et des sans concerts ! Le « Chaos » social avait soulevé la problématique de l’injustice sociale causée par le Gouvernement... en oubliant qu’ils étaient sous un chapiteau généreusement prêté par un PdB rigolard et toujours aussi nanti.
Observations définitives de la chambre régionale des comptes sur la gestion de la société à responsabilité limitée « Le Printemps de Bourges ».
Pour ceux qui n’en croiraient pas leurs yeux : nous mettons a votre disposition en fichier joint au format pdf, l’intégralité du rapport de la Cour Régionale des Comptes. Pour les lecteurs attentifs mais pressés, nous avons mis en gras les passages édifiants de l’enquête... Y’a de quoi frémir !
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Illustration : "Ma bite elle Bourges" ; détournement de l’affiche officielle du Printemps de Bourges 2006. Document envoyé par un lecteur.


