Au bout de la 3e bonne raison de faire du vélo dans le petit guide de communication de ville de Bourges, on ne peut que refermer le livret. Le ton est insupportable. La façon de s’adresser aux citoyens est infantilisante, voire débilisante. Monsieur le Maire nous explique ce que permet le vélo comme dans les manuels de l’école maternelle. Quel gâchis de papier, de fric, pour pondre un tel ramassis d’évidences.
Je préfèrerais qu’on m’explique comment il est possible de plaquer sur une ville toute conçue autour de l’automobile l’idée des pistes cyclables qui donne immédiatement l’étiquette "ville écolo, grenelle de l’environnement et blablabla". Quand bien même les pistes cyclables de Bourges s’amélioreraient, je ne vois pas comment un urbanisme conçu autour de pôles de consommation, du besoin de la voiture, peut donner sa place au transport à vélo.
Plusieurs questions me trottent dans la tête : quand les gens se déplacent dans une ville, c’est pour quoi faire ? pourquoi utilisent-ils leur voiture ?
– pour aller faire des petites courses (super, j’ai besoin, d’un tournevis et je suis un développementdurablo - citoyen : où puis-je aller pour me fournir un tournevis ? à Monsieur Brico Marché Stock à Gogo Market, dans la zone industrielle. De suite, ça calme, ou alors faut être maso)
– pour aller faire des courses pour manger : idem, je n’ai pas le choix. Il n’y a plus de petits magasins, petites épiceries à des prix corrects, par quartier, où je puisse faire régulièrement mes courses dans une petite quantité qui me permette de les transporter sur mon petit vélo, et y retrourner la semaine prochaine, ou dans quelques jours. Non, je suis obligée d’aller dans une grande surface, de faire un trajet tout à fait désagréable à vélo. Alors, je prends ma voiture, je ferai un gros stock de courses pour 15 jours.
– pour se promener, flâner, faire les vitrines, les musées, les restau en CV. Ca tombe bien, il n’y plus que ça en ville : des vitrines de fringues de plus en plus chères , de chaussures, des lunettes, de banques, et des musées, et ça, ça a toujours été possible à pieds, le centre ville de Bourges étant tout petit. Donc, le vélo n’y est en rien une "vélorution".
Bon ça y’est, c’est lundi, j’ai fait mon bricolage, mes courses, et j’ai fait le musée Estève pour la 36000e et la Cathédrale pour la 40000e fois, et je vais avoir besoin de me transporter vers mon travail (si j’en ai)
– 10 bornes à faire à vélo sur la voie cyclable me prenant toute la pollution des voitures dans le nez ou avec un petit masque respiratoire et mon mp3 pour m’éviter le bruit des moteurs ?
– un bus ?
– un tram ?
La ville de Bourges pense la piste cyclable comme le vélo du dimanche. Et le dimanche, on se repose, c’est bien connu. Or, si on veut vraiment donner toute sa place au transport à vélo, en transports collectifs et éradiquer la voiture dans les villes, c’est tout l’urbanisme qu’il faut repenser et les habitudes que la société de consommation, production a donné aux citoyens, en commençant par détruire les zones industriels, les grandes surfaces, les pôles de ceci cela, et donner le temps aux gens.
Tandis qu’on nous serine, impose, qu’il faut aller toujours plus vite pour produire plus, on nous pond des livrets "écolo-citoyens" sur le vélo où nous explique en somme qu’il a 2 roues, qu’il n’a pas besoin d’essence, et qu’il ne fait pas de fumée. J’attends de voir les conseillers en communication, les consultants adeptes de la mobilité, du tout à fond les manivelles, ( ville de Bourges paye avec l’argent public pour faire des livrets pareils) enfourcher leur vélo pour aller au boulot avec leur petit costume, leur petit ordinateur portable dans leur petite sacoche en matière écolo pour nous donner la leçon. Peut-être qu’ils se rendront compte qu’il y a comme une contradiction entre leur communication sur la necessité du vélo et l’espace et le temps dans lequel nous sommes sensés évoluer. Et c’est peut-être bien pour ça que le livret de la municipalité est finalement vide, ne présente aucun intérêt. Ne pas jeter sur la voie publique.