Amusante cette discussion sur "obsolète". Obsolète se dit de ce qui est hors d’usage, périmé. L’adjectif désigne plutôt un équipement, ou un outil. A la vitesse de renouvellement des objets techniques, leur obsolescence n’a rien à voir avec leur usure. Combien de téléphones mobiles flambants neufs, encore tout à fait fonctionnels, mais désormais totalement obsolètes ?
Littré nous apprend que c’est un néologisme, inventé par des grammairiens. Le mot sent son anglais(*), bien que la racine soit latine (**). Le mot a d’ailleurs un autre sens : "Il se dit aussi en histoire naturelle, pour signifier peu apparent, presque effacé. Sillon obsolète. Strie obsolète."
La question qui se pose est naturellement de savoir à partir de quel moment un livre est "périmé". Parce que son contenu est désormais faux ? Belle vérité, celle qui s’évente avec le temps. Quels sont les critères ? Goûts du bibliothécaire ? Goût (supposé) du public ? (***) Quels sont les motifs ? Manque de place sur les rayonnages ou dans les magasins ?
On se dit que le livre, oeuvre de l’esprit, devrait pouvoir résister au temps. En réalité, le livre est devenu un objet de consommation comme un autre. Vite désiré. Vite lu. Vite oublié. Les deux tiers des 100.000.000 de livres invendus en France partent chaque année au pilon. Plutôt que d’organiser des purges dans les rayons, peut-être pourrait-on suggérer aux bibliothécaires, pour leurs achats futurs, de ne choisir que des livres "durables", pour employer un mot à la mode. Les seuls qui méritent d’être lus.
(*) On peut lui préférer un autre mot : le charmant, vieilli, et très français suranné.
Baudelaire :
... Vois se pencher les défuntes Années,Sur les balcons du ciel, en robes surannées,Surgir du fond des eaux le Regret souriant.
(**) Étymol. et Hist. [1596 obsolet (HULSIUS d’apr. FEW t.7, p.286b)] 1677 (MIEGE, s.v. angl. obsolete : obsolet, qui est hors d’usage) ; 1750 obsolete (PRÉV.). Empr., à différentes reprises, au lat. obsoletus, part. passé adj. de obsolescere « tomber en désuétude, sortir de l’usage ».
(***) Le goût du public et des bibliothécaires a fait des ravages dans l’histoire de la conservation des livres, qui est hélas le plus souvent l’histoire de leur disparition irrémédiable. Exemple : "L’oeuvre philologique d’Aristarque, le représentant le plus génial de l’Ecole d’Alexandrie au IIIème siècle, a disparu en moins de cinquante ans : trop compliquée, trop savante, elle a rebuté les générations suivantes et il n’est pas exagéré de dire que nous la pleurons toujours" (Claude Mossé, Précis d’histoire grecque)