L’Inde au corps ? D’accord !

dimanche 30 octobre 2016 à 12:26, par Mercure Galant

La photographe Mireille-Joséphine Guézennec, propose actuellement une exposition ayant pour titre "L’Inde et le corps en puissance - Imaginer le corps et le corps imaginaire" . Cet événement se déroule à la Cité de l’Or à Saint-Amand-Montrond.

L'Inde au corps ? D'accord ! Déjà interviewée par l’Agitateur en 2015, Mireille Joséphine Guézennec est connue en Inde sous le nom d’ Himabindu, "La fille des Himalayas". Philosophe de formation, elle parcourt ce vaste pays depuis de nombreuses années, et y a étudié le sanskrit, le Véda et les danses sacrées. Auteur de plusieurs ouvrages sur Bénarès-Varanasi et sur le Gange, elle a reçu plusieurs prix de photographies internationaux.

Les images captées par Himabindu vous transporteront dans un voyage spirituel et initiatique, à la découverte de la beauté des corps, statufiés ou vivants, parés pour les fêtes ou la danse ou dans le quotidien si complexe - à nos yeux d’occidentaux - de la société indienne. Et si vous avez la chance de la croiser lors de votre passage, vous pourrez peut-être bénéficier d’une visite commentée passionnante et instructive de la photographe qui aime à partager sa passion de l’Inde.

"En Inde, la tradition dit que le corps est doté de pouvoirs. Il est un microcosme, reflet parfait du grand univers, le macrocosme. Le corps possède un potentiel inné et incroyable, tel que révélé par les textes rituels, les croyances, les rites et les fêtes qui rythment la vie de chaque être. Par la connaissance et la pratique du yoga, l’énergie vitale, ou prana, notre lien avec le cosmos insuffle une puissance au corps."

L’art des danses sacrées évoque les mythes, les histoires fondatrices, et raconte les grandes épopées de l’Inde. Les postures gracieuses des danseuses d’Odissi ou les magnifiques tenues des artistes de Kathakali sont une ode à ces mythes. De même, tous les rituels, les symboles, les ornements et les bijoux qui ornent le visage et les membres sont beaucoup plus que des embellissements. Au-delà de leur dimension esthétique, ces ornements ont une fonction symbolique. Ils reflètent l’orientation religieuse, ainsi que les valeurs spirituelles, sociales et culturelles qui donnent au corps profane une âme : « son essence sacrée ».

Inaugurée le 1er Octobre, cette superbe exposition, placée sous le haut patronage de l’Ambassade de l’Inde, ainsi que sous le patronage de la Commission nationale française pour l’Unesco s’inscrit dans le cadre du Festival "Namasté France" et de l’année de l’Inde en France. Elle se poursuit jusqu’au 31 Décembre 2016 à la Cité de l’Or. Tarif d’entrée 3 €


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Suprématie - bombix - 1er novembre 2016 à 12:30

Lorsque les trois grands dieux eurent dans un cachot
Mis les démons, chassé les monstres de là-haut,
Oté sa griffe à l’hydre, au noir dragon son aile,
Et sur ce tas hurlant fermé l’ombre éternelle,
Laissant grincer l’enfer, ce sépulcre vivant,
Ils vinrent tous les trois, Vâyou le dieu du vent,
Agni, dieu de la Flamme, Indra, dieu de l’Espace,
S’asseoir sur le zénith, qu’aucun mont ne dépasse,
Et se dirent, ayant dans le ciel radieux
Chacun un astre au front : " nous sommes les seuls dieux !"

Tout à coup devant eux surgit dans l’ombre obscure
Une lumière ayant les yeux d’une figure.

Ce que cette lumière était, rien ne saurait
Le dire, et, comme brille au fond d’une forêt
Un long rayon de lune en une route étroite,
Elle resplendissait, se tenant toute droite.
Ainsi se dresse un phare au sommet d’un récif.
C’était un flamboiement immobile, pensif,
Debout.

Et les trois dieux s’étonnèrent.

