TNT ou TNA ?
La télé qui marche pas ou mal, c’est un gros sujet de préoccupation des Berruyers en ce moment, si l’on en croit les nombreux articles dans la presse locale. Et donc un sujet de préoccupation des élus : ne voilà-t-il pas que Ph Bensac, adjoint au maire de Bourges, somme TDF [1] d’augmenter la puissance de ses émetteurs. Si c’est Bensac qui l’ordonne, ça devrait pas moufter, à TDF !
Mais regardons ça de plus près. Sous le titre « TNT : les ondes aléatoires » il commence par nous dire que l’émetteur des chaînes publiques manque de puissance. Pas de bol, les émetteurs de toutes les chaînes de télé ont la même puissance en haut du pylône de Neuvy-Deux-Clochers [2].
Ensuite, il nous dit tout sur la propagation des ondes hertziennes. Un vrai puits de science, ce Bensac. Sauf que c’est juste un magnifique copié-collé d’un article de Wikipédia. Passons. On peut pas à la fois être spécialiste du TGV et de la TNT. Suit le conseil d’un antenniste (pas trouvé ce mot dans mon dico) professionnel pour régler son poste.
Et hop-là ! Y’avait un problème de télé, Bensac s’occupe de tout. Elle est pas belle la vie ? Sauf qu’il passe sous silence les vraies raisons qui font que la TNT c’est souvent TNA. Et celles-là ne sont pas techniques, mais politiques.
Auparavant (je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître), TDF était une entreprise de service public au service du public. C’est à dire qu’elle devait se donner les moyens de faire parvenir la télé partout sur le territoire, et par tous les temps. Pour cela, les ingénieurs de TDF avaient convenu que les émetteurs des chaînes publiques à Neuvy-Deux-Clochers devaient faire 50 kW de puissance [3]. Beaucoup trop en temps normal (99% du temps), mais nécessaire quand les conditions météo ou autre rendaient difficile la propagation des ondes (1% du temps).
A la fin des années 80 [4], le premier gouvernement de cohabitation de droite a décidé que le monopole public c’était ringard, qu’il fallait vendre TDF. C’est France Télécom qui récupéra le morceau. Quelques années plus tard (1997), France Télécom fut privatisée par les mêmes ayatollahs de la concurrence libre et non faussée. Encore un peu plus tard, la bulle internet péta à la figure de France Télécom, qui fut contraint de vendre des bijoux de famille pour se renflouer. Le réseau d’émetteurs de l’ex TDF se retrouva aux mains de fonds de pension étrangers (actuellement l’écossais Charter House et l’américain Texas Pacific Groupe). Voilà comment la droite, en quelques années, a dépouillé les Français d’un réseau d’émetteurs dont ils étaient propriétaires puisqu’ils les avaient entièrement payé avec leurs impôts. Ce principe de spoliation du bien public par la droite est bien connu [5], et a été reproduit dans de nombreux domaines.
Mais quel rapport avec la télé qui marche mal à Bourges ? Ben c’est pas dur à comprendre. Dans la logique « service public » on se donne les moyens pour servir le public 100% du temps, comme expliqué plus haut [6]. Dans le privé, la seule logique est la rentabilité [7]. Et pour être rentable, il faut économiser sur tout ce qui est possible d’économiser. Le premier poste de dépense des émetteurs, c’est la consommation électrique. Si, par exemple, on peut fournir un service qui marche 99% du temps en divisant la puissance des émetteurs par deux [8], la tentation est grande et une entreprise privée fait immédiatement ce choix. Et tant pis pour le 1 pour cent qui reste, les usagers - les clients, pardon - n’auront qu’à se plaindre au propriétaire de l’entreprise privée, c’est à dire au fond de pension, c’est à dire, en fin de compte, le retraité américain ou écossais.
Si vous connaissez l’adresse de l’un d’entre eux, donnez-la à Bensac pour qu’il lui explique que ça peut pas durer comme ça…
PS : Ces informations viennent d’un technicien de TDF qui s’est fait virer comme un malpropre l’an dernier après avoir passé plus de 30 ans dans l’entreprise. Viré avec 350 autres pour améliorer la rentabilité de TDF. Au dernières nouvelles, et ne retrouvant bien évidemment pas de travail, il envisage de changer de métier et de se mettre à son compte... Pour en savoir plus sur la situation sociale de TDF, consulter le site Sauvons TDF.
[1] Télé Diffusion de France. En savoir plus avec Wikipedia
[2] Sauf l’emetteur des chaînes en HD qui est un peu moins puissant . Mais le problème n’était pas sur les chaînes en HD
[3] 50 kW, c’était la puissance des émetteurs de TF1, Antenne 2 et FR3 à l’époque. Les nouvelles chaînes privées, pour des raisons d’économies, s’étaient contentées de 10 kW. Déjà, à l’époque, la réception de ces chaînes était un peu aléatoire à cause de la moindre puissance des émetteurs…
[4] loi du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication, dite loi Léotard.
[5] Les socialistes ne sont pas en reste en ce qui concerne les privatisations. C’est même sous le gouvernement Jospin qu’ont eu lieu le plus de privatisations des biens publics
[6] Même s’il restait des problèmes, comme par exemple le quartier d’Auron qui a toujours eu des difficultés de réception
[7] Et la rentabilité de la station de Neuvy a incroyablement progressé. A l’époque du service public, il n’y avait que 5 clients : TF1, Antenne 2, FR3, Canal + et la Cinquième. Aujourd’hui, c’est 19 chaînes de télé qui payent leur obole à TDF pour se faire diffuser. Une manne qui, sans la privatisation, irait dans les poches de l’Etat, donc de vous et moi. Au dernières nouvelles les retraités écossais et américains ne se plaignent pas de la situation…
[8] En fait, la baisse de la puissance des émetteurs de télé a été beaucoup plus drastique. En effet la TNT, en dehors du fait qu’elle permet de faire passer plusieurs chaînes dans un même émetteur (multiplexage), présente le gros avantage de nécessiter en théorie des émetteurs moins puissants. A Neuvy, ils sont de 4kW, soit 12,5 fois moins ! Même si la technologie progresse, ça fait quand même pas beaucoup par rapport à ce qu’il était nécessaire avant. Pas étonnant que des fois ça coince...
Attention, on parle ici de puissance nominale, et non pas de puissance apparente rayonnée (puissance nominale x gain de l’antenne)