Bonsoir Pascale,
Je vous remercie pour votre réaction qui pose de bonnes questions et m’invite ainsi à y réfléchir.
Avant de vous répondre directement j’aimerai préciser un point qui n’apparaît peut-être pas clairement dans mon message ci-dessus tant j’ai écrit celui-ci sous le coup de l’émotion de l’après la manif :
Je ne joue pas à plus radical que moi tu meurs !
Je ne m’amuse pas. Si j’ai écrit ce message, c’est que vraiment que je me suis senti désespéré après la manif. La question de « l’après capitalisme » (ou sortie du système ? sortie de l’économie ?) est pour moi viscéralement vitale ! Il en va de ma vie, de celles de mes amis, de mes enfants, et de tous ! Je suis ressorti très affecté de cette manif.
Vous l’avez compris, mes analyses de la situation actuelle m’amènent à penser que toute tentative de réforme du système est vouée à l’échec (et de toutes façons ne serait pas souhaitable, car vivre dans un monde, même durable et égalitaire, où la dignité humaine n’est pas respectée ne serait qu’un enfer !)
Vous semblez d’ailleurs partager ce point de vue puisque vous êtes, comme moi, contre le système capitaliste.
Ceci étant posé, la question devient « que faire ? » comme vous le dites. Autrement dit quelle est la stratégie à adopter. Et c’est précisément là que votre réaction me parait très intéressante (car elle pose de bonnes questions).
Bien sûr, je suis d’accord avec vous sur le fait qu’il faut créer du collectif, que la posture individuelle est inadaptée et insuffisante et que donc il faut s’unir.
Mais s’unir de quelle façon et pour quoi ?
Faut-il simplement chercher à fédérer un maximum de personne ? A ce moment-là n’importe quel slogan peut faire l’affaire. Plus on fait rêver les gens et plus y’a de monde ! C’est la porte ouverte à toutes les démagogies (et Hitler ne s’y est pas trompé !). C’est le slogan du type : taxons le capital et vous conserverez votre mode de vie (et même plus !) ! Les banquiers et les patrons sont des voyous ! ( Hitler avait, lui, d’autres boucs émissaires à l’époque…)
La réponse à cette première première question me semble donc être négative.
Votre position semble être celle d’un éveil graduel (mais peut-être n’ai-je pas compris et n’hésitez pas à me corriger si je me trompe !). En gros, il faut commencer par dire au « simples gens » des choses qu’ils peuvent entendre pour aller ensuite, graduellement, plus loin et, disons, comprendre finalement qu’il faut abattre le capitalisme.
Cette question est loin d’être évidente et est largement débattue chez les pédagogues (doit-on, par exemple, enseigner la conception de Newton avant celle d’Einstein ? l’intégrale de Riemann avant celle de Lebesgue ?). Il n’y a pas de réponse claire à ce sujet.
Deux remarques tout de même.
Premièrement, j’ai un problème de déontologie avec cette approche. Si je ne crois pas au programme de la gauche, comment pourrai-je en convaincre quelqu’un sans avoir le sentiment de manipuler ce quelqu’un, de le tromper ? L’honnêteté est pour moi une valeur à laquelle je tiens. Et puis, il faut faire attention. Comme disait l’autre : « il n’y a pas de chemin pour la paix ! La paix et le chemin ! ». Si on commence par abuser son prochain, où cela finira-t-il ? Au goulag ?
Deuxièmement, mon sentiment est que « l’éveil soudain » est possible et préférable : il n’est pas nécessaire de commencer par croire au « marxiste orthodoxe » pour ensuite étudier, dans les détails, toute sa casuistique et, finalement, conclure à l’insuffisance et à l’inconsistance de celui-ci.
Il est aujourd’hui assez facile de montrer les insuffisances des programmes de la gauche. Ne vaudrait-il pas mieux afficher clairement et honnêtement que nous allons tous, collectivement, dans le mur, que l’avenir sera probablement moins radieux que ne l’avaient cru nos parents et grands-parents, et que, cerise sur le gâteau, il n’y a pas de projet clef en main à opposer au capitalisme ?
Vous dites, et je suis 100% d’accord avec vous, que l’on ne pourra « rien faire si cette population se contente de faire confiance sans se prendre en main ».
Mais comment la population pourrait se prendre en main, si les syndicats, les mouvements de gauche, etc. continuent à laisser croire qu’il suffit de marcher dans la rue, de signer des pétitions et de voter pour de bons représentants pour que tout aille pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Cette soupe soupe idéologique agit comme un divertissement, au même titre que le foot ! Elle détourne les individus d’eux-mêmes, de leurs besoins, et surtout de leur puissance d’agir (comme l’aurait dit Spinoza).
Bref, et pour conclure, je pense qu’il est aujourd’hui préférable de lever la voix et de dire ouvertement que l’on ne croit pas (ou plus) aux projets de gauche plutôt que de chercher l’union sacrée à tout prix.
Que ceux qui ne croient plus, ne souhaitent plus, voire craignent, une énième réforme du système capitaliste s’unissent et le disent clairement ! Voilà « quoi faire »…