Ils dirent :

"Qu’est ceci ?"

Tout se tut et les cieux attendirent.

"Dieu Vâyou, dit Agni, dieu Vâyou, dit Indra,
Parle à cette lumière. Elle te répondra.
Crois- tu que tu pourrais savoir ce qu’elle est ?

— « Certes »,

Dit Vâyou. « Je le puis ».

Les profondeurs désertes
Songeaient ; tout fuyait, l’aigle ainsi que l’alcyon.
Alors Vàyou marcha droit à la vision.
« Qu’es- tu ? » cria Vâyou, le dieu fort et suprême.
Et l’apparition lui dit : « Qu’es- tu toi- même ? »
Et Vàyou dit : « Je suis Vâyou, le dieu du Vent

— Et qu’est- ce que tu peux ?

— Je peux, en me levant,
Tout déplacer, chasser les flots, courber les chênes,
Arracher tous les gonds, rompre toutes les chaînes,
Et si je le voulais, d’un souffle, moi Vâyou,
Plus aisément qu’au fleuve on ne jette un caillou
Ou que d’une araignée on ne crève les toiles,
J’emporterais la terre à travers les étoiles. »

L’apparition prit un brin de paille et dit :
« Emporte ceci. »

Puis, avant qu’il répondit,
Elle posa devant le dieu le brin de paille.

Alors, avec des yeux d’orage et de bataille,
Le dieu Vàyou se mit à grandir jusqu’au ciel,
Il troua l’effrayant plafond torrentiel,
II ne fut plus qu’un monstre ayant partout des bouches,
Pâle, Il démusela les ouragans farouches
Et mit en liberté l’âpre meute des airs ;
On entendit mugir le simoun des déserts
Et l’aquilon qui peut, par- dessus les épaules
Des montagnes, pousser l’océan jusqu’aux pôles ;
Vâyou, géant des vents, immense, au- dessus d’eux
Plana, gronda, frémit et rugit, et, hideux,
Remua les profonds tonnerres de l’abîme ;
Tout l’univers trembla de la base à la cime
Comme un toit où quelqu’un d’affreux marche à grands pas

Le brin de paille aux pieds du dieu ne bougea pas.

Le dieu s’en retourna.

« Dieu du vent, notre frère,
Parle, as- tu pu savoir ce qu’est cette lumière ? »

Et Vâyou répondit aux deux autres dieux : « Non !

— Agni, dit Indra ; frère Agni, mon compagnon,
Dit Vâyou, pourrais- tu le savoir, toi ?

Sans doute »,

Dit Agni.

Le dieu rouge, Agni, que l’eau redoute,
Et devant qui médite à genoux le Bouddha,
Alla vers la clarté sereine et demanda :

« Qu’es- tu clarté ?

— Qu’es- tu toi- même ? lui dit- elle.
— Le dieu du feu.

— Quelle est ta puissance ?

Elle est telle
Que, si je veux, je puis brûler le ciel noirci,
Les mondes, les soleils, et tout.

Brûle ceci »,
Dit la clarté, montrant au dieu le brin de paille.

Alors, comme un bélier défonce une muraille,
Agni, frappant du pied, fit jaillir de partout
La flamme formidable, et, fauve, ardent, debout,
Crachant des jets de lave entre ses dents de braise,
Fit sur l’humble fétu crouler une fournaise ;
Un soufflement de forge emplit le firmament ;
Et le jour s’éclipsa dans un vomissement
D’étincelles, mêlé de tant de nuit et d’ombre
Qu’une moitié du ciel en resta longtemps sombre ;
Ainsi bout le Vésuve, ainsi flambe l’Hékla ;
Lorsque’enfin la vapeur énorme s’envola,
Quand le dieu rouge Agni, dont l’incendie est l’âme,
Eut éteint ce tumulte effroyable de flamme
Où grondait on ne sait quel monstrueux soufflet,
Il vit le brin de paille à ses pieds, qui semblait
N’avoir pas même été touché par la fumée.

