Musique

"Le culot, c’est notre état d’esprit général"

Interview du groupe Léonard
lundi 9 octobre 2017 à 07:27, par Mercure Galant

Ils sont jeunes et beaux. Elle chante et lui joue de la guitare. Dans leur dernier clip, elle se transforme en Colombine enjôleuse et lui en Pierrot lunaire. On les croirait tout juste sortis de la fête étrange du Grand Meaulnes... Très actifs sur les réseaux sociaux, ils sont sur tous les fronts pour défendre leur univers musical très personnel et ils ne comptent pas en rester là... Qui sont-ils ? Léonard bien sûr ! Le petit groupe pop berruyer qui monte qui monte...

"Le culot, c'est notre état d'esprit général"

L’Agitateur : Avant même de parler du groupe pouvez-vous nous dire à quand remonte votre intérêt pour ce qui touche à l’univers artistique ?
Lydie Baron : Ca remonte à l’enfance, j’avais une maman très ouverte à l’art. Son père était chanteur de bistrot. J’ai appris récemment que ce grand-père, que je n’ai pas connu, était tout à la fois peintre, dessinateur, et auteur de beaux textes écrits dans le maquis. C’était un artiste touche à tout. C’est un peu comme cela que je me définis moi-même aujourd’hui et c’est bizarrement une espèce de boucle que je suis en train de faire malgré moi. Cette histoire n’était pas forcément très présente dans ma famille mais cela explique peut-être mon ouverture à l’art. Mon autre coup de foudre remonte à l’âge de 7 ou 8 ans avec la découverte de Paris et plus particulièrement du musée d’Orsay. L’architecture du lieu et la visite, avec ses sculptures et ses toiles de peintres pompiers m’ont impressionnée. C’est là que je me suis dit que c’était ce que je voulais faire. En sortant, je suis allée m’acheter des gouaches ! Plus tard j’ai fait les Beaux-Arts. Je n’ai pas lâché le dessin, ni la peinture. J’avais aussi une autre passion qui était la littérature. Chez moi il n’y n’avait pas de télé et je lisais énormément. C’est comme ça que mon cheminement artistique m’a amené vers les mots, les livres et puis l’illustration jeunesse. Concernant la musique la passion est venue un peu plus tardivement, même si j’ai toujours beaucoup chanté. À 18 ans j’étais extrêmement complexée, pas bien dans ma peau, et je suis allée voir un prof de chant qui montait alors un quatuor de jazz.
L’Agitateur : Et vous Jean-Baptiste, quel fut votre parcours ?
Jean-Baptiste Prioul : À la maison, j’ai toujours été baigné dans la musique anglophone. Il y avait deux héros familiaux : Bowie, du côté de ma mère et Hendrix, du côté de mon père. J’écoutais beaucoup de musique sur des cassettes. J’avais par exemple une copie de la BO d’American Graffiti. Parfois on écoutait le top 50, le dimanche et c’est comme ça que j’ai découvert Daho, les Rita Mitsouko. Le déclic ne s’est pas fait tout de suite. J’ai creusé en allant à la médiathèque où j’empruntais pas mal de disques. J’étais alors plutôt attiré par des sons synthétiques comme ceux de Jean-Michel Jarre. Le déclic est finalement venu avec Hendrix dont mon père me parlait beaucoup. Je me suis rendu compte qu’avec sa guitare il produisait différents types de sons et de rythmiques.
L’Agitateur : Vous ne pratiquiez aucun instrument à cette époque ?
Jean-Baptiste Prioul : Il y avait une guitare électrique à la maison que je regardais de loin. Mais j’ai commencé à m’y intéresser vraiment après l’un des premiers passages du groupe Oasis à la télé française vers 93-94. Le fait qu’ils créaient leurs propres chansons et qu’ils venaient d’un milieu ouvrier, ça m’a parlé. C’était ça le rock, c’était ça être musicien ! Tout s’est concrétisé alors. C’était ce que je voulais faire… Ce fut une passerelle vers toute la « Britpop » . J’ai ensuite découvert Blur, Radiohead et tout leur travail visuel. Tout cela m’a donné l’envie, non pas de faire simplement de la musique, mais de développer plein de choses autour, dans tous les domaines artistiques.
L’Agitateur : Comment a eu lieu votre rencontre ? Etait-ce à Bourges ?
Lydie Baron : Oui, nous avions des amis communs.
L’Agitateur : Y a-t-il eu des expériences musicales avant Léonard ?
Jean-Baptiste Prioul : J’ai appris la guitare en autodidacte et je m’incrustais parfois dans des groupes mais cela restait toujours au stade des répétitions.
Lydie Baron : Mon expérience au sein du quatuor jazz de Jean-Louis Thomas - bien connu à Bourges pour avoir joué dans le chœur Mikrokosmos m’a permis de travailler des morceaux assez complexes de jazz, dans des églises notamment. C’est à ce moment que j’ai senti que je pouvais chanter beaucoup plus sérieusement, devant un public, et avec un cachet en fin de concert, ce qui n’est pas négligeable quand on est étudiante ! J’ai alors proposé à Jean-Baptiste de tenter un duo. Pendant longtemps on a cru que ce ne serait pas possible car à l’époque cette formule guitare/ voix était beaucoup moins répandue. On voyait surtout des groupes...
