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Ferrat est mort - R.I.P. - Cyrano - 2 avril 2010 à 19:19

Je prends un temps pour répondre à franck.

«  il [bombix] ne s’y est véritablement jamais intéressé [à jean Ferrat], alors pourquoi éprouver la nécessité de publier un article sur Ferrat. » Ma foi, à chacun ses arcanes. « Je suis totalement dénué de sens critique. [...] Avoir le sens critique c’est porter le plus vif intérêt à un ouvrage qui, justement, vous paraît en manquer. » C’est Sacha Guitry qui écrivait ça, en préambule à son livre "Des merveilles". Et il ne parla jamais que de ce qu’il aimait (j’aime assez cette façon de voir les choses). Mais puisque bombix a eu envie d’écrire ça, il a donc eu raison de le faire ; et ça peut nous permettre d’échanger sur ce sujet (si les échanges restent de bon aloi) - ou tout simplement avoir envie de dire son ressenti ou son non-ressenti à la disparition du chanteur-poète.

« Le sujet est particulièrement sensible ». Ça ne m’avait pas échappé. Mais diantre, justement, il faut alors peut être tourner sept fois la langue dans sa bouche avant de donner une réaction émotive. Le sujet est sensible, je comprends bien, il est lié à une sensibilité politique : sur les rayonnages, les œuvres croisées d’Aragon et d’Elsa Triolet, sur la table basse une pochette d’un 33 tours de Jean Ferrat. Mais est-il besoin de riposter comme si Jean Ferrat était une icône qui ne souffre discussion ? Est-il besoin de monter sur ses grands chevaux comme dans l’bon temps, lorsque on recevait une bordée d’injures (voire pire) si on émettait des doutes sur la patrie socialiste ?

Le chanteur, dans ses textes, ne mettaient pas ses idées dans sa poche. Certes, il y eut des titres malheureux : "Hou hou méfions-nous", et "Pauvres petits c...", par exemple. Mais là, on est dans les années 1968. Jean Ferrat épousait pratiquement tel quel dans certaines chansons les fantasmes du PCF sur le monde gauchiste. Bah ! Y’a largement prescription. Ça ne l’a pas empêché d’être lucide. Georges Marchais avait salué « le bilan globalement positif » de l’URSS. Ce n’était pas l’avis de Jean Ferrat. Il le chante avec ironie et amertume dans une belle chanson courageuse. On peut le voir chanter "Le bilan", en 1980, dans une émission télé de Michel Drucker. Dans cette chanson, on trouve en fin de chaque couplet, un merveilleux petit refrain obsessionnel :
« Au nom de l’idéal qui nous faisait combattre,
Et qui nous pousse encore à nous battre aujourd’hui. »

Ah, ce putain d’idéal, eh bien, Jean Ferrat continuera à le garder en lui. Ce qui fait qu’il a plutôt bien vieilli (que l’on pense à cet acteur "engagé" que fut Yves Montant et son émission "Vive la crise"). Il faut se souvenir d’une émission de télévision "La Marche du Siècle" en 1997, avec pour sujet le "Livre Noir du Communisme". Robert Hue s’emberlificotait en ex-stalinien honteux. Jean Ferrat était exceptionnellement sorti de sa grotte en Ardèche pour participer à cette émission : il fut le seul intervenant à porter, avec panache et sincérité, des valeurs de révolte contre le capitalisme. Pour les curieux, on peut voir la vidéo de la fin de l’émission.

C’est un joli nom, camarade...


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