"J’accuse" de Polanski était au ciné, à Bourges, Dreyfus aussi !

dimanche 8 décembre 2019 à 16:41, par Cyrano

Début décembre 2019, le film "J’accuse" était programmé dans les cinés de Bourges. Mais Dreyfus, le vrai, Alfred Dreyfus a été pendant quelques temps à Bourges…

"J'accuse" de Polanski était au ciné, à Bourges, Dreyfus aussi (...)Le film vaut d’être vu. On suit pas à pas le lieutenant-colonel Picquart (Jean Dujardin, remarquable) qui est nommé à la tête des services de renseignement en 1895. Celui-ci, va douter de la culpabilité de Dreyfus (condamné en 1894) puis être persuadé de son innocence. Il va se heurter à un état-major militaire particulièrement odieux qui préfère laisser croupir un soi-disant traître dans une île de Guyane. Puis l’affaire deviendra publique, surtout à partir de janvier 1898, avec la parution tonitruante, dans le quotidien l’Aurore, du pamphlet "J’accuse… !" d’Emile Zola. Ce n’était qu’un début : Alfred Dreyfus ne sera réhabilité qu’en 1906.

Tout ce qui est raconté dans le film est vrai, faut bien se fourrer ça dans la tête – et oui, faut le voir, ce film.

À Bourges, à l’école

On trouve le détail du séjour à Bourges, sur le site de Roland Narboux : Alfred Dreyfuss à Bourges. Dreyfussss ? avec deux "s" ? Oui, c’est bien comme ça qu’a écrit monsieur Narbouxx.

Dreyfus, nommé capitaine, arrive à Bourges le 8 octobre 1889. Il en repartira un an plus tard, en octobre 1890. Je cite le site de Roland Narboux :

Voilà ce qu’écrit Dreyfus lors de la révision du procès à Rennes :
« J’ai été nommé capitaine le 12 septembre 1889. Je suis arrivé à Bourges le 8 octobre et j’ai été nommé adjoint à l’école de Pyrotechnie, affecté au service de la cartoucherie. En même temps j’étais chargé du cours de mathématiques aux chefs artificiers pour gardes d’artillerie. A la même époque et dans le même hiver, je me suis préparé aux examens de l’École de Guerre. »
Ensuite, il passe ses examens écrits et ensuite, étant admissible, il passe les oraux en mars 1890, et il est reçu à cette École le 20 avril 1890.
Le 21 mai, il se marie.
« Je suis encore resté à Bourges en juillet, août et septembre 1890 et je suis parti de Bourges au commencement d’octobre 1890 pour Paris et les cours de l’École de Guerre ».

Et le traître, ça en cause ?

Roland Narboux ne se contente pas de rappeler ce séjour. Il cite aussi quelques articles bien crapuleux de la presse locale berrichonne, écrits durant ce qui était devenu l’affaire Dreyfus. Ainsi on trouve des appels à la population dans le "Journal du Cher" le 29 juin 1899 :

«  les habitants de notre ville (Bourges) qui ont connu Dreyfus durant son séjour de trois ans à Bourges et qui auraient à même de surprendre quelques uns de ses criminels agissements doivent faire connaître à la justice militaire la vérité, toute la vérité ».

Un autre exemple cité de cette prose peu ragoutante. Lorsque Dreyfus sera de nouveau condamné, le journal "La délivrance du Cher" écrit :

« Il est condamné, c’est l’essentiel. Oui il est condamné le misérable qui a fait tant de mal à la France, le traître, c’est à dire le juif qui a livré à l’Allemagne le secret de notre défense nationale à tel point que la guerre a été sur le point d’éclater ».

Et Roland Narboux conclut sur un exemple d’honnêteté de cette presse : En 1906 Dreyfus sera réhabilité et la presse locale n’en parlera pas !


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