L’Agitateur : Aviez-vous été influencés par des groupes des années 80 tels que Rita Mitsouko ou Niagara ?
Lydie Baron : Non, on se sentait plutôt très seuls dans notre cas et on doutait même de la fiabilité du projet…
Jean-Baptiste Prioul : De plus comme nous étions autodidactes, nous pensions ne pas avoir de légitimité.
Lydie Baron : On fait tout au culot, c’est notre état d’esprit général ! (rires) On voulait quand même faire de la musique et écrire de bonnes chansons. Le travail de l’écriture nous faisait envie.
L’Agitateur : À quand remonte la première chanson ?
Lydie Baron : « Aux beaux jours » a été créée à Bourges. Cela remonte à une dizaine d’années.
L’Agitateur : Et la première scène ?
Jean-Baptiste Prioul : Cela a été assez rapide. En écoutant la radio j’ai entendu parler d’un tremplin avec une scène ouverte à Vierzon. Nous avions cinq ou six chansons mais pas encore de nom de groupe.
Lydie Baron : Je me souviens qu’il y avait peu de monde. Nous étions sur une grande esplanade mais nous n’étions pas trop stressés. Les parents de Jean-Baptiste étaient présents, ils ont filmé et j’avais l’impression qu’ils se demandaient ce qu’on faisait là ! (rires)
L’Agitateur : Le choix de s’orienter dans ce parcours artistique n’a pas été évident ?
Lydie Baron : Mon activité artistique principale c’est la peinture et l’illustration. Les gens qui me connaissaient considéraient cette activité musicale comme un loisir. Mais avec le temps, ce projet est devenu de plus en plus sérieux et professionnel.
L’Agitateur : Avez une anecdote concernant le choix du nom de votre groupe ? Pourquoi Léonard ?
Jean-Baptiste Prioul : Nous nous sommes creusés la tête un certain temps. ..
Lydie Baron : L’idée vient de Jean-Baptiste… En choisissant un prénom un peu ancien mais qui évoque des choses qui nous plaisaient, nous devenions un personnage à nous deux et, au final, c’est exactement ce qui se passe quand on écrit puisque nous avons une écriture à quatre mains assez fusionnelle.
L’Agitateur : Pensez-vous que votre duo correspond à un style musical bien défini ?
Lydie Baron : Non, on a fait avec nos moyens d’autodidactes. On avance plutôt en fonction de nos limites… Notre seul style musical c’était d’avoir une guitare et une voix. Au départ c’était plutôt folk avec quelques sons orientaux ou hispanisant...
Jean-Baptiste Prioul : Beaucoup de grands groupes de rock ont débuté en composant avec trois notes comme Nirvana ou encore U2. Ils s’estimaient incapables de jouer les chansons des autres ! Le fait d’avoir des limites, ça peut rendre plus créatif, plutôt que d’avoir un nombre infini de possibilités.
Lydie Baron : Par la suite, nous avions réalisé un CD de démos déposé dans tous les bars afin de décrocher des dates de concerts. Parfois nous pouvions jouer trois ou quatre heures de suite ! Ce passage par les bars a duré très longtemps. Ce n’est pas une mauvaise école mais on y prend aussi beaucoup de « tics » de composition. Il a vraiment fallu attendre la rencontre avec Johan Ledoux pour nous rendre compte qu’on pouvait faire les choses professionnellement.
Jean-Baptiste Prioul : Cette rencontre déterminante s’est faite via Ben Bornéo qui fait partie d’une multitude de groupes sur Bourges. Un jour il nous a fait écouter un CD réalisé avec son groupe Mexibones . Le son était énorme et la voix super bien mixée ! Je lui ai demandé chez qui il avait enregistré. Ben m’a répondu que c’était chez Johan Ledoux des Blankass qui possède son studio pas très loin de Bourges et il nous a proposé de l’appeler. Je lui ai laissé un message et il nous a répondu tout de suite en acceptant de nous enregistrer.
Lydie Baron : Pour nous c’était un autre monde ! Nous ne faisions alors que du bar ! Nous sommes donc entrés dans un studio pro, un peu impressionnés par le personnage, mais il nous a tout de suite mis à l’aise.
Jean-Baptiste Prioul : Après trois jours passés en studio, nous avons pu écouter nos chansons tout de suite dans la voiture en rentrant chez nous. Nous étions impressionnés par le résultat !
L’Agitateur : Ce premier CD c’était en 2012… Quelle fut l’étape suivante ?
Lydie Baron : Nous avons gagné en crédibilité auprès de nos amis musiciens. Nous avons pu jouer un certain temps avec Charlie Poggio, le batteur de Blankass . Le pôle de la chanson des Bains-douches à Lignières a écouté notre album et nous a proposé un parrainage. Là encore ce fut un vrai tremplin, avec l’aide d’un réseau de professionnels. En 2014, nous avons à nouveau enregistré le deuxième CD chez Johan. Et le dernier est mini album sorti en février dans lequel la chanson « Ce charme fou » qui a été produite par Florent Marchet, qui avait vu le clip de notre chanson « Au revoir » ..Pour les autres chansons de l’album nous avons fait appel à un autre type formidable, rencontré à Emmetrop, Stéphane Coutourides, qui fait partie de Echo and co et qui avait déjà enregistré l’album de Mary de la Chapelle pour son projet Kinoko