Le dieu s’en revint.

« Dieu du feu, force enflammée,
Quelle est cette lumière enfin ? Sais- tu son nom ? »
Dirent les autres dieux.

Agni repondlt : non

Indra, dit Vàyou ; frère Indra, dit Agni, sage !
Roi ! dieu ! qui, sans passer, de tout voit le passage,
Peux- tu savoir, ô toi dont rien ne se perdra,
Ce qu’est cette clarté qui nous regarde ? »

Indra Répondit :

« Oui ».

Toujours droite, la clarté pure
Brillait, et le dieu vint lui parler.

« O figure,
Qu’es- tu ? » dit Indra, d’ombre et d’étoiles vêtu.
Et l’apparition dit : « Toi- même, qu’es- tu ? »
Indra lui dit : « Je suis Indra, dieu de l’Espace.
— Et quel est ton pouvoir, dieu ?

- Sur sa carapace
La divine tortue, aux yeux toujours ouverts,
Porte l’éléphant blanc qui porte l’univers.
Autour de l’univers est l’infini. Ce gouffre
Contient tout ce qui vit, naît, meurt, existe, souffre,
Règne, passe ou demeure, au sommet, au milieu,
En haut, en bas, et c’est l’espace, et j’en suis dieu.
Sous mol la vie obscure ouvre tous ses registres ;
Je suis le grand voyant des profondeurs sinistres ;
Ni dans les bleus édens, ni dans l’enfer hagard,
Rien ne m’échappe, et rien n’est hors de mon regard ;
Si quelque être pour moi cessait d’être visible,
C’est lui qui serait dieu, pas nous ; c’est impossible.
Étant l’énormité, je vois l’immensité ;
Je vois toute la nuit et toute la clarté ;
Je vois le dernier lieu, Je vois le dernier nombre,
Et ma prunelle atteint l’extrémité de l’ombre ;
Je suis le regardeur Infini. Dans ma main
J’ai tout, le temps, l’esprit, hier, aujourd’hui, demain.
Je vois les trous de taupe et les gouffres d’aurore,
Tout ! et, là même où rien n’est plus, je vois encore.
Depuis l’azur sans borne où les cieux sur les cieux
Tournent comme un rouage aux flamboyants essieux,
Jusqu’au néant des morts auquel le ver travaille,
Je sais tout ! Je vois tout !

Vois- tu ce brin de paille ? »
Dit l’étrange clarté d’où sortait une voix.
Indra baissa la tête et cria : « Je le vois.
Lumière, je te dis que j’embrasse tout l’être ;
Toi- même, entends- tu bien, tu ne peux disparaitre
De mon regard, jamais éclipsé ni décru ! »

A peine eut- il parlé qu’elle avait disparu.

Victor Hugo, d’après la Kena Upanishad


Suprématie - Mercure Galant - 2 novembre 2016 à  16:23

Magnifique !
À apprendre par coeur pour demain...
Sinon vous me la recopierez trois fois ! ;-)

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Suprématie - Himabindu - 12 novembre 2016 à  09:04

Merci pour ce magnifique Hymne de Victor Hugo, dédié aux grands dieux de l’Inde, qui sont célébrés dans les Vedas (Vayu, Agni et Indra) et repris dans la "Kena Upanishad".
Quel souffle n’est-ce pas !..
Il faut savoir aussi que le dieu-singe Hanuman, le héros magnanime, dévot du prince Râma et de son épouse Sîtâ, est le Fils du dieu Vent (Vayu) et d’une déité singe.
Vous découvrirez Hanuman en compagnie des héros de l’Epopée du "Râmâyana" en venant visiter la belle exposition - dessins et photos- qui met en scène les deux grandes Epopées de l’Inde -" Râmâyana" et "Mâhabhârata" - à la Galerie du Phare.
... Et si j’ai le plaisir de vous y rencontrer, cher Mercure Galand, à la si belle plume, peut-être, vous réciterai-je aussi quelques textes "par le cœur"....

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