L’Agitateur : Comment cet album a-t-il été diffusé ?
Jean-Baptiste Prioul : Sur les plates-formes numériques principalement. Pour la distribution physique c’est plus compliqué. Il faut soit nous contacter, soit l’acheter à l’issue des concerts…
Lydie Baron : Ensuite on le fait vivre par des clips… À part « Ce charme fou » ils sont souvent faits « maison ». On essaie juste de trouver une bonne idée pour faire vivre la chanson. Pour nous l’artwork est extrêmement important.
Jean-Baptiste Prioul : J’étais assez fan des premiers clips bricolés de Michel Gondry qui créaient une certaine atmosphère très poétique.
L’Agitateur : Votre actualité c’est d’ailleurs la sortie d’un nouveau clip ?
Lydie Baron : Oui, il s’agit là d’un objet particulier. Nous avons laissé carte blanche à l’artiste multicartes Marie Hendriks que j’avais rencontrée lors de mes études aux Beaux Arts et qui a déjà réalisé le clip de « Ce charme fou ». Elle nous a proposé de faire un clip autour d’une œuvre, une installation exposée dans les jardins de Drulon. Arpsè avoir écouté notre morceau intitulé Brumaire, cela lui a semblé coller parfaitement à son projet.
L’Agitateur : Vos textes sont essentiellement liés aux sentiments, à l’amour…
Lydie Baron : Les rapports humains en général. On se pose tous les deux beaucoup de questions sur nos relations aux autres. On voulait absolument éviter les sujets autour de l’amour au début. On préférait évoquer l’amitié, la famille… mais les gens pensaient toujours qu’on parlait d’amour ! On a donc fini par écrire « Une chanson d’amour » (rires). Dans le dernier album il est aussi question de la relation du couple.
L’Agitateur : Vous disiez écrire à quatre mains ?
Jean-Baptiste Prioul : On utilise depuis longtemps des cahiers sur lesquels on note chacun nos pensées de la journée.
Lydie Baron : Nous organisons ensuite des séances de recherche au cours desquels nous allons piocher dans ces cahiers pour découvrir mutuellement nos textes. Certains thèmes vont être communs mais le véritable intérêt c’est de confronter des phrases pour créer de la poésie.
L’Agitateur : Dans votre actualité il y a bientôt également un concert caritatif. Quels sont les causes qui vous mobilisent ?
Jean-Baptiste Prioul : On a décidé de ne pas faire de chansons engagées politiquement mais quand on nous demande de soutenir une association pour une belle cause, on accepte volontiers.
Lydie Baron : C’est une évidence pour nous ! Si on est disponible, je ne vois pas pourquoi dire non ! On fait de la musique pour faire plaisir aux gens. C’est un juste retour des choses, si cela rend service. En avril dernier nous sommes allés en Inde et nous avons rencontré dans un orphelinat des étudiants auxquels il manque quelques centaines d’euros pour pouvoir financer une année en études supérieures. Nous espérons donc rassembler un maximum de gens le 16 novembre prochain pour un concert acoustique organisé à la chapelle de l’école d’Art avec des invités dont Guillaume Ledoux, Parnell, Gabriel Barry , et plein d’autres amis encore ! Les fonds recueillis seront intégralement reversés au projet "Nilakottaï destin" qui permettra d’aider ces jeunes indiens.

L’Agitateur : Comment voyez-vous la suite de l’aventure Léonard ? Ne craignez-vous pas qu’une certaine forme de lassitude puisse s’installer ?
Jean-Baptiste Prioul : En fait, je ne peux pas m’empêcher de reprendre la guitare…
Lydie Baron : On a trop de plaisir à le faire ! Et la création nous devient de plus en plus facile, donc ce serait trop bête d’abandonner maintenant ! Pour autant, on peut traverser des moments douloureux car c’est un travail qui est loin d’être évident. Nous mesurons qu’il reste un long chemin à parcourir mais notre force c’est d’être deux. Et il faut être extrêmement forts !
L’Agitateur : Y a -t-il un sujet que nous n’aurions pas abordé ?
Lydie Baron : Si Etienne Daho nous entend… (rires)
L’Agitateur : Vous aimeriez le rencontrer ?
Lydie Baron : Oui ! Lui et Dominique A également… mais il faut se sentir prêts pour ces rencontres. Pour le moment nous attendons surtout un éditeur. Il faudra peut-être en passer par un autre coup d’éclat, tel que la reprise remixée de « Dis moi au revoir » par DJ Ness pour y parvenir…

Pour en savoir plus :
Le site internet du groupe Léonard
La page Facebook du groupe


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